COVID longue chez le personnel de la santé
Sur cette page
L’INSPQ a mené une vaste enquête sur la COVID longue parmi le personnel de la santé du Québec à partir de 2023. Cette enquête épidémiologique a permis d’évaluer la prévalence de la maladie, son impact fonctionnel et le risque de développer la COVID longue après un premier ou plusieurs épisodes (réinfections) de COVID-19. Enfin, l’enquête s’est penchée sur l’efficacité vaccinale contre la COVID longue.
Cette enquête s’est déroulée en trois phases, avec des collectes de données en 2023, 2024, 2025. L’analyse de ces données permettra de suivre l’évolution de la maladie grâce aux mêmes indicateurs et d’aider à la prise de décision relative aux besoins de soins de santé des personnes atteintes de la COVID longue.
Cohorte sondée
Dans sa première phase au printemps 2023, cette enquête a permis de sonder quelque 22 000 professionnels et professionnelles de la santé. Parmi eux, plus de 80 % étaient des femmes et l’âge moyen était de 46 ans. Plusieurs catégories d’emploi étaient représentées : personnel infirmier, préposés aux bénéficiaires, médecins, gestionnaires et personnel administratif.
Les cas de COVID longue étaient définis comme le personnel de la santé ayant rapporté des symptômes qui persistaient au moins trois mois après un épisode de COVID-19.
Prévalence et symptômes
Au moment de l’enquête de 2023, la prévalence de la COVID longue chez le personnel de la santé était de 5,6 %. Elle était plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Les personnes des groupes d’âge 40 à 59 ans étaient les plus atteintes par cette maladie comparativement aux autres plus jeunes ou plus âgées.
Figure 1 - Prévalence de la COVID longue selon le sexe et par groupe d’âge
Les symptômes de COVID longue les plus fréquents au moment de l’enquête étaient la fatigue, l’essoufflement, les troubles de concentration, les troubles de mémoire et le brouillard mental. Ces symptômes s’avéraient entre deux et cinq fois plus fréquents chez le personnel avec la COVID longue que chez le personnel ayant fait la COVID-19 mais sans symptômes persistants (témoins). Des symptômes graves étaient aussi beaucoup plus couramment rapportés chez le personnel avec la COVID longue.
Figure 2 - Les symptômes de COVID longue les plus fréquents chez les cas de COVID longue et chez les témoins COVID
Impact fonctionnel
La COVID longue a nui au bien-être du personnel de la santé atteint et limité sa productivité. Cela s’est ajouté aux défis du réseau de santé et de services sociaux du Québec.
Difficultés cognitives dans les activités quotidiennes
Au moment de l’enquête, des difficultés cognitives dans les activités quotidiennes étaient rapportées trois fois plus fréquemment chez le personnel atteint de COVID longue comparativement à celui sans symptômes persistants (témoins). Parmi les cas de COVID longue, 35 % rapportaient avoir souvent ou très souvent des problèmes de concentration ou d’attention; cette proportion augmentait à 70 % chez les cas très graves.
Figure 3 - Fréquence d’atteintes cognitives dans les activités quotidiennes chez les cas de COVID longue et chez les témoins COVID
Absentéisme au travail
Au moment de l’enquête, la plupart du personnel atteint de COVID longue (88 %) continuait à occuper un travail rémunéré, mais s’absentait plus souvent. Environ 1 personne sur 4 (26%) a manqué 25 jours ou plus de travail dans la dernière année pour des raisons de santé, contre 1 sur 10 (10%) chez celles sans symptômes persistants. Le risque d’absences prolongées (100 jours ou plus) augmentait avec le nombre de symptômes, surtout la fatigue, les problèmes cognitifs, et en présence de maladies comme la dépression, les troubles pulmonaires ou le diabète.
Capacité de travail
Au moment de l’enquête, le personnel atteint de COVID longue avait une capacité réduite : 16 % parlait d’une faible capacité, contre 3 % chez les personnes ayant eu une COVID-19 sans symptômes persistants (témoins). Environ 50 % du personnel avec la COVID longue jugeait sa capacité bonne ou excellente (contre 82 % chez les personnes sans symptômes persistants). Toutefois, ce chiffre variait selon la gravité : 72 % pour les cas légers, 37 % pour les cas graves, et seulement 15 % pour les cas très graves.
