COVID longue chez les adultes québécois

L’INSPQ présente les premières estimations sur la prévalence et le risque de la COVID longue chez les adultes québécois. Cette étude est basée sur un sondage populationnel comportant plusieurs collectes de données entre le 30 avril 2023 et le 12 mai 2024.

La prévalence est utile pour estimer la charge globale de la COVID longue à un moment précis. L'incidence indique le risque de développer une COVID longue et permet de suivre les tendances temporelles (nouveaux cas). Ces deux indicateurs peuvent permettre d’identifier les facteurs de risque potentiels.

Dans ce sondage, les cas de COVID longue sont définis comme des personnes ayant rapporté des symptômes persistants pendant au moins trois mois, après au moins un épisode de COVID-19. Ces symptômes pouvaient être présents ou terminés au moment de la participation au sondage.

Près de 200 000 personnes âgées de 18 ans et plus ont rempli le sondage. La majorité des répondants (64 %) a rapporté au moins un épisode de COVID-19 remontant à trois mois ou plus avant la date de participation au sondage. De ces personnes infectées : 

  • 66 % ont rapporté un seul épisode de COVID-19, 
  • 26 % en ont rapporté deux, 
  • 5 % trois épisodes, 
  • 1 % quatre épisodes ou plus. 

Les adultes âgés de 60 ans et plus étaient, en proportion, plus nombreux que les plus jeunes à rapporter un seul épisode de COVID-19 (37 % contre 25 % pour les personnes de 18 à 39 ans et 19 % pour celles de 40 à 49 ans ainsi que celles de 50 à 59 ans).

Prévalence

Au moment du sondage, la prévalence pondérée estimée de la COVID longue dans la population québécoise adulte était de 3,4 %.

  • Entre le 2e trimestre de 2023 et celui de 2024, cette prévalence a augmenté, passant de 3,2 % à 4,1 % (figure 1). Lorsque l’analyse était restreinte à la population rapportant un seul épisode de COVID-19, la prévalence est toutefois restée stable dans le temps.
  • La durée médiane des symptômes de COVID longue au moment du sondage était supérieure à 1 an (504 jours), ce qui signifie que 50 % des personnes atteintes étaient encore malades après 1 an. L’analyse a été restreinte aux cas prévalents déclarant un seul épisode de COVID-19, car pour les autres cas, l’épisode infectieux à l’origine de la COVID longue était inconnu. Entre le 2e trimestre de 2023 et celui de 2024, la durée médiane des symptômes a augmenté, passant de 361 à 653 jours, ce qui témoigne de la chronicité de la maladie. La majorité (58 %) des répondants avec un seul épisode de COVID-19 a rapporté avoir été infectée durant l’année 2022, soit par le variant Omicron.

Figure 1 - Prévalence estimée de la COVID longue et durée médiane des symptômes associés au moment du sondage chez les adultes québécois

Note : prévalence parmi les adultes avec au moins un épisode de COVID-19; durée médiane des symptômes parmi les cas de COVID longue avec un seul épisode de COVID-19 remontant à trois mois ou plus avant la date de participation au sondage. Données collectées du 30 avril 2023 au 12 mai 2024. Vous pouvez télécharger les données en format CSV pour obtenir les intervalles de confiance à 95 %.

Incidence

Parmi les personnes qui ont déclaré un seul épisode de COVID-19 au moins trois mois avant leur participation au sondage, le risque pondéré estimé de COVID longue était de 7,9 %.

  • Ce risque a diminué avec le temps (figure 2). Il était plus élevé chez les personnes infectées par la souche ancestrale du SRAS-CoV-2 (14 %) au début de la pandémie. Depuis l’arrivée des premiers variants du SRAS-CoV-2 (Alpha, Beta, Gamma) en 2021, ce risque est resté stable dans le temps (sous les 10 %).

