COVID-19 - Pandémie et consommation d’alcool

Sondages sur les attitudes et comportements de la population québécoise

Consommé par 84 % des adultes, l’alcool fait partie du mode de vie des Québécois1. Près du quart des personnes qui boivent de l’alcool dépassent au moins une des trois limites de consommation d’alcool à faible risque (plus de deux verres par jour chez les femmes et plus de trois verres par jour chez les hommes) ou consomment de façon abusive (4 verres et plus lors d’une même occasion chez les femmes et 5 verres et plus chez les hommes)2. Plusieurs études réalisées au Canada et ailleurs dans le monde ont indiqué que la pandémie a contribué à une hausse de la consommation d’alcool3-4. La consommation d’alcool est associée à plus de 200 problèmes de santé et plus de 77 000 hospitalisations par année lui sont attribuables au Québec5.

À retenir

  • Il n’y a eu pas d’augmentation de la proportion de personnes qui rapportent consommer de l’alcool entre le 30 mars et le 31 mai.
  • Environ le quart des personnes qui consomment de l’alcool rapportent avoir augmenté leur consommation.
  • Les personnes âgées entre 18 et 44 ans et celles vivant dans un ménage avec des enfants sont plus nombreuses à dire avoir augmenté leur consommation.

Méthodologie et source des données

Du 21 mars au 31 mai 2020, des sondages Web quotidiens ont été réalisés auprès d'un échantillon de 1 000 adultes québécois. Le questionnaire comportait approximativement 20 questions qui ont été ajustées en fonction de l’évolution des mesures de confinement – « déconfinement » ou d’autres éléments liés au contexte de la pandémie. Les résultats ont été pondérés selon certains facteurs sociodémographiques (sexe, âge, région, langue, composition du ménage) pour être représentatifs de la population québécoise. À partir du 30 mars, des questions mesuraient les perceptions entourant la consommation d’alcool : si la personne a bu de l’alcool et si elle juge que sa consommation a augmenté, diminué ou est restée la même.

Enfin, les résultats présentés doivent être interprétés avec prudence étant donné l’échantillonnage non probabiliste et le fait que la période de référence des questions a été modifiée en cours de collecte.

Résultats

Au 31 mai dernier, 29 % des Québécois(es) disaient ne pas avoir consommé d’alcool dans les deux dernières semaines. Les femmes, les personnes vivant seules, celles vivant dans un ménage dont le revenu a diminué de façon importante, les personnes ayant un faible niveau de scolarité et celles plus défavorisées sur le plan matériel étaient plus nombreuses à dire ne pas avoir consommé d’alcool au cours des 15 derniers jours au 31 mai. Cette proportion de personnes qui ne boivent pas d’alcool est demeurée stable autour de 30 % du 30 mars au 31 mai 2020.

Parmi les consommateurs d’alcool, un peu plus de six personnes sur dix disaient ne pas avoir modifié leurs habitudes de consommation d’alcool alors que près du quart des répondants mentionnaient que leur consommation avait augmenté et environ 15 %, qu’elle avait diminué (figure 1). Les changements perçus des habitudes de consommation d’alcool, présentés sous forme de moyenne mobile sur 3 jours, sont demeurés stables entre le 30 mars et le 31 mai.

Figure 1 - Évolution des changements perçus (%) des habitudes de consommation d’alcool parmi les personnes qui consomment de l’alcool, du 30 mars au 31 mai 2020

Figure 1 - Évolution des changements perçus (%) des habitudes de consommation d’alcool parmi les personnes qui consomment de l’alcool, du 30 mars au  31 mai 2020

L’évolution et les différences d’habitudes de consommation perçues chez les personnes qui boivent de l’alcool selon différents facteurs sociodémographiques ont été mesurées en comparant les données récoltées durant les semaines du 2 au 8 avril avec celles du 21 au 31 mai. Parmi les personnes déclarant une augmentation de la consommation d’alcool, on observe des différences selon l’âge (figure 2). Les personnes de moins de 44 ans sont plus nombreuses à rapporter avoir augmenté leur consommation d’alcool, et cette différence a été observée tout au long de la période de collecte.