Figure 4 - Capacité globale de travail au moment de l’enquête chez les cas de COVID longue et chez les témoins COVID
La littérature scientifique fait état d’une augmentation du risque de COVID longue chez les cas avec certaines conditions médicales préexistantes1. Ces comorbidités peuvent aussi contribuer à une diminution de la capacité de travail et une augmentation de l’absentéisme, entraînant une perte de productivité2. Chez le personnel de la santé, elles augmentaient la prévalence des cas de COVID longue rapportant une faible capacité de travail. En revanche, les cas avec ou sans maladies chroniques rapportaient une prévalence d’absentéisme prolongé similaire.
Risque associé à une première infection et aux réinfections
Parmi le personnel de la santé ayant rapporté avoir eu la COVID-19, le risque de développer une COVID longue était de 15 % environ.
Selon l’ordre de l’épisode
Le risque de développer une COVID longue était environ 3 fois plus élevé après une première infection qu’après une réinfection (2e ou 3e épisode) de COVID-19. Même en tenant compte du variant et de la gravité de l’épisode, le risque restait réduit de 40 % après une réinfection.
Figure 5 - Risque de COVID longue attribué à chaque épisode de COVID-19
Selon le variant du SRAS-CoV-2
Après une première infection, le risque de développer une COVID longue était plus faible avec les variants (Alpha, Delta et Omicron) qu’avec la souche ancestrale du virus.
Figure 6 - Risque de COVID longue attribué au premier et deuxième épisode de COVID-19, selon le variant du SRAS-CoV-2
Selon la gravité de la COVID-19
La gravité de l’épisode aigu de COVID-19 était le meilleur prédicteur du risque ultérieur de développer une COVID longue. Plus l’épisode de COVID-19 était grave, plus le risque de COVID longue augmentait. Les personnes hospitalisées ou les cas ambulatoires ayant eu au moins trois symptômes graves avaient un risque environ quatre fois plus élevé de développer une COVID longue.
Figure 7 - Risque de COVID longue attribué au premier et deuxième épisode de COVID-19, selon la gravité de l’épisode aigu
Efficacité vaccinale
La vaccination contre la COVID-19 protège contre la COVID longue, en plus de protéger contre la maladie à coronavirus (COVID-19). Une immunité hybride (c.-à-d., avoir été vacciné et infecté une première fois) offre la meilleure protection contre la COVID longue suite à une nouvelle infection.
Avant la période Omicron, l’efficacité vaccinale contre la COVID longue était d’environ 90 % après une ou deux doses en se comparant à des non vaccinés.
Durant la période Omicron, chez les personnes vaccinées avec deux doses sans infection antérieure, une dose de rappel offrait une efficacité vaccinale de 57 % contre la COVID longue après une première infection. Cependant, une perte de protection est observée avec le temps; le vaccin ne protégeait pas contre l’infection ni contre la COVID longue au-delà de 6 mois après la vaccination.
Figure 8 - Efficacité vaccinale contre la COVID longue après une infection Omicron selon le temps depuis la dernière vaccination
Chez les personnes vaccinées deux doses avec infection antérieure (immunité hybride), une dose de rappel offrait une efficacité vaccinale contre la COVID longue de plus de 80 %. Elle restait stable dans le temps jusqu’à 9 mois.
Notes méthodologiques
La population visée par l’étude était constituée de personnes qui ont travaillé pendant la pandémie dans le réseau de la santé et des services sociaux (incluant le personnel administratif, d’entretien, etc.) dans des établissements de soins publics ou privés (incluant les soins à domicile et les résidences pour aînés, les ressources intermédiaires, etc.), soit environ 400 000 personnes.
Pour la phase 1, la collecte de données s’est déroulée de mai à août 2023. Le recrutement s’est d’abord effectué par courriel. Tout le personnel de la santé ayant un courriel était invité à remplir un questionnaire électronique (enquête courriel, 30-40 minutes). Par la suite, un échantillon aléatoire de 7 500 non-répondants à l’invitation courriel et 3 000 travailleurs de la santé non vaccinés pour lesquels aucune adresse courriel n’était disponible ont été invités lors d’un appel téléphonique à répondre verbalement à six courtes questions (enquête téléphonique).
