Bulletin d'information en santé environnementale

  • Article

Auteur(s): 

  • Magalie Canuel
    M. Sc, conseillère scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Germain Lebel
    M. A., M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec

Introduction

Les activités de surveillance des éclosions d’origine hydrique ont permis de faire des bilans périodiques depuis 1989. Ce texte présente des statistiques issues de l’analyse des données d’éclosions des maladies d’origine hydrique de janvier 2010 à décembre 2011. Les éclosions sont colligées en jumelant trois sources de données indépendantes : les signalements reçus par les directions de santé publique (DSP), le registre « ÉCLOSIONS » du fichier des maladies à déclaration obligatoire (MADO) ainsi que le registre des toxi-infections alimentaires du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). La méthodologie utilisée est présentée dans le rapport qui couvre la période 2005 à 20071 et elle n’a pas été modifiée par la suite.

Une maladie d’origine hydrique est définie comme toute maladie de nature infectieuse ou d'origine physico-chimique causée ou présumément causée par : ingestion d’eau, contact avec l'eau ou inhalation de vapeurs ou de gouttelettes d’eau.

Une éclosion est définie comme étant un incident où deux personnes ou plus présentent des symptômes et signes similaires ou une infection à un même micro-organisme ou une intoxication à un même produit chimique. Les personnes malades doivent être reliées par des caractéristiques communes de temps, de lieux ou de personnes.

Résultats

Au Québec, on dénombre 25 éclosions de maladies d’origine hydrique, soit : 13 en 2010 et 12 en 2011 (Tableau 1). Les régions de la Montérégie (n=4) et de l’Estrie (n=4) sont celles qui ont reçu le plus de signalements d’éclosions. Par ailleurs, 7 régions sociosanitaires n’ont reçu aucun signalement d’éclosion d’origine hydrique en 2010 et 2011 (Tableau 1). Les éclosions de nature infectieuse sont les plus fréquentes avec 19 éclosions sur 25 (76 %) (Tableau 2). L’eau de consommation est la cause la plus souvent mise en évidence (14 éclosions), avec toutefois une variation notable pour chacune des 2 années (Tableau 2).

Tableau 1 Nombre d’éclosions de maladies d’origine hydrique signalées, entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2011, par région sociosanitaire

Région sociosanitaire

Année

Total

2010

2011

01 Bas-Saint-Laurent

1

1

2

02 Saguenay Lac-Saint-Jean

0

0

0

03 Capitale-Nationale

1

1

2

04 Mauricie et Centre-du-Québec

1

1

2

05 Estrie

2

2

4

06 Montréal

0

0

0

07 Outaouais

0

0

0

08 Abitibi-Témiscamingue

2

0

2

09 Côte-Nord

0

0

0

10 Nord-du-Québec

0

0

0

11 Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine

0

2

2

12 Chaudière-Appalaches

1

0

1

13 Laval

2

0

2

14 Lanaudière

0

3

3

15 Laurentides

1

0

1

16 Montérégie

2

2

4

17 Nunavik

0

0

0

18 Terres-Cries-de-la-Baie-James

0

0

0

Province

13

12

25

Tableau 2 Nombre d'éclosions de maladies d'origine hydrique selon l'agent soupçonné, Québec, 2010 à 2011

 

Année

Total

 

2010

2011

 

Nature de l'éclosion

 

 

 

Chimique

5

1

6

Infectieuse

8

11

19

Usage de l'eau

 

 

 

Eau de consommation

4

10

14

Usage récréatif

8

2

10

Autre

1

0

1

Type d'exposition

 

 

 

Contact avec l'eau

7

2

9

Ingestion d'eau

4

9

13

Inhalation

2

0

2

Non disponible

0

1

1

Agent infectieux soupçonné

 

 

 

Cercaires ou schistosomes

3

0

3

Cyanobactéries

0

1

1

Giardia sp.

0

3

3

Legionella pneumophila

1

0

1

Norovirus (virus de Norwalk)

0

1

1

Pseudomonas aeruginosa

1

1

2

Shigella sp.

1

0

1

Agent infectieux indéterminé

2

5

7

Agent chimique soupçonné

 

 

 

Chloramines

2

0

2

Chlore

2

0

2

Hydrocarbures

0

1

1

Autre

1

0

1

Total

13

12

25

L’analyse des éclosions indique qu’au moins 188 personnes ont été impliquées dans les 25 éclosions signalées avec en moyenne 7,5 personnes par éclosion. Notons que pour une éclosion, 3 personnes ont été hospitalisées parmi lesquelles un décès a été rapporté. Il s’agit d’une éclosion possiblement liée à une tour aérorefroidissante qui a été suspectée comme étant la source de Legionella pneumophila. Une autre éclosion se démarque avec un nombre de personnes impliquées plus élevé que la moyenne (Tableau 3). En juillet 2010, au moins 41 cas de dermatites du baigneur ont été signalés à la DSP de l’Estrie. Cette éclosion est survenue à 2 plages publiques municipales où il y a eu confirmation d’escargots contaminés par les cercaires.

