Analyse des spécimens suspectés de fièvre hémorragique virale
Voici les informations à l’intention du personnel du réseau de la santé ainsi qu’aux laboratoires qui souhaitent obtenir des analyses du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) dans les cas de suspicion de fièvres hémorragiques virales (FVH). Le LSPQ teste tous les échantillons reçus avec la trousse Global Fever Special Pathogens Panel de BioFire.
Les patientes et patients suspectés de FVH peuvent présenter d’autres conditions médicales requérant une action immédiate. Il est impératif d’être en mesure de réaliser les analyses de base sans délai, pour permettre leur prise en charge adéquate.
Agents pathogènes détectés au LSPQ
L'analyse du LSPQ effectuée avec la trousse Global Fever Special Pathogens Panel de BioFire ne doit pas être utilisée pour diagnostiquer la malaria ou un autre agent pathogène inclus dans cette même trousse. Elle doit servir pour des suspicions de fièvres hémorragiques. Cependant, elle permet d’orienter vers des analyses complémentaires afin d’étayer un diagnostic alternatif.
Virus
- Virus Chikungunya
- Virus de la fièvre hémorragique du Crimée-Congo
- Virus Ebola (Bundibungyo, Reston, Sudan, Taï Forest, Zaire)
- Virus de Lassa
- Virus de Marburg
- Virus du Nil occidental
- Virus de la fièvre jaune
- Virus de la Dengue
- Virus Zika
Bactéries
- Bacilllus anthracis
- Francisella tularensis
- Leptospira spp
- Yersinia pestis
Parasites
- Leishmania spp, incluant L. donovani et L. infantum
- Plasmodium spp (Plasmodium falciparum, Plasmodium vivax/ovale)
Requête
Il n’est pas possible de remplir un formulaire PHAGE pour cette analyse. Pour une demande d’analyse, la personne requérante doit fournir au LSPQ la requête du laboratoire référent ou le formulaire du Laboratoire national de microbiologie (LNM) dûment rempli. Cela permet au LSPQ d’obtenir les renseignements d’identification de l’échantillon et de la patiente ou du patient.
Informations obligatoires à fournir
- Nom, prénom
- Numéro d’assurance maladie
- Ville, code postal
- Numéro de référence de l’échantillon
- Médecin référent et contact
Pour le LNM - Voir Special Pathogens - Guide to Services - CNPHI
Certains laboratoires ont encodé toutes leurs suspicions de FVH sous un même libellé (ex : "EBOLA, "EBOV" alors qu’une fièvre de Lassa est suspectée), assurez-vous de spécifier clairement l’agent pathogène recherché sur la requête du LNM.
Types de spécimens requis pour l’analyse
Au LSPQ : un minimum de 0,5 mL de sang total sur EDTA (tube lavande)
Voir : Répertoire des analyses – Ebola
Au LNM :
- Un minimum de 0,5 mL de sang total sur EDTA (tube lavande)
- Un minimum de 0,5 mL dans un tube à sérum (tube jaune ou doré ou SST) : à noter qu’en phase aiguë le sérum ne sera généralement pas analysé, sauf en cas de résultat équivoque au TAAN, ou en cas de présentation tardive.
Voir : Molecular Detection of Ebola virus - Guide to Services - CNPHI
Attention
- Ne pas centrifuger les tubes
- Ne pas inactiver les spécimens
LSPQ : nécessité de l’envoi et délais
Dans des circonstances idéales, l’analyse est effectuée au LSPQ sur réception. Un rapport préliminaire est produit à l’intérieur de 6 à 12 heures suivant la réception de l’échantillon.
Au LNM, le résultat ne sera pas accessible avant un délai de 24 heures.
Durant l’attente, il est impératif d’être en mesure de réaliser les analyses de base sans délai, pour permettre la prise en charge adéquate du patient ou de la patiente. En effet, les personnes suspectées de FVH peuvent présenter d’autres conditions médicales requérant une action immédiate.
En cas de résultat négatif du LSPQ, un allègement des mesures en place pourra être discuté à la lumière de l’exposition qui a motivé le test, de l’évolution clinique du patient et de la présence d’un diagnostic alternatif. Par ailleurs, le diagnostic alternatif qui peut être obtenu au moyen de la trousse Global Fever Special Pathogens Panel de BioFire peut être utile pour la prise en charge clinique du patient ou de la patiente.
Aérosols en dehors d’une enceinte de sécurité biologique
Il est important de connaître la fréquence des changements d’air de votre laboratoire. La plupart des laboratoires de microbiologie ont 12 changements d’air par heure, mais cela peut varier pour les autres laboratoires ou selon la vétusté des installations.
Le nombre de changements d’air par heure et le temps nécessaire (en minutes) pour atteindre une efficacité d’élimination de 99 % et 99,9 % des contaminants aériens peuvent être déterminés à partir du tableau ci-dessous (ou à l’aide de l’annexe VIII des Pratiques de base et précautions additionnelles visant à prévenir la transmission des infections dans les milieux de soins - Canada.ca). Le LSPQ établit comme cible une efficacité d’élimination de 99,9 %. Une efficacité inférieure peut être retenue à la suite d’une évaluation locale des risques (ELR).