Pour évaluer l'efficacité vaccinale contre la COVID-19 et contre la COVID longue, les données de l’enquête menée auprès du personnel de la santé québécois ont été jumelées avec celles du registre de vaccination du Québec et du registre provincial de laboratoire pour la COVID-19.
Méthode de calcul
La prévalence de la COVID longue au moment du questionnaire (mai-juin 2023), soit le nombre de cas de COVID longue prévalente divisé par le nombre de répondants à l’enquête (prévalence dans la population cible) ou divisé par le nombre de répondants ayant fait la COVID-19 (prévalence chez les personnes infectées par le SRAS-CoV-2).
Le risque de COVID longue chez les personnes infectées avec SRAS-CoV-2, soit le nombre total de cas de COVID longue (terminé, prévalent ou indéterminé) divisé par le nombre de répondants avec au moins un épisode de COVID-19 ayant débuté 84 jours (12 semaines) ou plus avant la date de participation à l’enquête.
La capacité de travail et l’absentéisme au cours de la dernière année en lien avec la santé des cas de COVID longue ont été mesurés à l’aide des questions du questionnaire validé “Work Ability Index” et comparés à celles d’un groupe de témoins ayant fait une COVID-19 et d’un autre groupe de témoins n’ayant pas fait la COVID-19, avec des analyses descriptives univariées. Le fonctionnement au travail a été évalué à l'aide du questionnaire « Work Role Functioning ».
L'efficacité vaccinale contre la COVID longue a été évaluée à l'aide d'une étude de devis test négatif.
Limites :
- Il n’existe pas pour le moment de tests biologiques permettant de confirmer un diagnostic de COVID longue. Ce diagnostic repose sur une définition clinique large, qui inclut un grand nombre de symptômes non spécifiques à la COVID longue. Il n’existe pas de critères acceptés internationalement pour définir la gravité de la COVID longue.
- Cette étude est basée sur un questionnaire autocomplété sans avoir de validation objective externe du diagnostic de COVID longue, des atteintes fonctionnelles, ou des risques psychosociaux du travail.
- La prévalence de la COVID longue chez les travailleurs de la santé ne devrait pas être comparée à celle estimée dans la population générale adulte par le sondage de l’INSPQ. La différence observée peut s’expliquer par la démographie différente des deux populations, une plus grande exposition au virus et par la méthodologie dans la collecte de données.
Références
- Tsampasian, Vasiliki, et al. "Risk factors associated with post− COVID-19 condition: a systematic review and meta-analysis." JAMA internal medicine 183.6 (2023): 566-580.
- Asay, Garrett R. Beeler, et al. "Absenteeism and employer costs associated with chronic diseases and health risk factors in the US workforce." Preventing chronic disease 13 (2016): E141.
Pour en savoir plus
Consultez nos publications :
- Affection post-COVID-19 chez le personnel de la santé du Québec : fréquence, évolution et facteurs de risque (2024)
- Affection post-COVID-19 chez le personnel de la santé du Québec : Impact fonctionnel - Phase 1 : mai – juillet 2023 (2025)
Consultez nos articles scientifiques :
- Carazo S, Ouakki M, Nicolakakis N et coll. Long COVID risk and severity after COVID-19 infections and reinfections: A retrospective cohort study among healthcare workers. Int J Infect Dis. 2025 Oct;159:108012. doi: 10.1016/j.ijid.2025.108012. Epub 2025 Aug 7. PMID: 40783164.
- Isangwe S, Talbot D, Coutu M et coll. Functional impact of long COVID among healthcare workers with comorbidities in Quebec, Canada: a cross-sectional study. BMJ Public Health. 2026;4:e004108.
- Carazo S, Phimmasone J, Skowronski DM, et coll. Effectiveness of COVID-19 vaccination and prior infections to reduce long COVID risk during the pre-Omicron and Omicron periods. Clin Infect Dis. 2025 Sep 29:ciaf549. doi: 10.1093/cid/ciaf549. Epub ahead of print. PMID: 41021660.