Dépistage systématique de l’hépatite Delta en contexte de diagnostic d’hépatite B

Le Comité sur les analyses de laboratoire en lien avec les ITSS (CALI) est interpellé afin de se positionner au regard de la pertinence de proposer un dépistage systématique du virus de l’hépatite Delta (VHD), chez les personnes nouvellement diagnostiquées avec une hépatite B. Cette demande s’inscrit dans le contexte de la récente mise à jour des lignes directrices de l’Association canadienne pour l’étude du foie (Canadian Association for the Study of the Liver - CASL) et l’approbation, par Santé Canada et l’Union européenne, du premier traitement spécifique de l'infection par le VHD.

Afin de répondre à cette demande, un groupe de travail ad hoc du CALI a été créé. Les recommandations des instances canadiennes et internationales concernant le dépistage et la prise en charge de l’hépatite B et de l’hépatite Delta, disponibles sur Internet, ont été recensées et consultées.

Au Québec, au Canada et dans le monde, il est estimé qu’environ 5 % des personnes porteuses d’une hépatite B seraient également porteuses du VHD. Toutefois, les études épidémiologiques sont limitées et le dépistage n’est pas réalisé de façon systématique. La prévalence de l'infection par le VHD est donc probablement sous-estimée. Le diagnostic de l'hépatite Delta peut avoir un impact important sur l’état de santé d’une personne porteuse du VHB. Ainsi, la grande majorité des instances recommandent de dépister le VHD chez toutes les personnes pour qui la recherche de l’AgHBs est positive.

Le CALI recommande de procéder au dépistage sérologique systématique des anticorps anti-VHD (dépistage de l’hépatite Delta) chez toutes les personnes nouvellement diagnostiquées avec une infection par l’hépatite B.

Idéalement, cette analyse devrait être effectuée par test réflexe. Le cas échéant, un commentaire devrait être ajouté au rapport.

La mise en place d’un test de dépistage réflexe des anti-VHD, pour le dépistage de l’hépatite Delta, présente toutefois certains enjeux. En effet, afin d’éviter la répétition d’analyses déjà effectuées, l’antériorité des résultats au dossier des personnes dépistées devrait être consultée, ce qui est actuellement complexe avec l’instauration progressive du système d’information de laboratoire provincial (SIL-P). Ainsi, des échantillons AgHBs positifs pourraient être envoyés au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) inutilement et des analyses anti-VHD pourraient être réalisées inutilement chez des personnes pour qui un résultat négatif pour l’hépatite Delta a déjà été obtenu.

Depuis le printemps 2022, le LSPQ est responsable du dépistage sérologique de l’hépatite Delta et une plateforme automatisée est en place au LSPQ. Si la recommandation du CALI est mise en place au Québec, une augmentation du nombre d’analyses sérologiques anti-VHD au LSPQ est à anticiper. Bien que la disponibilité du personnel de laboratoire nécessaire pour effectuer ces analyses pourrait être un facteur limitant, le LSPQ a confirmé être en mesure de gérer cette augmentation de volumétrie à venir. Finalement, une hausse du dépistage sérologique anti-VHD au LSPQ entraînera une augmentation du volume d’envoi d’échantillons vers le Laboratoire national de microbiologie (LNM). En effet, tout prélèvement sérologique anti-VHD positif obtenu au LSPQ est soumis au LNM pour la détection de l’ARN du VHD, réalisé par test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) de façon réflexe. Le LNM a été avisé de la possibilité de cette augmentation de volume et aucun enjeu n’a été signalé à ce jour.