Surveillance des souches de Neisseria gonorrhoeae résistantes aux antibiotiques dans la province du Québec : Bilan 2023-2024

Le programme de surveillance des souches de Neisseria gonorrhoeae résistantes aux antibiotiques a été mis en place au Québec en 1988. Le présent rapport fournit les résultats des analyses effectuées sur les souches isolées au cours des années 2023 et 2024 dans le cadre de ce programme. 

En 2023-2024, le programme de surveillance a mis en évidence les faits suivants :

Cas rapportés et analyses de laboratoire pour la détection des infections :

  • Les 4141 souches qui ont été retenues pour analyse (1 souche/personne/14 jours)
    correspondent à 21 % des cas déclarés d’infection gonococcique au registre des maladies à déclaration obligatoire (MADO).
    • Les 3468 souches isolées chez des hommes correspondent à 24 % des 14 768 cas déclarés chez les hommes;
    • Les 666 souches isolées chez des femmes correspondent à 13 % des 5051 cas déclarés chez les femmes;
    • Sept souches ont été isolées chez des personnes dont l’information sur le sexe n’était pas disponible. 
  • La proportion du nombre de cas déclarés ayant été détectés uniquement par un test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) était de 79 % (se situe entre 73-79 % depuis 2015);
  • Le taux de positivité parmi les souches mises en culture était plus élevé qu’au cours des années antérieures (8,1 %, soit 4 fois plus élevée qu’en 2018), alors que celui parmi les tests TAAN était relativement stable (1,2 %);

Résistance : 

  • En 2023 et 2024, les souches de N. gonorrhoeae ont été analysées afin d’établir les concentrations minimales inhibitrices (CMI), par la méthode de dilution en gélose, pour les cinq antibiotiques suivants : ciprofloxacine, azithromycine, céfixime, ceftriaxone et gentamicine;
  • Toutes les souches reçues (n = 4532) ont fait l’objet d’analyses de sensibilité à ces antibiotiques;
  • Une résistance à au moins un des antibiotiques testés a été détectée pour 2635 des 4141 souches pour lesquelles l’antibiogramme a pu être réalisé (64 %);
  • La résistance à la ciprofloxacine (CMI ≥ 1 mg/L) a fluctué à travers les années. Elle se situait entre 32 et 48 % en 2010-2015, entre 60 et 74 % en 2016-2020, puis a diminué à environ 50 % en 2021-2023 pour légèrement augmenter à 54 % en 2024 (figure 1);
    • La prévalence de la résistance à la ciprofloxacine parmi les souches isolées chez les femmes (122/342; 36 % en 2023 et 134/324; 41 % en 2024) est inférieure à celle des souches isolées chez les hommes (897/1769; 51 % 2023 et 964/1699; 57 % en 2024).
  • La résistance à l’azithromycine (CMI ≥ 2 mg/L) a augmenté à un rythme inquiétant dans les dernières années. Alors qu'elle était inférieure à 2 % entre 2010 et 2013, elle a augmenté jusqu'à 31 % en 2017; après une période de stabilisation entre 2018-2020 (24-28 %), elle a atteint un nouveau sommet de 44 % en 2022. Toutefois, une diminution est notée en 2023 (33 %) et 2024 (16 %).
    • Des souches résistantes ont été retrouvées dans 14 des 18 régions du Québec.
    • La prévalence de résistance à l’azithromycine est similaire pour les souches isolées chez des femmes (126/342; 37 % en 2023 et 65/324; 20 % en 2024) que pour celles isolées chez des hommes (576/1769; 33 % 2023 et 265/1699; 16 % en 2024).
    • Parmi les souches résistantes à l’azithromycine, 43 % (304/703) et 66 % (217/330) étaient également résistantes à la ciprofloxacine en 2023 et 2024, respectivement.
  • De 2010 à 2020, 25 souches non sensibles à la céfixime ont été identifiées. De 2021 à 2023, toutes les souches étaient sensibles à la céfixime, mais en 2024, deux souches non sensibles à la céfixime ont été identifiées.
    • La première souche a un profil ultrarésistant (UR), soit non sensible à la céfixime, sensible à la ceftriaxone (selon l’utilisation des critères du Clinical & Laboratory Standards Institute M100-S34), résistante à l’azithromycine, à la ciprofloxacine, à la tétracycline et à la pénicilline. Cette souche est la première souche UR au Canada avec une résistance de haut niveau à l’azithromycine (CMI ≥ 256 mg/L), non-sensible à céfixime et de sensibilité réduite à la ceftriaxone (Lefebvre et al., 2025). 
    • La seconde souche est non sensible à la céfixime et à la ceftriaxone, résistante à la ciprofloxacine, à la tétracycline et à la pénicilline, mais sensible à l’azithromycine.
  • En 2023-2024, des souches pour lesquelles la CMI s’approche du seuil de non-sensibilité aux céphalosporines de 3e génération (C3G), ou correspondant à une sensibilité réduite aux C3G selon les critères de l’OMS, ont été détectées :
    • Céfixime : 451 souches : CMI = 0,12 mg/L (n = 432) et CMI = 0,25 mg/L (n = 19).
      • Ces souches ont été isolées respectivement chez 418 hommes et 33 femmes.
      • Les 19 souches dont la CMI à la céfixime se situait à 0,25 mg/L correspondent à une sensibilité réduite.
    • Ceftriaxone : deux souches possédaient une sensibilité réduite (CMI = 0,12 mg/L et 0,25 mg/L, respectivement).

 

Type de publication

ISBN (électronique)

978-2-555-04662-7

Notice Santécom

Date de publication