Trop vieux pour apprendre. Trop âgé pour prendre des décisions. Et si ces idées n’avaient rien à voir avec l’âge, mais tout à voir avec les préjugés et l’âgisme?
L’âgisme consiste à juger ou à traiter une personne de façon différente en raison de son âge, lui occasionnant ainsi un tort. Il peut prendre plusieurs formes: propos malveillants, discrimination au travail, conception de l’autre ou de soi négative en raison de l’âge. Il se manifeste également dans différents contextes, y compris dans les médias.
Quelle que soit sa forme, l’âgisme peut entraîner des conséquences sur la santé physique, mentale et cognitive des personnes qui en sont victimes, augmenter l’isolement social et nuire aux relations entre les générations. Il peut aussi entraîner un risque plus élevé de violence et de situations de maltraitance envers les personnes aînées, un enjeu de santé publique. Mais l’âgisme n’est pas une fatalité. Il existe des stratégies, individuelles et collectives, pour le prévenir.
Ces pages visent à améliorer la compréhension de cette réalité et à sensibiliser aux conséquences que l’âgisme peut avoir chez les personnes aînées.
Définition de l’OMS
L’âgisme réfère aux stéréotypes (pensées), aux préjugés (sentiments) et à la discrimination (comportements) à l’égard des autres ou de soi-même en fonction de l’âge.
Stéréotypes et préjugés
Considérer que toutes les personnes aînées sont vulnérables constitue un stéréotype. Les stéréotypes peuvent être positifs (p. ex., les personnes aînées sont amicales et chaleureuses) ou négatifs (p. ex., les personnes aînées sont incompétentes avec la technologie). Dans les deux cas, ils peuvent être dommageables puisque ce sont des simplifications ou des généralisations. Quant aux préjugés, ils suscitent une réaction émotionnelle. Par exemple, les personnes aînées peuvent déclencher une réaction de pitié ou de sympathie, car elles sont souvent perçues comme étant fragiles et seules.
Discrimination
La discrimination concerne les comportements (p. ex., les paroles et les actes) ou les règles et les politiques dirigés à l’encontre des personnes en raison de leur âge. Au Québec, l’âge fait partie des motifs de discrimination interdits par la Charte des droits et libertés de la personne. Toutefois, toute distinction fondée sur l’âge ne relève pas forcément de l’âgisme. Pour être discriminatoire, la différence de traitement doit porter atteinte à la dignité, à l’autonomie et à l’exercice des droits des personnes. Il peut y avoir des circonstances pour lesquelles l’âge est un motif rationnel et légitime de distinction entre différents groupes de personnes. Par exemple, l’âge peut être utilisé pour cibler les personnes qui sont plus susceptibles de profiter des bienfaits attendus d’une intervention (p. ex., activités de préparation à la retraite, prévention du déconditionnement).
Un peu plus de 2 % des Québécoises et Québécois de 55 ans et plus ont déclaré avoir été victimes de discrimination ou de traitement injuste en raison de leur âge, selon l’Enquête sociale générale de 2019 sur la sécurité des Canadiens. Cette proportion est la même pour la région de l’Atlantique (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador et Île-du-Prince-Édouard) (2,3 %). Elle est cependant plus élevée dans la région des Prairies (Manitoba, Saskatchewan et Alberta) (5,9 %), en Colombie-Britannique (6,1 %) et en Ontario (6,2 %).
Types d’âgisme
L’âgisme envers les personnes aînées peut se manifester par :
- Des attitudes hostiles ou négatives;
- Des stéréotypes ou des préjugés liés à leur âge ou au vieillissement;
- Des gestes préjudiciables;
- De l’exclusion sociale.
Certaines pensées, attitudes et actions que les personnes manifestent à l’égard des personnes aînées ou d’elle-même sont inconscientes. On dira alors que l’âgisme est implicite. Si en revanche les sentiments, les pensées et les actions âgistes sont conscients et volontaires, il s’agit d’âgisme explicite. Il existe par ailleurs plusieurs types d’âgisme, dont l’âgisme institutionnel, interpersonnel et autodirigé.
