Acide trifluoroacétique (TFA)

Les fiches informatives sur les contaminants d’intérêt émergent résument l’état des connaissances actuelles sur l’exposition à ces substances par l’eau potable, leurs effets à la santé et les incertitudes dans les données disponibles.

Plusieurs raisons expliquent les incertitudes dans les données disponibles et l’interprétation de celles-ci. Par exemple, les données sur les effets à la santé de ces contaminants sont souvent fragmentaires. De plus, pour plusieurs de ces substances, les méthodes disponibles pour les analyser dans l’eau ne sont pas standardisées, ce qui limite l’interprétation au regard de l’exposition et de leurs effets à la santé.

Les connaissances sur ces contaminants peuvent évoluer rapidement. Ainsi, les informations contenues dans cette fiche sont le portrait des connaissances disponibles au moment de sa publication.

 Votre avis sur cette fiche

L’INSPQ a développé une collection de pages Web sur les PFAS en 2022 afin de rendre disponible un corpus d’informations synthétisées sur ces composés pour outiller les autorités concernées en situation de contamination. De son côté, le TFA a suscité en 2025 un intérêt dans les médias suivant la publication de certains rapports faisant état de l’ampleur de la contamination environnementale en Europe. Aucune étude de caractérisation n'a été recensée à ce jour au Québec. La présente fiche vise à présenter des informations d'intérêt pour outiller les autorités de santé publique dans l’éventualité d’une situation de contamination environnementale.

Le TFA dans l’environnement

L’acide trifluoroacétique, plus communément nommé TFA (CAS RN 76-05-1), est un liquide volatil à l’odeur âcre. Dans l’eau, le TFA se dissocie rapidement en trifluoroacétate et forme des sels très stables, solubles et non volatils 1. Par conséquent, le terme TFA dans le présent texte désigne majoritairement le trifluoroacétate.

Santé Canada reprend la définition de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 2021, classant le TFA dans la grande famille des composés per- et polyfluoroalkyliques (PFAS). Il en est l’espèce avec la plus courte chaîne (C2) des acides carboxyliques perfluorés (PFCA)2. Il appartient à la catégorie des PFAS à chaîne ultra-courte.

Le TFA est une substance chimique connue depuis avant les années 2000. L’augmentation des concentrations de TFA dans l’environnement découle principalement de la dégradation atmosphérique de certains gaz réfrigérants ayant remplacé les CFC et d’autres substances comme des pesticides, des polymères, des teintures et des produits pharmaceutiques.

Dans l’atmosphère, le TFA est très peu sujet à l’oxydation, ce qui lui permet de voyager loin des sites d’émission. La déposition humide (p. ex. pluie, neige ou brouillard) du TFA contribue largement à son élimination de l’air1. Aucune voie de dégradation environnementale évidente et significative n’est connue pour le TFA, d’où sa persistance 2.

Les multiples sources anthropiques combinées aux possibles sources naturelles et aux propriétés du TFA font en sorte qu’il peut être retrouvé presque partout dans l’environnement2.

Exposition de la population

Principales sources d’exposition

Aucune donnée permettant de caractériser la situation au Québec n’a été recensée. Ailleurs dans le monde, la plupart des méthodes qui mesurent un ensemble de PFAS dans l’eau ou dans les aliments ne permettent pas la quantification du TFA ou des autres PFAS à chaîne ultra courte. Dans le cas où des analyses spécifiques ont été effectuées dans l’environnement (eau, végétaux), le taux de détection et les concentrations seraient plus élevés que pour les autres PFAS3. La présence de TFA dans le matériel de laboratoire et les solvants représente une limite possible dans l’interprétation de ces résultats4.

La population serait exposée au TFA principalement par les aliments4. Basée sur les données de l’European Food Safety Authority (EFSA) (2014), la dose de TFA provenant de l’alimentation serait au moins 15 fois supérieure à celle provenant de l’eau potable pour un adulte de 60 kg consommant deux litres d’eau par jour5. Il n’y a pas de données disponibles permettant de transposer ces données au contexte québécois, mais sachant que les plantes, notamment les céréales, peuvent fortement accumuler le TFA, il est logique que plusieurs aliments en contiennent des quantités importantes.

Le TFA a été détecté autant dans les eaux souterraines que dans les eaux de surface (fleuves, rivières et lacs) et même dans les précipitations2. Les grands plans d’eau comme les lacs et les océans sont estimés être des puits environnementaux pour le TFA1. Puisque les méthodes de traitement de l’eau potable à grande échelle ne sont pas efficaces pour en réduire les concentrations, le TFA peut aussi être présent dans l’eau potable. Au Québec, considérant les enjeux analytiques associés à la mesure de ce contaminant, aucune analyse n’a été conduite pour en confirmer la présence, les concentrations ou encore la provenance dans les sources d’eau potable ou l’eau distribuée.

Données de biosurveillance

Peu d’informations sont disponibles au regard du comportement du TFA dans le corps. Contrairement à d’autres PFAS à plus longue chaîne, le TFA présenterait un potentiel de bioaccumulation négligeable.