Figure 2 - Risque estimé de COVID longue parmi les adultes québécois déclarant un seul épisode de COVID-19 remontant à trois mois ou plus avant la date de participation au sondage.

Note : Période de dominance approximative des variants du SRAS-CoV-2 selon la vigie génomique réalisée au Québec : Alpha/Beta/Gamma à partir de janvier 2021; Delta à partir de juillet 2021; Omicron à partir de décembre 2021. Données collectées du 30 avril 2023 au 12 mai 2024. Vous pouvez télécharger les données en format CSV pour obtenir les intervalles de confiance à 95 %.

Caractéristiques associées au risque de COVID longue

Certaines caractéristiques des personnes répondantes étaient associées à un risque accru de développer une COVID longue (figure 3). En effet, le risque estimé :

  • Était plus élevé chez les femmes (10 % contre 6 % chez les hommes) et chez les personnes âgées de 40 à 59 ans comparativement aux autres groupes d’âge. En effet, le risque chez les femmes âgées de 40 à 59 ans était de 12 % comparativement à 7 % chez les hommes de ce même groupe d’âge.
  • Augmentait avec le nombre d’épisodes de COVID-19 rapporté (risque cumulatif : 8 % avec 1 épisode, 15 % avec 2 épisodes, 25 % avec 3 épisodes et 38 % avec 4 épisodes ou plus).
  • Augmentait avec la gravité de l’épisode aigu de COVID-19 ayant entraîné les symptômes persistants (3 % chez les cas de COVID-19 sans symptômes ou avec symptômes légers, 6 % chez ceux avec symptômes modérés et 20 % chez ceux avec symptômes sévères).
  • Était plus élevé chez les personnes infectées par la souche ancestrale du virus (14 %) que chez celles infectées par les variants Alpha-Beta-Gamma, Delta ou Omicron (moins de 10 %).
  • Ne suivait pas un gradient selon le niveau de scolarité du répondant, ni selon le nombre de personnes habitant avec le répondant.
  • Ne variait pas selon la région sociosanitaire.

Figure 3 - Risque estimé de COVID longue parmi les adultes déclarant un seul épisode de COVID-19.

a) Selon les groupes d'âges et le sexe

b) Selon la gravité de l’épisode aigu de COVID-19

Note : Données collectées du 30 avril 2023 au 12 mai 2024. Vous pouvez télécharger les données en format CSV pour obtenir les intervalles de confiance à 95 %. 

Conclusion

En 2023-2024, 3,4 % des adultes québécois avaient encore des symptômes de COVID longue au moment de répondre au sondage (prévalence). Cette prévalence estimée était inférieure à celle de 5,6 % rapportée en 2023 chez le personnel de la santé et des services sociaux du Québec, ce qui peut s’expliquer par la démographie différente des deux populations, une plus grande exposition au virus (76 % du personnel de la santé contre 64 % de la population générale avaient rapporté au moins un épisode de COVID-19) et par la méthodologie dans la collecte de données1. Elle était aussi inférieure à celle de 6,8 % rapportée en 2023 pour la population adulte canadienne dans le troisième rapport sur la COVID longue2. Cela dit, elle était comparable à celle rapportée pour la population d’autres pays occidentaux, soit 3,6 % aux États-Unis en 2023, 3,3 % en Angleterre et en Écosse en 2024, et 4,0 % en France en 20223-5. L’augmentation de la prévalence de la COVID longue et de la durée médiane des symptômes rapportée dans notre étude témoigne de la chronicité de la maladie.

