Moderniser l’encadrement de l’alcool sans renverser la tendance à la diminution de la consommation

  • Le secteur des boissons alcoolisées connaît actuellement des mutations profondes, alors que les dynamiques de marché et les profils des consommateurs se transforment. La volonté gouvernementale de moderniser les modalités d’encadrement du secteur des boissons alcooliques pour soutenir les acteurs locaux et artisanaux de l’industrie québécoise face à ces bouleversements est reconnue. 
  • Une baisse de la consommation globale d’alcool est observée au Québec comme ailleurs au Canada et dans le monde, particulièrement chez les jeunes. Dans la plupart des pays industrialisés comparables, les jeunes boivent moins. Cette gestion de la décroissance ne concerne donc pas seulement les artisans locaux. Elle affecte aussi, voire surtout, de grands acteurs industriels et commerciaux, qui redoublent de stratégies pour conserver leurs parts de marché.
  • Les connaissances scientifiques sur les risques à la santé associés à la consommation d’alcool ont évolué durant la dernière décennie. Les études récentes soulignent qu’il n’existe pas de seuil de consommation sans risque pour la santé et ont remis en question les effets favorables d’une faible consommation d’alcool sur la santé cardiovasculaire.
  • La consommation d’alcool est l’un des principaux facteurs de risque menant à des conséquences négatives pour la santé de la population québécoise, avec des coûts de soins de santé et des coûts sociaux qui s’élèvent à plus de 4 milliards $ par année. Étant donné les impacts majeurs sur la santé des Québécois, le système de soins et les finances publiques, réduire la consommation d’alcool a été identifiée comme l’un des objectifs prioritaires de la Stratégie nationale de prévention en santé du Québec 2025-2035
  • La baisse de consommation globale d’alcool observée récemment au Québec doit d’ailleurs être mise en perspective : 
    • il demeure que les Québécois comptent toujours parmi les plus grands consommateurs d’alcool au Canada, particulièrement en matière de vin (1er rang) et de bières (2e rang, après Terre-Neuve-et-Labrador).
    • si les Québécois consomment moins de spiritueux qu’ailleurs au pays, la consommation de ces produits était en hausse depuis vingt ans jusqu’à tout récemment; 
    • près d’une personne sur quatre présente une consommation excessive d’alcool selon les données d’enquête les plus récentes.
  • Ce portrait s’expliquerait en grande partie par une plus grande accessibilité de l’alcool au Québec qu’ailleurs au pays, que ce soit du point de vue du prix des boissons alcoolisées que des points de vente : 
    • en dépit des politiques actuelles de taxation, de majoration de prix sur les vins et les spiritueux et de prix minimum sur la bière, les données compilées par le ministère de l'Agriculture des Pêcheries et de l'Alimentation [MAPAQ(2025)] démontrent bien que depuis 2014, les boissons alcoolisées sont devenues plus abordables comparativement aux autres biens de consommation. La croissance des prix de l’alcool se tient en deçà de l’inflation des prix, en particulier ceux des aliments et des boissons non alcoolisées qui ont connu des augmentations particulièrement élevées;
    • la densité des points de vente de l’alcool, particulièrement ceux pour emporter chez soi, est déjà particulièrement élevée au Québec. Par rapport aux autres provinces canadiennes, Terre-Neuve-et-Labrador est la seule où on trouve plus de points de vente d’alcool pour emporter qu’au Québec. À noter, la densité des points de vente d’alcool au Québec est plus élevée que pour les autres substances psychoactives, soit le tabac et le cannabis. 
  • Fort de ce constat, d’une perspective de santé publique, les choix effectués pour la modernisation de l’encadrement du secteur des boissons alcoolisées devraient reposer sur trois principes :
    • éviter de renverser la tendance des Québécois à boire moins, en augmentant la banalisation d’un produit déjà très accessible et dont la consommation entraîne de lourdes conséquences pour la santé;
    • soutenir les artisans québécois et leur développement sectoriel local, notamment par un allègement des exigences administratives tant que cela n’entraîne pas une hausse des volumes d’alcool consommé;
    • envisager un portfolio de politiques pour soutenir la tendance à la diminution de la consommation d’alcool, dont une politique de prix minimum par verre standard, des mesures sur l’accessibilité physique à l’alcool et l’intégration d’une responsabilité de santé publique à la mission de la Société des alcools du Québec (SAQ), à l’image des monopoles scandinaves de vente d’alcool ou de la SQDC qui ont déjà fait leurs preuves en matière d’encadrement favorable à la santé de la population pour les substances psychoactives

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ISBN (Digital)

978-2-555-03911-7

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