Santé mentale, itinérance et dépendance : s’attaquer aux racines communes
Les problèmes de santé mentale, l’itinérance et la dépendance peuvent créer énormément de souffrance et de détresse, particulièrement lorsqu’elles se combinent et s’amplifient mutuellement. Dans son mémoire Tisser le lien social pour une vision renouvelée, intégrée et cohérente en matière de santé mentale, itinérance et dépendance, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) rappelle que ces trois enjeux ont des racines sociales et politiques profondes et communes. En ce sens, ils ne peuvent être abordés efficacement par la seule intégration des services. Le maintien ou le rétablissement du lien social s’avère central.
La progression des disparités sociales et économiques, tout comme les changements sociaux associés à la transformation numérique constituent deux tendances lourdes qui contribuent à l’effritement du lien social, tant à l’échelle individuelle que collective. En plus des mesures de soutien et des services mis en place, les conditions favorables à une santé mentale devraient être aussi réunies : milieux de vie inclusifs, présence de soutien social, possibilité de participer à la vie économique et sociale sans discrimination ni violence.
La rupture de ce lien en raison d’une détérioration de l’état mental, de l’isolement consécutif à une dépendance ou de la perte d’un logement stable, amenuise et peut même annuler l’effet d’autres facteurs de protection comme l’éducation. C’est pourquoi il faut le maintenir ou le rétablir.
L’itinérance constitue généralement l’aboutissement d’un processus qui n’est pas inéluctable. Sous un certain seuil de revenu, les contraintes matérielles exercent une pression sur plusieurs dimensions de la vie sociale, dont le maintien en logement. Or, la perte de logement peut contribuer à la rupture du lien social. On peut toutefois influencer ce point de bascule vers l’itinérance par des politiques publiques agissant sur le logement et le revenu.
Revenu, scolarisation, littératie, lutte contre les discriminations et les violences devraient se voir accorder autant d’importance que l’accès aux soins de santé et aux services sociaux. Des politiques qui réduisent les disparités économiques et protègent l’accès et le maintien au logement et à l’emploi concourent à limiter la conjugaison de la dépendance, l’itinérance et les problèmes de santé mentale. Nourrir le lien social, que ce soit à l’école, au travail ou au sein des structures sociales et familiales doit aussi faire partie des priorités.
Ce mémoire a été rédigé dans la cadre des consultations nationales du ministère de la Santé et des Services sociaux sur les prochaines orientations en matière de santé mentale, itinérance et dépendance. Pour l’Institut national de santé publique du Québec, cet exercice fournit l’occasion de mettre de l’avant une perspective de santé publique qui vise la prévention de ces situations avant même qu’elles ne surviennent.