Effets potentiels du cannabis sur la santé

Comme l’usage du cannabis à des fins non médicales demeure une substance illégale dans plusieurs pays et l’a été près de 100 ans au Canada la recherche scientifique sur le sujet reste limitée. Les études réalisées jusqu’à présent démontrent des liens entre la consommation de cannabis et certains effets sur la santé.

Par contre, le fait d’observer une association entre la consommation de cannabis et un problème donné ne signifie pas que le cannabis en est la cause directe ou unique.

Malgré ces limites, les données scientifiques disponibles indiquent que la consommation de cette substance ne serait pas sans risque et peut occasionner des problèmes de santé.

Effets respiratoires, neurologiques et dépendance sont des problématiques qui pourraient être engendrées par la consommation de cannabis.

Effets neurologiques et cognitifs 

La  consommation de cannabis à un âge précoce, fréquente et prolongée peut nuire au développement du cerveau des adolescents. Ils sont plus susceptibles de connaître des difficultés scolaires et de ne pas obtenir de diplôme d’études secondaires. Les difficultés notées concernent l’apprentissage, la mémoire, les habiletés en mathématiques et en lecture. Ces difficultés pourraient persister jusqu’à 28 jours après l’arrêt de la consommation (3). Par ailleurs, une consommation importante de cannabis serait significativement associée à des troubles de la mémoire (5; 6).

Effets sur la santé mentale

Plusieurs études ont établi des liens entre la consommation régulière de cannabis et les symptômes ou troubles psychotiques (5; 6; 8). Ces risques augmentent particulièrement chez les personnes ayant commencé à consommer à l’adolescence ainsi que chez les consommateurs ayant des antécédents psychiatriques personnels ou familiaux (6; 9; 10). L’usage quotidien ou presque quotidien est associé à une plus grande fréquence de maladies mentales, comme la schizophrénie, à l’âge adulte (3). 

Dépendance et troubles de l’usage au cannabis

Avec la révision des critères diagnostiques utilisés dans le monde médical, le concept de trouble de l’usage des substances a remplacé, depuis quelques années, celui de dépendance.

Les recherches portant sur la  dépendance permettent d’estimer que le risque d’en développer une chez les consommateurs de cannabis est de à 9 % (7 ; 9). Cependant, ce risque passe à16 % chez les personnes qui ont commencé à consommer à l’adolescence (1 ; 9).

Selon des critères diagnostics plus récents, il a été démontré que 3 consommateurs américains sur 10 auraient développé un trouble de l’usage en lien avec le cannabis selon un cumul de différents critères, par exemple : retrait de la vie sociale, augmentation des volumes consommés, contextes d’usage risqués, échecs de cessation répétés, etc. Une proportion non négligeable d’Américains ayant déclaré avoir consommé du cannabis au cours de leur vie présenteraient un trouble d’usage qualifié de sévère (soit présenter 6 critères diagnostics ou plus) (15).

Effets respiratoires

Les fumeurs réguliers de cannabis demeurent plus susceptibles de présenter des symptômes de bronchite chronique, notamment la toux chronique, la respiration sifflante et des sécrétions plus abondantes (10;12). Les résultats des études disponibles sont cependant contradictoires en ce qui concerne le lien entre la fumée de cannabis et la survenue d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (2) et d’un cancer du poumon (1; 2).  Les preuves semblent suffisantes par contre pour les lésions précancéreuses des voies aériennes (2).

Accidents et blessures

Des études ont établi une association entre la consommation de cannabis et l’augmentation des accidents routiers (1; 13). L’usage récent de cannabis serait associé à une dégradation significative de la capacité de conduite automobile surtout chez les consommateurs occasionnels (1).

La consommation de cannabis en milieu de travail est susceptible d’entraîner des blessures dans le contexte d’opération de machineries lourdes par exemple. De nouvelles études sont cependant nécessaires pour documenter les risques d’accident dans le milieu de travail (13).

Effets de l’exposition prénatale au cannabis

L’ingrédient actif du cannabis, le THC, traverse le placenta et certaines études indiquent qu’il pourrait avoir des effets sur le cerveau du fœtus (1;12).  La consommation de cannabis au cours de la grossesse pourrait avoir des effets négatifs sur la croissance pendant l’enfance, le développement des fonctions cognitives et le quotient intellectuel et pourrait engendrer des troubles de l’attention (3). Ces effets pourraient ne se manifester qu’à l’adolescence, soit au moment du développement de certaines zones du cerveau (12; 14).

Pour ce qui est de la prématurité, du retard de croissance intra-utérin, du petit poids de naissance ainsi que des problèmes néonatals et durant la petite enfance, les études arrivent à des résultats contradictoires (14).

Pour plus d’informations


  1. WHO. (2016). The health and social effects of nonmedical cannabis use. Geneva
  2. Colorado Department of Public Health & Environments. (2016a). Marijuana use and respiratory effects: Systematic literature review.
  3. Colorado Department of Public Health & Environments. (2016b). Systematic Literature Review Marijuana Use Among Adolescents and Young Adults (Updated March 21, 2016).
  4. Colorado Department of Public Health & Environments. (2016c). Systematic literature review: Marijuana use and extrapulmonary effects (updated March 21, 2016).
  5. Colorado Department of Public Health & Environments. (2016d). Systematic literature review: Marijuana use and neurological, cognitive and mental health effects (Updated March 21, 2016).
  6. Volkow, N. D., Swanson, J. M., Evins, A. E., DeLisi, L. E., Meier, M. H., Gonzalez, R., Baler, R. (2016). Effects of Cannabis Use on Human Behavior, Including Cognition, Motivation, and Psychosis: A Review. JAMA Psychiatry, 73(3), 292-297. doi:10.1001/jamapsychiatry.2015.3278
  7. Volkow, Nora D., Ruben D. Baler, Wilson M. Compton, et Susan R.B. Weiss, (2014). "Adverse Health Effects of Marijuana Use" New England Journal of Medecine 2014; 370:2219-2227June 5, 2014
  8. Giordano, G. N., Ohlsson, H., Sundquist, K., Sundquist, J., & Kendler, K. S. (2015). The association between cannabis abuse and subsequent schizophrenia: a Swedish national co-relative control study. Psychol Med, 45(2), 407-414. doi:10.1017/s0033291714001524
  9. Hall, W., & Degenhardt, L. (2014). The adverse health effects of chronic cannabis use. Drug Test Anal, 6(1-2), 39-45. doi:10.1002/dta.1506
  10. Hall, W., & Degenhardt, L. (2009). Adverse health effects of non-medical cannabis use. Lancet, 374(9698), 1383-1391. doi:10.1016/s0140-6736(09)61037-0
  11. Abramovici, H. (2013). Renseignements destinés aux professionnels de la santé : Le cannabis (marihuana, marijuana) et les cannabinoïdes.
  12. Huizink, A. C. (2014). Prenatal cannabis exposure and infant outcomes: overview of studies. Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry, 52, 45-52. doi:10.1016/j.pnpbp.2013.09.014
  13. Colorado Department of Public Health & Environments. (2015a). Marijuana use and Injury: Systematic literature review (final approval, January 12, 2015).
  14. Colorado Department of Public Health & Environments. (2015b). Systematic Literature Review Marijuana Use During Pregnancy and Breastfeeding (Updated September 21, 2015). 
  15. Hasin, Deborah S. 2018. US Epidemiology of Cannabis Use and Associated Problems. Neuropsychopharmacology REVIEWS 43, 195–212 https://www.nature.com/articles/npp2017198.pdf

Dernière modification: 

2 novembre 2018