Le risque (incidence) estimé de COVID longue parmi les individus ayant rapporté un seul épisode de COVID-19 était de 7,9 % chez les adultes québécois. Ce risque était inférieur à celui de 17 % mesuré en 2023 chez des travailleurs de la santé et des services sociaux du Québec 1. Il était aussi inférieur à celui de 14 % rapporté en 2022 dans la population adulte pour la province de Québec dans le deuxième rapport canadien sur la COVID longue6. En accord avec nos résultats, ces études ont également démontré que le fait d’être du sexe féminin, être âgé de 40 à 59 ans, d’avoir eu un épisode de COVID-19 plus grave, ou d’avoir été infecté par la souche ancestrale augmentait le risque de COVID longue. Le plus faible risque de COVID longue qui est observé au cours des dernières années comparativement au début de la pandémie pourrait être expliqué par une diminution de la gravité de la COVID-19, probablement lié à la protection conférée par la vaccination et à la gravité réduite des variants du SRAS-CoV-27-9.

Les données du cycle 2024-2025 du sondage populationnel de l’INSPQ permettront de suivre l’évolution de la prévalence et du risque de COVID longue dans la population québécoise.

 

Les données utilisées proviennent du sondage auprès des adultes québécois de l’INSPQ, soit un questionnaire électronique avec des réponses autodéclarées. Ce sondage a été rendu possible en vertu de l’enquête épidémiologique menée par le Directeur national de santé publique dans le cadre de la vigie de la COVID-19.

Les analyses ont été effectuées en regroupant les 28 collectes de données réalisées entre le 30 avril 2023 et le 12 mai 2024. Le taux de réponse moyen était d’environ 12 % durant la période à l’étude. L’âge médian des répondants était de 53 ans (min. = 18 ans; max. = 101 ans) et 54 % étaient des femmes. Une banque de données médico-administratives (Fichier d'inscription des personnes assurées ou FIPA) a été jumelée à celle du sondage afin d’obtenir des informations relatives aux caractéristiques sociodémographiques des répondants (le sexe ou le genre selon l’information dans le FIPA).

Les données du sondage ont été pondérées afin de pouvoir extrapoler les résultats à la population générale adulte. Si un individu a répondu au sondage deux fois ou plus au cours d’un trimestre, seule la dernière participation est considérée dans les analyses. L’exposition à la COVID-19 peut référer à un test rapide ou à un test d’amplification des acides nucléiques. Les résultats de tests de dépistage, de diagnostics de COVID-19 ou de COVID longue n’ont pas été confirmés par une évaluation médicale ni par la consultation du dossier médical des répondants.

Méthode de calcul

La prévalence de la COVID longue au moment du sondage a été estimée en divisant le nombre de personnes rapportant avoir des symptômes persistants pendant au moins trois mois (c.-à-d., que ces symptômes étaient présents au moment du sondage), par le nombre total de répondants au sondage.

Pour le calcul de l’incidence et de la durée des symptômes de COVID longue, l’analyse a été restreinte aux cas déclarant un seul épisode de COVID-19 remontant à trois mois (84 jours) ou plus avant la date de participation au sondage, car pour les autres cas, l’épisode infectieux à l’origine de la COVID longue était inconnu.

L’incidence(risque) de COVID longue a été estimée en divisant le nombre total de personnes ayant rapporté des symptômes persistants pendant au moins trois mois (c.-à-d., que ces symptômes étaient présents ou terminés au moment du sondage), par le nombre de répondants déclarant un seul épisode de COVID-19 remontant à trois mois (84 jours) ou plus avant la date de participation au sondage.

La durée médiane des symptômes de COVID longue a été estimée chez les cas prévalents en calculant l’intervalle de temps entre la date de participation au sondage et le 15e jour du mois de l’épisode de COVID-19, car seuls le mois et l’année de l’épisode étaient disponibles.

Les principales caractéristiques associées au risque de COVID longue ont été déterminées à l’aide des intervalles de confiance à 95 % mesurant la précision des estimations. Cette approche, pour déterminer si une donnée est statistiquement différente d’une autre, ne tient compte que de la relation brute entre la COVID longue et la variable étudiée.

