Écrans et hyperconnectivité - Veille analytique, hiver 2026

Résumés d’articles

Utilisation des médias sociaux et état de santé mentale des jeunes dans le contexte de l’interdiction du cellulaire à l’école en Australie du Sud

Contexte

Dans les dernières décennies, on observe une détérioration de l’état de santé mentale des jeunes. L’utilisation des médias sociaux a été identifiée comme étant un facteur pouvant potentiellement expliquer ce phénomène. En effet, cette période coïncide avec l’émergence et la démocratisation de l’usage des écrans et des médias sociaux. Bien que l’association entre l’utilisation des médias sociaux et l’état de santé mentale demeure sujette à débats, certaines juridictions ont adopté des règlements visant à réduire l’utilisation des médias sociaux chez les jeunes, notamment en interdisant les cellulaires à l’école. C’est le cas de l’Australie, où l’interdiction des cellulaires à l’école a officiellement été instaurée en septembre 2023. L’évaluation de l’efficacité de l’interdiction du cellulaire à l’école demeure limitée et peu d’études se sont attardées à évaluer son effet sur l’état de santé mentale des jeunes.

Objectif et méthode

Cette étude vise à répondre à deux objectifs :

  • Évaluer l’association prospective entre la fréquence d’utilisation des médias sociaux chez les jeunes et leur état de santé mentale tel qu’apprécié par des indicateurs autorapportés de détresse psychologique, de troubles alimentaires, et de blessures auto-infligées.
  • Évaluer l’effet de l’interdiction du cellulaire en classe mise en place en Australie du Sud et le potentiel effet modérateur de cette interdiction sur l’association entre l’utilisation des médias sociaux par les jeunes et leur état de santé mentale.

Pour ce faire, les données d’une enquête menée dans cinq écoles secondaires totalisant 1 319 étudiants âgés de 12 à 17 ans ont été analysées à l’aide d’un modèle linéaire mixte. Deux collectes de données ont eu lieu en juin (point de référence) et en septembre 2023 (suivi) après l’entrée en vigueur de l’interdiction. Les écoles ont été divisées en deux groupes selon qu’elles aient déjà implanté l’interdiction du cellulaire ou non au début de l’étude.

Ce que l’on y apprend

Les résultats indiquent que les jeunes qui rapportent publier et interagir sur les médias sociaux de façon quotidienne rapportent un niveau plus élevé de détresse psychologique et blessures auto-infligées comparativement aux jeunes publiant ou interagissant sur les médias sociaux de façon moins régulière. Quant à l’effet de l’interdiction du cellulaire, les résultats n’indiquent aucune différence statistiquement significative de l’état de santé mentale entre les écoles qui avaient interdit l’utilisation du cellulaire et celles qui ne l’avaient pas encore instauré au début de l’enquête, peu importe le groupe d’utilisateurs.

Conclusion

Les résultats de cette étude s’inscrivent en cohérence avec les conclusions de plusieurs autres études voulant qu’une utilisation plus importante des médias sociaux serait associée à un risque plus élevé d’un moins bon état de santé mentale. Quant aux résultats relatifs à l’influence de l’interdiction du cellulaire à l’école, l’absence de différences entre les écoles pourrait être attribuable au court délai entre les deux temps de mesure qui pourrait ne pas avoir permis d’observer un changement. Ces résultats mettent en exergue le besoin de mettre en place une stratégie plus large allant au-delà de l’environnement scolaire afin d’influer sur l’association entre l’utilisation des médias sociaux et l’état de santé mentale des jeunes.

Radunz, M., Quinney, B., Galanis, C., King, D. L. et Wade, T. D. (2025). Social Media Use and Mental Health of Adolescents: A Prospective Study of the South Australian School Mobile Phone Ban. International Journal of Mental Health and Addiction.

*Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche plus vaste qui visait à évaluer les effets de l’interdiction des cellulaires dans les écoles d’Australie du Sud. Deux articles ont fait l’objet de résumés dans le bulletin de veille de l’hiver 2025, et le bulletin de veille de l’automne 2025.