Figure 2 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon l’âge, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

Figure 2 -	Augmentation de la consommation rapportée (%) selon l’âge, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

  • La proportion de personnes rapportant avoir augmenté leur consommation d’alcool ne varie pas entre les zones géographiques de résidence, ni selon l’indice de défavorisation matérielle des quartiers6 (figures 3 et 4).

Figure 3 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon les zones géographiques de résidence, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

Figure 3 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon les zones géographiques de résidence, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

Figure 4 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon l’indice de défavorisation matérielle, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

Figure 4 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon l’indice de défavorisation matérielle, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

  • Aucune différence significative n’a été observée selon le genre ou le niveau de scolarité en ce qui a trait aux changements d’habitudes de consommation d’alcool parmi les personnes qui boivent de l’alcool.

Des différences sont cependant observées selon les caractéristiques des ménages (figure 5). Notamment, les personnes vivant dans des ménages avec enfants et dans des ménages de 4 personnes ou plus sont plus nombreuses à rapporter une augmentation de leur consommation d’alcool comparativement aux personnes vivant dans des ménages sans enfants, aux personnes vivant seules ou dans des ménages de moins de 2 ou 3 personnes.

Figure 5 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon les caractéristiques du ménage, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

Figure 5 - Augmentation de la consommation rapportée (%) selon les caractéristiques du ménage, du 2 au 8 avril et du 21 au 31 mai 2020

  • Entre le 21 et le 31 mai, les personnes vivant dans des ménages dont le revenu a augmenté ou diminué depuis le début de la pandémie rapportent plus souvent avoir augmenté leur consommation d’alcool. Alors que 25 % des personnes vivant dans un ménage dont le revenu est resté le même disaient avoir augmenté leur consommation depuis le début de la pandémie, la proportion était de 39 % pour les personnes vivant dans un ménage dont le revenu a diminué de façon importante et de 37 % pour celles vivant dans un ménage dont le revenu a augmenté.

Conclusions

Un peu moins du tiers des personnes sondées entre le 30 mars et le 31 mai disent ne pas avoir consommé d’alcool dans les dernières semaines et cette proportion est restée stable. Parmi les personnes qui boivent de l’alcool, environ le quart disent avoir augmenté leur consommation. Les jeunes adultes (18-44 ans), les personnes vivant dans un ménage avec enfants et les universitaires sont plus nombreux à rapporter une hausse de leur consommation d’alcool.

Près du quart des personnes qui boivent de l’alcool disent avoir augmenté leur consommation durant la pandémie. En particulier, les jeunes adultes sont plus nombreux à rapporter une hausse de leur consommation d’alcool.

Références

  1. Statistique Canada. (2017). Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) – Composante annuelle. Guide de l’utilisateur – Fichiers de microdonnées à grande diffusion de 2015-2016. Gouvernement du Canada. Consulté le 29 mai 2020. Récupéré de : www.statcan.gc.ca
  2. April N, Bégin C, Hamel D, Morin R. Portrait de la consommation d’alcool au Québec de 2000 à 2015 [Internet]. Institut national de santé publique du Québec; 2016 [cité 18 sept 2019]. Disponible à : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2137_consommation_alcool_quebec.pdf
  3. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. Alcool [Internet]. 2019 [cité 15 mai 2020]. Disponible à : www.ccsa.ca/sites/default/files/2019-04/CCSA-Canadian-Drug-Summary-Alcohol-2017-fr.pdf
  4. Clay JM, Parker MO. Alcohol use and misuse during the COVID-19 pandemic: a potential public health crisis? Lancet Public Health. 2020;5(5):e259. doi:10.1016/S2468-2667(20)30088-8.
  5. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. COVID-19 and Increased Alcohol Consumption : NANOS Poll Summary Report [Internet]. 2020 [cité 8 juin 2020]. Disponible à : https://www.ccsa.ca/covid-19-and-increased-alcohol-consumption-nanos-poll-summary-report
  6. Institut national de santé publique du Québec. (2020). L’indice de défavorisation sociale et matérielle : en bref. Disponible à : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2639_indice_defavorisation_materielle_sociale.pdf
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