Limites :

  • Étant donné l’abandon de la distribution gratuite des autotests de dépistage de la COVID-19 pour la population générale depuis avril 202310, beaucoup de personnes peuvent avoir contracté la COVID-19 sans en avoir la confirmation. Ainsi, il peut être difficile pour un répondant d’attribuer des symptômes à long terme à une COVID-19 ou à une autre infection respiratoire, telle que la grippe.
  • L’usage d’un questionnaire autoadministré peut amener certains biais de mémoire, de désirabilité sociale, ou d’attrition qui peuvent affecter la précision des résultats et la généralisation des estimations à la population québécoise. Le faible taux de réponse est aussi une limite quant à la précision et à la généralisation des estimations. 
  • Le sondage ne documente pas les symptômes de COVID longue et les données recueillies ne permettent pas de mesurer l’impact de la COVID longue sur la vie quotidienne des répondants. Plus de données sur la sévérité, le type et la durée des symptômes, ainsi que leur prévalence chez les personnes atteintes, seront nécessaires pour évaluer adéquatement les besoins en matière de soins et de services.

Références

  1. Carazo, S., Ouakki, M., Nicolakakis, N. et coll. (2025). Long COVID risk and severity after COVID-19 infections and reinfections: a retrospective cohort study among healthcare workers. International Journal of Infectious Diseases,
  2. Agence de la santé publique du Canada (2023). COVID-19 : Symptômes à long terme chez les adultes canadiens. Troisième rapport : Automne 2023.
  3. Vahratian A., Saydah S., Bertolli J. et coll. (2024). Prevalence of Post–COVID-19 Condition and Activity-Limiting Post–COVID-19 Condition Among Adults. JAMA Network Open.
  4. Office for National Statistics (2024). Self-reported coronavirus (COVID-19) infections and associated symptoms, England and Scotland: November 2023 to March 2024.
  5. Coste, J., Delpierre, C., Richard, J. B., et coll. (2024). Prevalence of long COVID in the general adult population according to different definitions and sociodemographic and infection characteristics. A nationwide random sampling survey in France in autumn 2022. Clinical Microbiology and Infection.
  6. Agence de la santé publique du Canada (2023). COVID-19 : Symptômes à long terme chez les adultes canadiens. Deuxième rapport : Printemps 2023.
  7. European Centre for Disease Prevention and Control (2025). Does COVID-19 vaccination reduce the risk and duration of post-COVID-19 condition? Rapid systematic literature review.
  8. Carazo, S.; Phimmasone, J. et coll.(2024). Effectiveness of COVID-19 Vaccination and Prior Infections to Reduce Long COVID Risk during the Pre-Omicron and Omicron Periods. Clin. Infect. Dis.
  9. Institut national de santé publique du Québec (2024). Évolution de la gravité de la COVID-19 depuis le début de la pandémie.
  10. Gazette officielle du Québec (5 avril 2023, 155e année, no 14). Décret 556-2023, 22 mars 2023, concernant la modification du Programme de distribution d’autotests de dépistage de la COVID-19.
     

Auteurs

Grégory Léon, conseiller scientifique spécialisé 
Élise Fortin, conseillère scientifique spécialisée 
Sara Carazo, conseillère scientifique spécialisée 
Abakar Idriss Hassan, conseiller scientifique 
Direction des risques biologiques

Coordination 
Marie-Claude Gariépy, cheffe d’unité scientifique 
Direction des risques biologiques

Collaborateurs

Équipe du sondage 
Radhouene Doggui, conseiller scientifique spécialisé 
Christine Lacroix, médecin-conseil 
Josiane Rivard, technicienne en recherche 
Direction des risques biologiques

Jérémie Sylvain-Morneau, conseiller scientifique 
Miguel Breault-Malette, technicien en recherche 
Bureau d’information et d’études en santé des populations

Révision 
Claudia Blais, conseillère scientifique spécialisée 
Bureau d’information et d’études en santé des populations

Valorisation 
Nathalie Labonté, agente d’information 
Karl Forest-Bérard, conseiller scientifique
Secrétariat général

Version du 12 mars 2026

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