Efficacité d’interventions pour réduire le temps d’écran chez les enfants de 0 à 7 ans

Contexte

Un temps d’écran prolongé est associé à des conséquences négatives sur le plan du développement chez les enfants d’âge préscolaire. C’est aussi durant cette période que les habitudes d’usage des écrans s’acquièrent, pour se cristalliser à mesure que les enfants vieillissent. Pour ces raisons, il est essentiel d’intervenir dès la petite enfance afin de diminuer le temps passé devant les écrans. Les résultats des études menées à ce jour sur l’efficacité des interventions visant à réduire le temps d’écran chez les jeunes enfants sont mitigés. Il importe donc d’évaluer de façon systématique ce type d’interventions, notamment pour identifier les caractéristiques qui peuvent influencer leur efficacité.

Objectif et méthode

Cette revue systématique avec méta-analyse a pour objectif d’évaluer l’efficacité d’interventions visant à réduire le temps d’écran chez des enfants âgés de 0 à 7 ans, et à déterminer les caractéristiques des interventions qui influencent leur efficacité. Les résultats reposent sur 41 études publiées en anglais ou en chinois de 2000 à 2024, qui analysent des interventions destinées à modifier les comportements d’usage des écrans, ou des interventions qui montrent un effet sur ces comportements sans les viser spécifiquement. Ensemble, les études regroupent 14 514 participants et près de la moitié des études ont été réalisées en Amérique du Nord, majoritairement aux États-Unis.

Ce que l’on y apprend

De façon globale, les résultats de la méta-analyse indiquent que les interventions sont efficaces pour réduire le temps d’écran des enfants qui en bénéficient, en comparaison du temps d’écran des enfants des groupes témoins. Plus précisément, les interventions ont un effet chez les enfants de moins de 3 ans, qui est encore plus marqué chez ceux de 3 à 5 ans, comparativement à ceux de 5 ans et plus. Les auteurs émettent l’hypothèse que la malléabilité des habitudes de vie en bas âge pourrait faciliter l’intervention. Par ailleurs, les interventions sont également plus efficaces chez les garçons que chez les filles.

Certaines caractéristiques des interventions sont associées à une meilleure efficacité :

  • Les interventions de courte durée (moins de six mois) sont plus efficaces que celles de plus longue durée, ce qui pourrait refléter la difficulté à maintenir l’engagement et la motivation des participants à plus long terme, selon les auteurs.
  • Les interventions qui ont précisément comme cible la réduction du temps d’écran sont plus efficaces que celles qui ont des objectifs plus larges comme améliorer l’activité physique ou les habitudes de vie. Les auteurs pensent que les interventions qui visent plus globalement divers comportements de santé pourraient diluer les effets. 
  • Les interventions sont plus efficaces lorsqu’elles visent spécifiquement les enfants plutôt que leurs parents ou leur enseignant, bien que certaines interventions visant les enfants ne sont pas efficaces. Une approche impliquant à la fois les parents et les enfants pourrait accroître l’efficacité.
  • Les interventions se déroulant dans la communauté sont les plus efficaces (comparativement à celles mises en place à l’école et dans les services de soins primaires), ainsi que celles prodiguées en mode hybride (comparativement à celles exclusivement réalisées en face à face).
  • Les interventions basées sur un cadre théorique sont plus efficaces que celles qui n’ont pas un tel appui.

Conclusion 

Malgré une grande variété dans les résultats rapportés dans les études analysées, les résultats de cette méta-analyse montrent que les interventions visant à réduire le temps d’écran des jeunes enfants sont globalement efficaces. Ces résultats reposent sur plusieurs essais contrôlés randomisés, qui permettent de faire des liens de causalité entre les interventions et les améliorations observées. Ils laissent penser qu’il est particulièrement pertinent d’agir auprès des enfants de 3 à 5 ans et de viser spécifiquement la réduction de leur temps d’écran plutôt qu’une diversité d’habitudes de vie.

Wu, Y., Xi, X., Zhang, C., Jiang, J. et Ye, S. (2025). Effect of intervention on screen time in preschoolers: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. BMC Public Health, 25(1), 2724.


Vidéos de courte durée : association avec la santé mentale et les habiletés cognitives

Contexte

Dans les dernières années, l’émergence de plateformes de visionnement de vidéos de courte durée (VCD) comme TikTok a considérablement modifié le paysage des médias sociaux. La popularité de ce type de plateformes a poussé de nombreux réseaux sociaux et d’autres applications à intégrer ce type de contenu. Or, les effets du visionnement de VCD sont mitigés. Des études récentes ont rapporté des effets négatifs, notamment en ce qui a trait à la santé mentale et aux habiletés cognitives, alors que d’autres études rapportent des effets nuls ou même positifs du visionnement de ce type de contenu.