Le TFA peut être mesuré dans le sang (sérum) et l’urine. Les concentrations sanguines de TFA mesurées et sa présence dans la poussière domestique et l’eau potable étaient significativement corrélées dans une étude américaine6. La quantification des concentrations de TFA dans les matrices biologiques présente toutefois certaines limites méthodologiques, comme pour son analyse dans l’eau et les aliments.

Effets à la santé

Les effets du TFA sur la santé ne sont documentés qu’à travers un nombre restreint d’études animales. Le mode d’action et sa pertinence pour l’humain restent à valider5,7. Les effets les plus sensibles découlant d’une exposition au TFA sur plusieurs jours ou mois chez le rat se produisent au niveau du foie5.

Exposition à court terme

L’exposition à court terme correspond à une exposition répétée à une substance allant de plus de 24 heures à 30 jours.

La toxicité orale aiguë du TFA, tel que retrouvé dans l’environnement, est reconnue comme étant faible8,9. Il n’est donc pas attendu que l’exposition à court terme par l’eau entraîne des effets notables sur la santé.

Exposition sous-chronique

L’exposition sous-chronique correspond à une exposition répétée à un contaminant allant de 30 jours à 10 % d’une vie (p. ex. < 7 ans par défaut pour un humain dont la durée de la vie est fixée à 70 ans lors des évaluations du risque).

Les expositions sous-chroniques au TFA par ingestion chez l’animal adulte peuvent causer des effets au foie (p. ex. hypertrophie), généralement lors d’exposition à de fortes doses.5,7–9. L’absence de relation dose-réponse claire pour les effets relevés au niveau des paramètres de chimie clinique (p. ex. cholestérol, glucose, bilirubine) n’a pas permis d’identifier une dose problématique9. Dans les études de reproduction chez le rat, des effets sur la motilité et la morphologie des spermatozoïdes ont été observés, mais ces effets ne se sont pas traduits par une diminution de la capacité reproductive8,9. Une diminution des niveaux sériques de T4 a été relevée à la fois chez les parents et leurs descendants, résultant en une NOAEL identique de 8,65 mg/kg p.c./jour pour chacun9. Cet effet a été considéré néfaste à cause des effets sur la réduction du gain de poids et des effets histopathologiques au niveau de l’estomac observés en parallèle9.

Les résultats des études pour les effets développementaux sont variables, mais des études chez le lapin ont indiqué que des anomalies au niveau des yeux étaient observés chez les petits9, des atteintes ayant été relevées même à la plus faible dose.

Exposition chronique

L’exposition chronique correspond à une exposition répétée à un contaminant pendant plusieurs années, généralement plus de 10 % d’une vie (p. ex. > 7 ans pour un humain dont la durée de la vie est fixée à 70 ans lors des évaluations du risque).

Effets cancérigènes

Les effets cancérigènes du TFA n’ont pas été évalués. Dans les tests in vitro, le TFA n’a démontré aucune activité génotoxique5,8–10. Selon l’EFSA, tous les tests requis ont été conduits et se sont traduits par des résultats négatifs. Ce type d’effet n’est donc pas préoccupant pour le TFA9.

Effets non cancérigènes

La seule étude recensée visant à évaluer les risques à l’exposition à long terme (un an) a été conduite chez le rat. Dans celle-ci, seuls des petits changements pour l’enzyme ALT, un biomarqueur potentiel d’atteinte au foie, ont été observés à la suite d’une exposition au TFA dans l’eau11. Bien qu’il ne soit pas d’emblée considéré comme une problématique de santé, cet effet a été retenu comme le plus sensible au regard des effets hépatiques plus graves observés dans les autres études à de plus fortes doses7.

Mécanisme d’action

Selon une étude menée dans le but d’évaluer les mécanismes impliqués dans l’hypertrophie légère du foie et les changements enzymatiques rapportés dans les études de doses répétées de TFA, ces effets semblent médiés par un mode d’action (prolifération des peroxysomes) dont la pertinence pour l’humain est sujette à débat5,9. Il n’est donc pas clair si le TFA représente un risque ou non pour la santé humaine. Le mécanisme menant aux effets sur les yeux lors du développement prénatal n’a pas non plus été identifié9.

Valeurs guides pour l’eau potable

Certains organismes ont proposé des valeurs guides sanitaires dans l’eau potable sur la base des effets relevés sur le foie ou sur les yeux9,11,12. Dans tous les cas, les valeurs proposées sont supérieures aux concentrations généralement rapportées dans l’eau potable.

