Un antimicrobien est un médicament, naturel ou synthétique, capable de limiter la croissance ou de tuer certains micro-organismes comme des bactéries (antibiotiques), des virus (antiviraux), des champignons (antifongiques) et des parasites (antiparasitaires).
Il est question de résistance antimicrobienne (RAM) lorsqu’un micro-organisme présente une perte de sensibilité à un ou plusieurs antimicrobiens.
Les antimicrobiens font partie intégrante de nos stratégies de traitement pour le maintien de la santé. Pourtant, ces médicaments sont aujourd'hui victimes de leur succès et la protection qu’ils nous offrent est désormais en péril. Le phénomène de résistance antimicrobienne, particulièrement celle touchant les antibiotiques, prend de l’ampleur et constitue une menace pour les systèmes de santé, l’économie et la sécurité mondiale. Par exemple, les infections causées par des bactéries multirésistantes génèrent des coûts socio-économiques accrus pour le système de santé, notamment :
- L’augmentation de la morbidité et du taux de mortalité.
- L’augmentation de la durée de séjour en centre hospitalier.
- L’utilisation d’antibiotiques plus coûteux et ayant potentiellement plus d’effets indésirables.
Au Canada, un cas d’infection résistante est détecté pour chaque 220 personnes hospitalisées. Des maladies comme la tuberculose, la gonorrhée, le paludisme ou les infections à pneumocoque deviennent plus difficiles à traiter ou à prévenir. Ce problème risque de s’aggraver durant les prochaines décennies. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs publié un plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens.
Recul des maladies infectieuses comme cause de décès
Depuis l’essor des antimicrobiens au milieu du XXe siècle, les maladies infectieuses ne sont plus la principale cause de décès. Elles ont été remplacées progressivement par les maladies chroniques et les accidents. La mortalité infantile a chuté de 90 % au Québec (1899-1960) en partie grâce à leur usage.
Qu’est-ce qui cause la résistance antimicrobienne?
Un micro-organisme peut être naturellement résistant à un ou plusieurs antimicrobiens ou encore le devenir, soit par mutation génétique ou par l’acquisition d’un gène de résistance.
Le développement et la dissémination des micro-organismes résistants dans la population sont favorisés par plusieurs facteurs, entre autres :
- La pression sélective liée à l’utilisation élargie et l'usage non optimal des antimicrobiens chez l’humain et chez les animaux, particulièrement dans le milieu agricole.
- L’exposition des humains à des réservoirs de micro-organismes résistants dans différents milieux pouvant être contaminés, dont ceux recevant des eaux usées ou des ruissellements d’activités agricoles, les sols et le milieu agroalimentaire.
- La difficulté d’appliquer de façon soutenue les bonnes pratiques d’hygiène et de salubrité dans différents milieux, dont les établissements de santé et les établissements alimentaires.
Comment lutter contre la résistance aux antimicrobiens
La RAM étant un enjeu multidisciplinair, les solutions pour y remédier doivent l’être également. L’approche « Une seule santé » est tout indiquée pour relever ce genre de défi. Cette approche reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, ainsi que de l’environnement sont étroitement liées et interdépendantes. Elle nécessite une implication de plusieurs secteurs et disciplines aux niveaux local, national et international.
Différentes stratégies peuvent contribuer à limiter le développement de la RAM, tant chez l’humain que chez les animaux, notamment :
- La surveillance de la résistance antimicrobienne est la base pour avoir un portrait de l’émergence et de l’évolution de la situation. Ces informations peuvent ensuite servir à ajuster les recommandations pour les traitements empiriques.
- La surveillance de l’utilisation des antimicrobiens, ainsi que l’optimisation de leur utilisation par des mesures de gouvernance est un pilier important pour prévenir la RAM. Ces fonctions peuvent être par exemple assurées par la présence d’un comité d’antibiogouvernance en centre hospitalier.