Objectif et méthode

Cette revue systématique avec méta-analyse vise à synthétiser les connaissances quant à l’association entre le visionnement de VCD et la santé mentale et les habiletés cognitives, et à identifier de potentiels facteurs qui feraient varier ces associations. Pour ce faire, les résultats de 71 études publiées entre 2019 et 2024 et totalisant 98 299 participants ont été analysés par méta-analyse. Plus précisément, 61 études rapportent des résultats en lien avec la santé mentale et 14 études, en lien avec les habiletés cognitives. Les indicateurs évalués dans les études analysées sont variés tant pour la santé mentale (affect, anxiété, image corporelle, dépression, sentiment de solitude, estime de soi, sommeil, stress, bien-être) que pour les habiletés cognitives (attention, contrôle de l’inhibition, langage, mémoire, mémoire de travail et, raisonnement).

Ce que l’on y apprend

Les résultats de la méta-analyse indiquent que plus le temps passé à visionner des VCD est élevé, moins la santé mentale est bonne. Les indicateurs les plus significatifs sont la présence de stress et la présence de symptômes d’anxiété. Les résultats varient également en fonction des dimensions de la santé mentale évaluées. Une association faible est relevée avec les symptômes de dépression, la présence d’affects négatifs, le sentiment de solitude, la qualité du sommeil et le sentiment de bien-être. Aucune association statistiquement significative n’a été relevée avec l’image corporelle et l’estime de soi.

Quant aux habiletés cognitives, les résultats de la méta-analyse indiquent que plus le temps passé à visionner des VCD est élevé, plus les habiletés cognitives sont faibles. Toutefois, cette association varie en fonction des habiletés cognitives évaluées. En effet, les résultats indiquent une association modérée avec l’attention et la capacité d’inhibition, une faible association avec le langage, la mémoire et la mémoire de travail et aucune association statistiquement significative avec la capacité de raisonnement.

Conclusion

Les résultats montrent que regarder des VCD peut avoir des effets sur la santé mentale et les habiletés cognitives, mais ces effets varient selon la façon dont on mesure autant la santé mentale, les capacités cognitives que l’exposition aux VCD. Aussi, il est à noter que les résultats sont issus d’études transversales, et ainsi ne permettent pas de savoir dans quel sens vont les liens observés. Les auteurs soulignent toutefois l’importance d’étudier l’impact de ce type de vidéos, surtout dans le contexte de leur prolifération sur différentes plateformes. Des recherches futures qui tiendraient compte du contenu visionné et des motivations des utilisateurs aideraient à mieux comprendre ces liens et à orienter les recommandations de santé publique concernant l’usage des écrans.

Nguyen, L., Walters, J., Paul, S., Monreal Ijurco, S., Rainey, G. E., Parekh, N., Blair, G. et Darrah, M. (2025). Feeds, feelings, and focus: A systematic review and meta-analysis examining the cognitive and mental health correlates of short-form video use. Psychological Bulletin, 151(9), 1125‑1146.


Applications mobiles éducatives pour enfants : les stratégies de légitimation utilisées par l’industrie

Contexte

Les plateformes d’achat et de téléchargement, comme l’App Store et le Google Play Store, regorgent d’applications éducatives destinées aux enfants de moins de cinq ans. Le terme ludoéducatif (traduction de edutaining) se retrouve couramment dans les descriptions des applications et le discours entourant leur usage. Il désigne la combinaison d’attributs éducatifs et divertissants. Les applications ludoéducatives peuvent sembler attrayantes aux yeux des parents, soucieux de bien préparer leurs enfants à l’école. Les développeurs de ces applications capitaliseraient sur les anxiétés et les ambitions parentales, en mettant de l’avant les promesses de gains dans les compétences fondamentales comme la littératie et la numératie. D’autre part, plusieurs experts mettent en doute la réelle valeur pédagogique de ces applications et s’inquiètent des différentes stratégies de mise en marché utilisées par l’industrie afin de favoriser leur usage.

Objectif et méthode

L’objectif principal de cette étude est d’examiner les stratégies de mise en marché des applications ludoéducatives, et les messages qui légitimisent leur usage par les jeunes enfants. Les auteurs voulaient également vérifier comment ces messages sont perçus par les parents et les éducateurs. Pour ce faire, les auteurs ont d’abord analysé le matériel promotionnel d’une application, Lingokids, disponible sur les plateformes et le site Web du développeur afin d’identifier les stratégies de légitimation utilisées. Dans un second temps, ils ont organisé des groupes de discussion réunissant des parents ayant au moins un enfant âgé de moins de 8 ans (n = 10) et des éducateurs à la petite enfance (n = 10) afin d’évaluer leurs perceptions quant à ces stratégies de légitimation. 