Parmi les 25 éclosions rapportées (chimique et infectieuse), l’agent responsable n’a pas été confirmé dans 64 % de ces éclosions (16/25), ni par une analyse de l’eau ni par l’analyse d’un échantillon biologique. Une analyse de l’eau a été effectuée pour 48 % des éclosions (12/25) et l’agent a été confirmé dans 42 % d’entre elles (5/12). Il est à noter que 3 éclosions ont été classées dans la catégorie des agents infectieux indéterminés, même s’il y a eu une confirmation par une analyse de l’eau. En effet, cette analyse a démontré la présence d’un indicateur de contamination fécale, mais aucune identification de l’agent pathogène, à partir d’un échantillon biologique, n’a été rapportée. L’agent pathogène à l’origine des symptômes a été confirmé à partir d’un échantillon biologique dans 24 % des éclosions (6/25) (Tableau 4).

Tableau 3 Nombre de personnes impliquées, hospitalisées et décédées lors des éclosions de maladies d’origine hydrique, selon l’agent pathogène soupçonné, Québec, 2010 à 2011

Agent

soupçonné

Nombre d'éclosions

Nombre de personnes :

Nombre moyen de personnes impliquées par éclosion

Nombre maximum de personnes impliquées dans une éclosion

Impliquées

Hospitalisées

décédées

Agent infectieux

 

 

 

 

 

 

Cercaires ou schistosomes

3

54

0

0

18,0

41

Cyanobactéries

1

4

0

0

4,0

4

Giardia sp.

3

12

0

0

4,0

5

Legionella pneumophila

1

6

3

1

6,0

6

Norovirus (virus de Norwalk)

1

5

0

0

5,0

5

Pseudomonas aeruginosa

2

6

0

0

3,0

4

Shigella sp.

1

3

0

0

3,0

3

Agent infectieux indéterminé

7

59

1

0

8,4

29

Agent chimique

 

 

 

 

 

 

Chloramines

2

12

0

0

6,0

10

Chlore

2

21

0

0

10,5

18

Hydrocarbures

1

4

0

0

4,0

4

Autre

1

2

0

0

2,0

2

Total

25

188

4

1

7,5

41

Tableau 4 Nombre d’éclosions confirmées par analyse de l’eau ou par un échantillon biologique, selon l’agent soupçonné, Québec, 2010 à 2011

Agent soupçonné

Nombre d'éclosions

Analyse de l’eau

Analyse d’un échantillon biologique

Nombre d’éclosions pour lesquelles :

Nombre d’éclosions pour lesquelles :

L’agent a été confirmé

Une analyse a été effectuée

L’agent a été confirmé

Une analyse a été effectuée

Agent infectieux

 

 

 

 

 

Cercaires ou schistosomes

3

N/A

0

N/A

0

Cyanobactéries

1

1

1

N/A

0

Giardia sp.

3

1

1

3

3

Legionella pneumophila

1

1

1

1

1

Norovirus

1

N/A

0

N/A

0

Pseudomonas aeruginosa

2

0

2

2

2

Shigella sp.

1

ND

ND

ND

ND

Agent infectieux indéterminé

7

0a

3

0

1

Agent chimique

 

 

 

 

 

Chloramines

2

0

1

N/A

0

Chlore

2

1

2

N/A

0

Hydrocarbures

1

1

1

N/A

0

Autre

1

ND

ND

ND

ND

 

 

 

 

 

 

Total

25

5

12

6

7

a Pour trois éclosions, il y a eu seulement un résultat d’indicateurs de contamination fécale.
N/A : Non applicable.
ND : L’information est non disponible.

En conclusion, le nombre d’éclosions en 2010 et 2011 est similaire à la moyenne depuis 1989, qui est d’environ 14 éclosions signalées annuellement1, 2. En 2010 et 2011, le nombre de personnes impliquées par éclosion est relativement faible, comparativement à l’éclosion survenue en Montérégie en 1987, pour laquelle 1 400 personnes ont été impliquées. Malgré ce faible nombre de personnes impliquées, il y a tout de même eu des hospitalisations et des décès en lien avec certaines éclosions de 2010 et 2011. Ainsi, il faut continuer d’effectuer la surveillance des éclosions d’origine hydrique afin d’améliorer la protection de la santé de la population. Les statistiques plus détaillées sont disponibles pour les intervenants de santé publique dans le portail de l’Infocentre de santé publique (Onglet : Plan commun de surveillance) :

(www.infocentre.inspq.rtss.qc.ca/portail/sante/public/infocentre/accueil/?lang=fr).

Bibliographie

  1. Canuel, M., Lebel, G. (2009) Surveillance des éclosions des maladies d'origine hydrique au Québec. Bilan du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2007 Québec,
  2. Canuel, M., Lebel, G. (2010) Bilan des éclosions des maladies d'origine hydrique, Québec, 2008-2009. Accessible au : www.inspq.qc.ca/bise/bilan-des-eclosions-des-maladies-d-origine-hydrique-quebec-2008-2009. Consulté le 12-6-2012

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