Références

  1. Garavagno M de los A, Holland R, Khan MAH, Orr-Ewing AJ, Shallcross DE. Trifluoroacetic Acid: Toxicity, Sources, Sinks and Future Prospects. Sustainability. Multidisciplinary Digital Publishing Institute; janv 2024;16(6):2382.
  2. [En ligne]. Environnement et Changement climatique Canada, Santé Canada. Rapport sur l’état des substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques (SPFA); 5 mars 2025 [cité le 7 juill 2025].
  3. Ineris. Identification des principales voies d’exposition aux PFAS [En ligne]. Direction sites et territoires; 2025. 
  4. European Food Safety Authority. Reasoned opinion on the setting of MRLs for saflufenacil in various crops, considering the risk related to the metabolite trifluoroacetic acid (TFA). EFSA Journal. 2014;12(2):3585.
  5. Dekant W, Dekant R. Mammalian toxicity of trifluoroacetate and assessment of human health risks due to environmental exposures. Arch Toxicol. 1 avr 2023;97(4):1069‑77.
  6. Zheng G, Eick SM, Salamova A. Elevated Levels of Ultrashort- and Short-Chain Perfluoroalkyl Acids in US Homes and People. Environ Sci Technol. American Chemical Society; 24 oct 2023;57(42):15782‑93.
  7. [En ligne]. ECHA. Registration Dossier - TFA; 2022 [cité le 2 avr 2025].
  8. ECHA. CHL report, Proposal for Harmonised Classification and Labelling Based on Regulation (EC) No 1272/2008 (CLP Regulation), Annex VI, Part 2 International Chemical Identification: Trifluoroacetic Acid. [En ligne]. Germany : Federal Institute for Occupational Safety and Health, Federal Office for Chemicals; avr 2025 p. 105. Rapport no version 3.0.
  9. Public consultations [En ligne]. EFSA EFSA. Draft statement on consumer health-based guidance values on trifluoroacetic acid - Public consultation PC-1508.; 22 juill 2025 [cité le 17 sept 2025].
  10. Álvarez F, Arena M, Auteri D, Leite SB, Binaglia M, Castoldi AF, et al. Peer review of the pesticide risk assessment of the active substance flufenacet. EFSA J. 27 sept 2024;22(9):e8997.
  11. Freeling F, Anna M. Untersuchung von aktuellen Meerwasserproben auf Trifluoressigsäure [En ligne]. Umweltbundesamt (UBA); 2024 [cité le 8 avr 2025]. 39 p.
  12. RIVM. Drinkwaterrichtwaarde voor trifluorazijnzuur [En ligne]. Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu | Ministerie van Volksgezondheid, Welzijn en Sport; 2023. Rapport no RIVM-VSP Advies 14434A02. 

Le contenu des fiches synthèses repose principalement sur les revues toxicologiques effectuées par les organismes de référence cités dans la Méthodologie de recherche et de sélection de valeurs toxicologiques de référence13. Cette recension permet de faire la revue des organismes qui ont évalué la substance de manière exhaustive, avec pour la plupart, une révision par les pairs. Elle constitue donc une base de données probantes des sources d’exposition, des mécanismes d’action et des principaux effets à la santé retenus par ces organismes. Dans le cas du TFA, plusieurs sources ont été repérées2–4,7–9,11,12.

D’autres sources ont également été consultées lorsque des données étaient disponibles au sujet du TFA. Elles complètent les informations extraites des sources citées ci-dessus : généralités sur les substances (p. ex. caractéristiques physico-chimiques, présence dans l’environnement), sources d’exposition, données de biosurveillance, toxicocinétique et effets santé. Les sources additionnelles suivantes ont été repérées à partir de PubMed et Google à l’aide des termes « acide trifluoroacétique » ou « trifluoroacétate », en français et en anglais, publiées après 2020 et ayant fait l’objet d’une révision par les pairs1,5,6,10.

Enfin, le contenu de la fiche a été révisé auprès de collaboratrices et collaborateurs reconnus pour leur expertise dans le domaine et qui n’ont pas participé à la rédaction de la fiche. Ces collaborateurs et collaboratrices incluent des réviseurs et réviseuses internes à l’INSPQ (p. ex. membres du Groupe scientifique sur l’eau [GSE] ou de l’Équipe scientifique sur les risques toxicologiques et radiologiques [ESRTR]) ainsi que des réviseurs externes de l’INSPQ tels que des directions régionales de santé publique, des partenaires universitaires, des organisations de santé (p. ex. Santé Canada) et des ministères (p. ex. ministère de la Santé et des Services sociaux, ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs).

Rédaction

Rédactrice
Axelle Marchand, Institut national de santé publique du Québec.

Coordination 
Jean-Bernard Gamache, Institut national de santé publique du Québec.

Collaboratrices 
Gabriela Ponce, Marie-Hélène Bourgault, Vicky Huppé et Geneviève Grenier 
Institut national de santé publique du Québec.

Révision scientifique : 
Michelle Gagné, Pierre Dumas, Nicolas Parenteau et Marie-Eve Levasseur, Institut national de santé publique du Québec 
Roxanne Laurent, agente de planification, de programmation et de recherche en santé environnementale, Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière. 
Marie-Claude Lacombe, médecin-conseil, Direction de santé publique des Laurentides.  
Daria Pereg, spécialiste en toxicologie de l'eau potable du ministère de l’Environnement, de la lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

Révision linguistique (texte seulement)
Aurélie Franco, Institut national de santé publique du Québec.

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