Ce que l’on y apprend

Trois stratégies principales de légitimation de l’application sont identifiées par les auteurs :

  • La certification éducative : cette stratégie implique de mettre de l’avant que l’application est en bonne position dans un palmarès, ou lauréate d’un prix ou d’une certification. En plus de légitimer l’usage de l’application, cette stratégie sous-tend un aspect compétitif dans lequel l’enfant pourrait sortir gagnant. Les auteurs précisent que plusieurs de ces certifications sont véritablement des accréditations que les développeurs peuvent acheter pour mettre en valeur leur produit.
  • Les allégations de valeur éducative : il s’agit de l’ajout d’un discours scientifique à celui de la mise en marché, comme de mentionner que la recherche, les données probantes ou la présence d’un panel d’experts ont démontré les qualités éducatives de l’application.
  • Le positionnement éducatif de la marque : c’est l’utilisation de termes correspondant aux valeurs éducatives véhiculées dans la population (par ex., « les compétences du 21e siècle »), mais qui demeurent abstraits. Une autre façon de positionner la marque est d’y accoler le nom d’institutions bien connues pour leurs valeurs éducatives, comme dans l’affirmation « Lingokids a conclu un partenariat avec l’Oxford University Press ».

En ce qui a trait aux perceptions, celles des parents et des éducateurs sont similaires. Effectivement, les groupes de discussion ont révélé que la certification éducative représente un aspect important dans le choix de l’application. De même, les allégations comme la mention d’une étude d’efficacité semblent un indicateur facilitant la distinction d’une application parmi le vaste éventail disponible sur le marché. Finalement, le positionnement éducatif légitimise l’usage de l’application, puisqu’il s’agit alors de « bon temps écran ».

Conclusion 

Selon les auteurs, les stratégies de mise en marché des applications ludoéducatives destinées aux jeunes enfants sont problématiques dans la mesure où il est difficile de vérifier la réelle valeur de ces prétentions éducatives. Pourtant, ces applications sont classées généralement dans la section « éducation » des plateformes d’achat et de téléchargements, ce qui peut représenter une garantie trompeuse pour les parents. Les auteurs suggèrent de procéder à des évaluations indépendantes des applications, et de rendre ces informations disponibles aux parents afin qu’ils puissent faire un choix éclairé. De plus, l’importance d’encadrer l’industrie et les acteurs qui peuvent tirer avantage de la mise en marché des applications destinées aux jeunes enfants est fortement réitérée.

Zomer, C., Zhao, X., De La Cruz, M., & Sefton-Green, J. (2025). Edutainment 2.0 or eduwashing? The production of educational legitimacy for children’s apps. Discourse: Studies in the Cultural Politics of Education, 1‑13.

Nouvelles publications INSPQ

Retour sur les Journées annuelles de santé publique (JASP) 2025

Présentations Powerpoint dont la diffusion a été autorisée par les personnes conférencières :

Affiches :

Autres publications d’intérêts

Au Québec

À l’international et ailleurs au Canada


Rédaction

Marie-Ève Bergeron-Gaudin, conseillère scientifique
Yan Ferguson, conseiller scientifique
Andréane Melançon, conseillère scientifique spécialisée
Équipe Écrans et hyperconnectivité | Santé mentale, suicide
Unité Santé et bien-être des populations
Direction du développement des individus et des communautés

Avec la collaboration de

Fanny Lemétayer, conseillère scientifique
Marie-Claude Roberge, conseillère scientifique et coordonnatrice
Équipe Écrans/Santé mentale/Suicide

Révision

Julie Laforest, cheffe d’unité scientifique
Unité Santé et bien-être des populations
Direction du développement des individus et des communautés

Révision linguistique

Marie-Cloé Lépine, agente administrative
Direction du développement des individus et des communautés

Pour toute question, vous pouvez contacter notre équipe à l’adresse courriel suivante : [email protected]

L’inclusion des articles présentés dans ce bulletin de veille ne signifie pas leur endossement par l’Institut. Le jugement professionnel demeure essentiel pour évaluer la valeur de ces articles pour votre pratique. Vous pouvez également consulter la méthodologie de la veille scientifique.