Voir : HP40-83-2013-1-fra.pdf (Annexe VIII)
| Renouvellements de l’air par heure | Minutes requises pour l’élimination des micro-organismes aéroportés | |
| Élimination à 99 % | Élimination à 99,9 % | |
| 2 | 138 | 207 |
| 4 | 69 | 104 |
| 6 | 46 | 69 |
| 12 | 23 | 35 |
| 15 | 18 | 28 |
| 20 | 14 | 21 |
Inactivation
Plusieurs analyses de base peuvent être effectuées avec des spécimens inactivés sans altération significative des résultats. L’inactivation réduit l’infectiosité du spécimen et constitue une mesure de mitigation des risques supplémentaires pour la manipulation sécuritaire des échantillons dans un laboratoire de niveau de confinement 2. Cependant, comme il n’est pas possible de prouver l’absence d’infectiosité du spécimen à la suite de son traitement d’inactivation, le personnel qui manipule ces échantillons doit continuer à considérer les spécimens comme infectieux.
Les spécimens de microbiologie requérant une culture ainsi que les spécimens destinés au LSPQ et au LNM ne doivent pas être inactivés.
Il est moins pertinent d’inactiver des échantillons qui seront analysés à l’aide de dispositifs au point de service sous une ESB (tests d’immunochromatographie, i-stat, etc).
Pour en savoir plus :
Il est recommandé d’inactiver des échantillons dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) certifiée. Le personnel de laboratoire manipulant ces échantillons cliniques doit porter l’équipement de protection individuelle (EPI) approprié : deux paires de gants, une couche imperméable supplémentaire par-dessus le sarrau, un appareil de protection respiratoire (p. ex. N95, N100) et un équipement de protection des yeux.
Méthodes d’inactivation courantes
Il est recommandé que l’inactivation des échantillons prenne place dans une ESB certifiée. De plus, comme l’inactivation ne peut être validée de manière indépendante au niveau de l’installation, les manipulations subséquentes doivent également être effectuées dans un laboratoire de NC2, en utilisant une ESB certifiée et de l’EPI approprié afin de gérer le risque résiduel.
| Type de spécimen | Méthode courante | Méthode alternative |
|---|---|---|
| Sang/sérum/plasma - avant analyses biochimiques... | Désinfection à la chaleur 60oC pendant 60 minutes | N/A |
| TAAN | Sels de guanidine (50-70 %) suivis par de l’éthanol (la plupart des méthodes d’extraction commerciales) | Un TAAN effectué dans une cartouche fermée ne requiert pas d’inactivation, mais plutôt une désinfection de la cartouche une fois que l’échantillon y a été placé |
| Spécimens sur lame (ex frottis mince) | Fixés avec du méthanol à 100 % pendant 15 minutes; par la suite, les lames doivent être inactivées par chaleur sèche (p. ex. à 60 °C pendant au moins une heure) et/ou recouvertes d’une lamelle avant l’examen au microscope | N/A |
Par la chaleur — précisions pour les liquides biologiques
Méthodes privilégiées par l’ASPC : Les échantillons de sang, de sérum ou d’autres liquides biologiques doivent être complètement immergés, puis chauffés à 60 °C dans un bain-marie pendant 60 minutes. Il est impératif de s’assurer que la température interne de l’échantillon atteint 60 °C et qu’elle est maintenue à ce niveau pendant toute la durée requise. Des essais préalables selon la méthode de chauffage retenue sont fortement recommandés. S’assurer que l’immersion atteigne au minimum le niveau de liquide dans le tube.
La validation de la performance des analyses effectuées au laboratoire clinique suivant l’inactivation doit être réalisée soit en amont, avant la réception d’un échantillon suspecté, soit en parallèle du traitement, à l’aide d’un spécimen simulé représentatif (par ex. : même type de tube et volume). La validation de la température atteinte pour un échantillon donné doit être effectuée en amont à l’aide d’un thermomètre ou d’une sonde de température insérée directement dans le liquide.
Procédure pour vérifier la température lors du traitement de volumes importants
Il est fortement recommandé d’effectuer cette vérification en amont. Celle-ci peut être réalisée à l’aide d’un spécimen simulé représentatif (même type et même volume). La mesure de la température doit être effectuée au moyen d’un thermomètre ou d’une sonde de température insérée directement dans le liquide. Il est essentiel d’utiliser le même type d’équipement de chauffage et les autres conditions expérimentales afin d’assurer des conditions de traitement constantes et comparables.
Différence - Chauffage à chaleur sèche ou un bain-marie ?
Le chauffage au bain-marie est la méthode recommandée par l’ASPC pour l’inactivation de liquides biologiques (Lignes directrices – Orthoebolavirus : | Portail de formation de l’ASPC). Contrairement à la chaleur sèche, le bain-marie offre un meilleur transfert thermique grâce à l’eau, assurant une distribution plus uniforme et constante de la température dans l’échantillon. Cela garantit une inactivation plus efficace et reproductible des agents pathogènes (Water bath is more efficient than hot air oven at thermal inactivation of coronavirus - PMC).
Pour le matériel incompatible avec un traitement au bain-marie (p. ex., les frottis sanguins minces pour la malaria), l’inactivation par chaleur sèche est recommandée.
Pour en savoir plus
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