Tisser le lien social pour une vision renouvelée, intégrée et cohérente en matière de santé mentale, itinérance et dépendance
La santé mentale, l’itinérance et la dépendance peuvent créer énormément de souffrance et de détresse, particulièrement lorsqu’elles se combinent et s’amplifient mutuellement. Ces trois enjeux connaissent des réalités et des dynamiques qui leur sont propres tout en partageant des racines communes. Lorsque les trajectoires de vie mènent à leur interconnexion, la dégradation, voire la rupture, du lien social est souvent en cause.
L’effritement du lien social, qu’il advienne en raison d’une détérioration de l’état mental, de l’isolement consécutif à une dépendance ou, de manière critique, de la perte d’un logement stable, amenuise, voire peut annuler, l’effet des autres facteurs de protection comme l’éducation. C’est pourquoi il faut intervenir de façon décisive pour rétablir ce lien. Une offre de services adaptée aux réalités et besoins divers doit être déployée rapidement.
La progression des disparités sociales et économiques, tout comme les changements sociaux associés à la transformation numérique constituent deux tendances lourdes qui contribuent à l’effritement du lien social, tant à l’échelle individuelle que collective. En plus des mesures de soutien et des services mis en place, les conditions favorables à une santé mentale devraient être aussi réunies : milieux de vie inclusifs, présence de soutien social, possibilité de participer à la vie économique et sociale sans discrimination ni violence.
Bien que la prévalence des troubles liés à l’usage de l’alcool et des drogues semble relativement stable, les données de l’Enquête québécoise sur la santé de la population révèlent que près d’une personne sur quatre présente une consommation excessive d’alcool au Québec. Les personnes rapportant une détresse psychologique élevée sont proportionnellement plus nombreuses à déclarer consommer du cannabis, des drogues ou de l’alcool en quantité élevée.
Certaines tendances dans les modes de consommation des drogues posent des défis supplémentaires. Dans une optique de réduction des méfaits et de protection du lien social, l’offre de services adaptée aux besoins des différentes populations s’avère importante.
L’itinérance constitue généralement l’aboutissement d’un processus dont on peut changer le cours. En deçà d’un certain seuil de revenu, les contraintes matérielles exercent une pression sur plusieurs dimensions de la vie sociale, dont le maintien en logement. Or, la perte de logement peut contribuer à la rupture du lien social. Ce point de bascule vers l’itinérance est toutefois modulable par des politiques publiques agissant sur le logement et le revenu.
La prise en charge de ces trois enjeux, aux racines sociales et politiques profondes et communes, ne peut être abordée efficacement par la seule intégration des services. En amont, l’approche Santé dans toutes les politiques et sa variante axée sur le lien social doivent aussi inspirer la vision renouvelée de l’action publique en la matière pour répondre à l’ampleur des besoins et la complexité des défis en santé mentale, itinérance et dépendance.
Pour dénouer le nœud de la problématique et limiter cette zone d’intersection entre les trois enjeux, il faut miser sur des politiques qui réduisent les disparités économiques et protègent l’accès et le maintien au logement et à l’emploi. Nourrir le lien social, que ce soit à l’école, au travail ou au sein des structures sociales et familiales doit aussi faire partie des priorités.