Allégations éducatives des applications mobiles destinées aux 0-5 ans

Au Québec, les tout-petits sont nombreux à utiliser les écrans. Ainsi, près de 20 % des enfants de 17 mois utilisent quotidiennement un téléphone cellulaire. À l’âge de 5 ans, environ 36 % utilisent des écrans une à deux heures chaque jour. Les utilisations sont variées, parmi celles-ci : jouer à des jeux ou utiliser des applications mobiles. 

Des organismes officiels, comme la Société canadienne de pédiatrie, suggèrent aux parents de « [choisir] des émissions et des applications éducatives, interactives et adaptées à l’âge [de l’enfant] ». Cependant, il n’existe aucune balise claire ni d’encadrement de l’industrie autour de l’appellation « éducative ». De plus, un usage des écrans qui dépasse la recommandation d’un maximum d’une heure quotidiennement, éducatif ou non, est associé à des problèmes de développement et de santé à la petite enfance. Or, dans une visée économique, l’industrie du numérique fait la promotion des applications mobiles éducatives de façon attrayante pour les enfants et les adultes qui les entourent. En ce sens, les pratiques commerciales autour des applications mobiles éducatives s’apparentent à la notion de déterminant commercial de la santé. En d’autres termes, les adultes verraient des avantages à ce que les enfants utilisent des applications mobiles, alors qu’il s’agit principalement de stratégies de mise en marché bénéficiant uniquement à l’industrie.

Le présent rapport d’analyse a pour objectif de décrire ce que propose l’industrie lorsqu’il est question des applications mobiles dites éducatives. Une analyse thématique a été réalisée à partir des descriptifs de 48 applications mobiles éducatives les plus téléchargées au Canada sur les différentes plateformes de téléchargements et d’achats.

  • Les descriptifs recensés présentent des « allégations » : des affirmations implicites ou explicites sur les attraits ou les effets potentiels d’une application.
  • Trois types d’allégations se dégagent de l’analyse : 1) celles à l’égard des apprentissages que pourraient faire les enfants; 2) celles dirigées vers les adultes quant aux bénéfices qu’ils pourraient tirer de l’application; 3) celles relevant des applications elles-mêmes.
    • Le plaisir de l’apprentissage représente la trame de fond des descriptifs des applications éducatives. Différents thèmes comme les domaines de développement concernés par les apprentissages, les activités proposées et les mécanismes d’apprentissage se dégagent de ce premier type d’allégation.
    • Les allégations destinées aux adultes peuvent être catégorisées selon quatre grandes thématiques : le soutien dans leur rôle, la légitimité des écrans, le partage de bons moments avec l’enfant et le répit.
    • Les allégations liées aux applications elles-mêmes peuvent être regroupées en quatre thèmes, soit la commodité, le coût, la sécurité et la réputation des applications.

Il semble y avoir une adéquation entre les thèmes qui émergent des descriptifs et les attentes parentales, notamment faire plaisir à l’enfant et faciliter ses apprentissages, mais également avec la culpabilité des parents lorsqu’ils permettent à leur tout-petit d’utiliser l’écran.

Même si les descriptifs présentent de l’information sur les apprentissages et leurs mécanismes, il n’est pas clair si ces mécanismes produisent les effets allégués lorsqu’ils sont transposés à une application mobile. Il est également difficile de juger de la qualité éducative des applications puisque les informations à ce sujet représentent bien plus souvent des pratiques commerciales de mise en marché que des fondements scientifiques. Finalement, les descriptifs ignorent ou vont à l’encontre des recommandations sur le contexte d’usage des écrans.

ISBN (électronique)

978-2-555-04688-7

Date de publication