- De façon plus générale, les différentes mesures de prévention et de contrôle des infections permettent de limiter les infections, donc le recours à des antimicrobiens et le développement de résistances. Il peut s’agir de la vaccination des humains ou des animaux, de pratiques d’hygiène dans différents milieux, de mesures de biosécurité, du port d’équipement de protection individuelle, etc. Ces mesures préventives sont particulièrement importantes dans les milieux de soins.
- La sensibilisation et l’éducation de différents acteurs (population, personnel médical, agriculteurs, etc.), afin de réduire la demande et la prescription d’antimicrobiens pour des usages non nécessaires ou pour favoriser un usage plus sélectif est une autre stratégie importante dans cette lutte.
Surveillance de la résistance antimicrobienne
Plusieurs instances de santé publique ont établi des listes de micro-organismes à surveiller en raison de leur potentiel à résister aux traitements antimicrobiens. Certains de ces micro-organismes sont une cause fréquente d’infections, d’autres occasionnent des infections plus rares mais plus sévères, alors que d’autres cumulent les résistances.
La surveillance en laboratoire permet de dresser un profil de sensibilité aux antimicrobiens et aide à choisir le traitement approprié. Au besoin, elle permet d’identifier les gènes ou les mécanismes de résistance impliqués.
Ces informations recueillies en laboratoire contribuent également à établir des portraits de la situation dans la population. Elles permettent le suivi de l’émergence, de l’évolution des résistances et de guider les traitements empiriques.
Au Québec, des antibiogrammes cumulatifs sont produits d’une part via les programmes de surveillance provinciale réalisés par le Laboratoire de santé publique du Québec et d’autre part, via les activités régulières des laboratoires hospitaliers. Ces données facilitent la prise de décision en santé publique.
Surveillance de l'utilisation des antimicrobiens
Comme l’utilisation des antimicrobiens est le principal déterminant du développement de la résistance, il est important d’en faire le suivi par une surveillance. Cette surveillance devrait inclure à la fois des volets quantitatifs et qualitatifs.
La surveillance quantitative consiste à déterminer les taux d’ordonnances et de doses journalières dispensées d’antimicrobiens, ainsi que les caractéristiques des patients et des prescripteurs.
La surveillance qualitative vise, quant à elle, à évaluer si les antimicrobiens sont utilisés de façon optimale, c’est-à-dire, la bonne indication, le bon choix, la bonne voie d’administration, la bonne dose et la bonne durée de traitement.
Nos productions en lien avec la résistance antimicrobienne
L’INSPQ s’implique à différents niveaux en résistance antimicrobienne : surveillance de la résistance antimicrobienne et de l’utilisation des antimicrobiens, prévention et contrôle des infections, ainsi que par différents projets de recherche et de collaborations avec d’autres organisations.
Outil pour les laboratoires
Surveillance de la résistance en communauté
Surveillance de la résistance en milieu de soins
Surveillance de l’utilisation des antimicrobiens en communauté
- Effets de la pandémie de COVID-19 sur l’utilisation communautaire d’antibiotiques en fonction des maladies chroniques
- Impact des maladies chroniques sur les taux d’utilisation des antibiotiques dans la communauté
- Impact des maladies chroniques sur la prescription des antibiotiques selon les guides cliniques dans la communauté
- Utilisation communautaire d’antibiotiques – Projet de démonstration à partir des données du Système intégré de surveillance sur les maladies chroniques du Québec
- Étude sur les connaissances, attitudes et perceptions de la population québécoise sur l’utilisation des antibiotiques : 2019
Pour plus d’informations
- Mesures en prévention et contrôle des infections (INSPQ)
- Rapports de surveillance de laboratoire du LSPQ (INSPQ)
- Résistance des bactéries aux antibiotiques (antibiorésistance) (MSSS)
- Guides d'usage optimal (INESSS)
- Usage des antibiotiques chez les animaux (MAPAQ)
- Résistance aux antimicrobiens (ASPC)
- Principaux repères sur la résistance aux antimicrobiens (OMS)