Les services d’injection supervisée : où en sommes-nous?

La Direction de santé publique de Montréal vient tout juste de diffuser son rapport sur l’étude de faisabilité quant à l’implantation d’une offre régionale de services d’injection supervisée à Montréal. Le sujet est de retour sur la place publique depuis le jugement rendu par la Cour suprême en septembre dernier. À la suite de cette décision, le ministre de la Santé et des Services sociaux s’est montré favorable aux services d’injection supervisée (SIS) dans la mesure où il y aurait un large consensus social.

Afin de soutenir les réflexions ministérielles, l’INSPQ avait publié en 2009 un Avis sur la pertinence des services d'injection supervisée - Analyse critique de la littératureCet avis examinait l’ensemble des connaissances acquises à propos de ces services et concluait à l’efficacité de cette approche dans le contexte de la réduction des risques à la santé pour les personnes utilisatrices de drogues par injection (UDI).

Le récent rapport de la DSP de Montréal rappelle que la littérature évaluative laisse voir que les services d’injection supervisée (SIS) permettent entre autres : 

  • de joindre des populations à haut risque de morbidité et de mortalité;
  • de réduire la mortalité par surdoses ainsi que les comportements à risques liés à l’usage de drogues par injection, notamment ceux liés à la transmission des ITSS;
  • de réduire les nuisances dans les lieux publics;
  • de stabiliser l’état de santé des personnes par une prise en charge des nombreux problèmes de santé.

Faisabilité

Au-delà de la pertinence, la question devient donc celle de la faisabilité. L’étude menée par la DSP de Montréal aborde notamment les questions suivantes : 

  • Le service proposé est-il acceptable pour la population UDI?
  • Le service est-il socialement acceptable pour les autres membres de la communauté?

Le rapport propose maintenant d’aller de l’avant avec la mise en place d’une offre régionale de services d’injection supervisée.

Sur le plan légal

Au plan légal, la décision de la Cour suprême du Canada rendue en septembre 2011 à l’égard d’Insite (le site d’injection supervisée en opération à Vancouver depuis 2003) ouvre la porte à l’ajout de ce type de services aux programmes offerts aux personnes UDI ici au Québec. Le jugement pose les SIS comme une réponse médicale et de santé publique légitime à la maladie qu’est la toxicomanie. En outre,  le jugement précise que les décisions devront se faire dans le respect des droits à la vie, à la liberté et à la sécurité garantis par la Charte canadienne des droits et libertés.

Comme le rappelaient les auteurs de l’avis de l’INSPQ : « Les SIS constituent des réponses pragmatiques, humanistes et innovatrices face à certains problèmes auxquels les approches traditionnelles n’ont pas fourni de solutions. Par ailleurs, aucun effet négatif sur la santé n’a été documenté dans les recherches scientifiques menées à ce jour. »

Ici et ailleurs

Rappelons que les services d’injection supervisée ont été inscrits au Programme national de santé publique en 2008 afin de lutter contre les épidémies de VIH et de VHC chez les UDI. À ce jour, plus de 90 SIS ont été implantés dans le monde.

Rédigée par : 

Lina Noël, sociologue au sein de l'équipe ITSS de l'INSPQ, et François Gagnon, agent de recherche dans l'équipe du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé