Entre chiffres et miroir : perception du poids et indice de masse corporelle au Québec
Entre 2008 et 2020-2021, la répartition de la population adulte québécoise selon les catégories d’IMC a évolué, avec une augmentation de la proportion dans la catégorie obésité et une diminution de celle dans la catégorie poids normal.
Toutefois, la perception d’un excès de poids chez les hommes a peu changé, alors qu’elle a augmenté chez les femmes. C’est ce que révèle l’étude Entre chiffres et miroir : portrait et évolution du statut pondéral selon l’indice de masse corporelle et de la perception du poids au Québec de 2008 à 2020-2021, publiée aujourd’hui par l’Institut national de santé publique du Québec.
Le regard porté sur soi
L’image corporelle, définie comme l’ensemble des perceptions, pensées et émotions qu’une personne entretient à l’égard de son corps, occupe une place centrale dans le quotidien et influence le bien-être. En 2020‑2021, la perception d’un excès de poids est plus souvent rapportée par les femmes (46 %) que par les hommes (38 %). De plus, cette perception d’un excès de poids est en hausse chez les femmes (41 % c. 46 %) entre 2008 et 2020-2021.
Entre perception et IMC
L’analyse de la concordance entre le poids perçu et l’indice de masse corporelle (IMC) met en lumière l’influence des normes sociales et des préjugés à l’égard du poids. Les hommes tendent plus fréquemment à sous-estimer leur poids que les femmes (32 % c. 13 %), particulièrement chez les plus âgés, moins scolarisés et vivant dans des contextes de défavorisation matérielle. Ainsi, la concordance entre le poids perçu et l’IMC varie ainsi selon le genre. Parmi les personnes se déclarant de poids normal, une majorité de femmes correspond effectivement à cette catégorie selon l’IMC, tandis qu’une proportion importante d’hommes présente plutôt un IMC dans la catégorie de l’embonpoint.
Le poids des normes sociales
Les écarts entre le poids perçu et le poids mesuré reflètent des normes de genre distinctes : la minceur est davantage valorisée chez les femmes, tandis qu’un poids plus élevé peut être plus accepté socialement chez les hommes. La concordance entre le poids perçu et l’IMC varie aussi selon les conditions sociales comme le genre, les niveaux de scolarité et de défavorisation matérielle. De plus, la détresse psychologique est associée à une perception plus fréquente d’embonpoint et à une prévalence plus élevée de l’obésité, suggérant des interactions complexes entre santé mentale, image corporelle et statut pondéral.
Dans une perspective de santé publique, ces constats soulignent l’importance de considérer conjointement le statut pondéral, les perceptions du poids et leurs déterminants sociaux, afin de soutenir des stratégies de prévention et d’intervention adaptées aux différences de genre et aux inégalités sociales.
Méthodologie
Dans ce rapport, l’IMC a été calculé selon le poids et la taille autodéclarés par les participants et participantes à l’Enquête québécoise sur la santé de la population, réalisée en 2008, 2014-2015 et 2020-2021. L'IMC a ensuite été classé en quatre catégories : insuffisance pondérale, poids normal, embonpoint, obésité. Ces catégories sont utilisées pour parler de statut pondéral. Il est important de noter que l’IMC, bien qu’utile pour les analyses populationnelles, comporte certaines limites et ne reflète pas la composition corporelle ni l’état de santé individuel.