Âgisme institutionnel
Il fait référence aux lois, règles, normes sociales, politiques et pratiques des institutions qui désavantagent les personnes en raison de leur âge. Il réfère aussi aux idéologies qui justifient l’âgisme dont les institutions peuvent faire preuve. En milieu de travail, l’importance accordée à la jeunesse et aux caractéristiques qui lui sont associées, comme la productivité et l’innovation, est un exemple d’âgisme institutionnel alimenté par une idéologie.
L’âgisme institutionnel n’est pas toujours intentionnel. Il peut relever de normes ou de pratiques organisationnelles établies depuis longtemps et considérées normales, en milieu de travail par exemple. Qu’il soit intentionnel ou pas, l’âgisme peut légitimer l’exclusion des personnes aînées ou les restreindre dans le plein exercice de leurs droits.
Âgisme interpersonnel
Il se produit lors d’interactions avec d’autres personnes. Il peut prendre diverses formes :
- Manque de respect ou condescendance à l’égard des personnes aînées;
- Non prise en compte de leurs points de vue ou préférences lors de décisions;
- Évitement de contacts avec elles;
- Utilisation d’un langage simplifié ou infantilisant (aussi appelé « elderspeak »). Ce type de langage peut les infantiliser parce qu’il présuppose qu’elles vivent toutes avec des troubles cognitifs ou des problèmes de compréhension ou d’audition.
Âgisme autodirigé ou intériorisé
Il réfère à l’âgisme envers soi. Au cours de leur vie, les personnes sont exposées aux stéréotypes et aux opinions négatives ou fausses sur le vieillissement et les personnes aînées. Les personnes aînées qui intériorisent ces stéréotypes ont tendance à modifier leurs comportements et leurs pensées pour s’y conformer. Par exemple, elles peuvent s’empêcher de suivre des cours, car elles croient qu’il est impossible d’acquérir de nouvelles compétences à leur âge. Elles pourraient également considérer, pour cette raison, qu’il leur est impossible de maitriser les technologies ou de pratiquer une activité physique.
Intersection de l’âgisme avec d’autres formes de discrimination
Les expériences vécues par les personnes aînées sont façonnées par leurs multiples identités sociales : origine ethnoculturelle, genre, situation de handicap, orientation sexuelle, etc. L’intersectionnalité réfère à la manière dont les discriminations se combinent selon les identités sociales des personnes.
L’âgisme et le sexisme forment l’intersection la plus étudiée dans la littérature scientifique. Par exemple, les femmes aînées subissent une pression plus forte que les hommes aînés pour dissimuler les signes physiques de leur vieillissement (rides, cheveux blancs et gris).
L’âgisme et le capacitisme représentent une autre forme d’intersection de plus en plus étudiée.
Le capacitisme fait référence aux stéréotypes, aux préjugés et à la discrimination à l’encontre des personnes en situation de handicap ou perçues comme étant dans une telle situation.
On suppose souvent à tort que toutes les personnes aînées ont des incapacités qui les placent en situation de handicap. Pour cette raison, des stéréotypes associés aux personnes en situation de handicap leur sont également associés. Le manque de compétence en est un exemple.
Ces formes d’intersection peuvent aggraver les effets de l’âgisme sur la santé et le bien-être des personnes aînées.
Pour en savoir plus
Autrices
Salma Sahil, conseillère scientifique
Dominique Gagné, conseillère scientifique
Direction du développement des individus et des communautés
Caroline Tessier, conseillère scientifique
Secrétariat général
Coordination
Julie Laforest, cheffe d'unité scientifique
Direction du développement des individus et des communautés
Collaborateurs
Mathieu Maltais, conseiller scientifique spécialisé
Réal Morin, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive
Direction du développement des individus et des communautés
Comité consultatif
Geneviève Drouin, agente de planification, de programmation et de recherche
CIUSSS de la Capitale-Nationale
Marie-Claude Houle, coordonnatrice régionale spécialisée en matière de lutte contre la maltraitance envers les personnes aînées
CIUSSS de l’Estrie-CHUS
Denise Veilleux, membre du Conseil Citoyen
Réseau Résilience Aîné·es Montréal
Révision
Marie-Cloé Lépine, agente administrative
Direction du développement des individus et des communautés
Valorisation
Nathalie Labonté, agente d'information
Secrétariat général