Chaleur en milieux résidentiels

L’intensification des changements climatiques pourrait contribuer à augmenter la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur au Québec au cours des prochaines décennies. Actuellement, les mesures d’adaptation populationnelle de la chaleur extrême s’appuient sur des seuils de températures extérieures. Ces seuils correspondent à des conditions environnementales associées à une surmortalité au sein de la population québécoise. Bien que ces associations épidémiologiques constituent d’intéressants points d’ancrage pour favoriser une gestion efficace des épisodes de chaleur, la quasi-totalité de la mortalité associée à la chaleur survient en milieu intérieur où les températures diffèrent de celles observées en milieu extérieur. Alors que la population passe la majorité de son temps à l’intérieur, certains milieux résidentiels hébergent des personnes plus vulnérables à la chaleur. Ces dernières disposent parfois d’accès limités à des mesures d’adaptation comme la climatisation, ou logent dans des bâtiments à risque de surchauffe.

Initiatives visant à renforcer la résilience face à la chaleur en milieux résidentiels

La Direction de santé publique de l’Estrie a mené un projet-pilote pendant les étés de 2023 et de 2024. Les personnes vulnérables à la chaleur y ont reçu une trousse comprenant un thermomètre analogique et un court document explicatif présentant des mesures d’adaptation et de protection à mettre en place selon la température mesurée dans le logement. Ce projet visait à outiller les personnes à poser des gestes concrets pour limiter leur exposition à la chaleur. 

La Direction de santé publique de la Montérégie a, quant à elle, effectué un projet pendant deux saisons estivales (2017-2018) afin d’évaluer la température et l’humidité relative dans des logements de personnes de 60 ans et plus. Cette démarche a notamment permis de déterminer les valeurs pour lesquelles des effets de santé rapportés par les participantes et participants pourraient survenir. 

Pour en savoir plus, consultez la page Web : Température intérieure des logements en Montérégie : mieux comprendre pour mieux intervenir. 

Contextes propices à la surchauffe 

La surchauffe des bâtiments en saison estivale peut influencer le bien-être et la santé de leurs occupantes et occupants. Plusieurs éléments contribuent à y retenir la chaleur, notamment des aspects associés à l’architecture du bâtiment comme le type, le nombre et l’habillage des fenêtres, à sa localisation, aux mesures de contrôle du confort thermique en place et à son occupation (voir figure 1).

Figure 1 – Caractéristiques des bâtiments qui influencent la rétention de chaleur 

Source : Adaptée de Kenny et al., 2017.

Afin de réduire les pertes de chaleur et les dépenses énergétiques en saison froide, le gouvernement du Québec a adopté certaines exigences règlementaires en matière d’isolation thermique des bâtiments résidentiels neufs. Lors de vagues de chaleur, ces exigences peuvent cependant limiter l’évacuation de la chaleur intérieure et favoriser des situations de surchauffe.

Une étude menée conjointement par l’INSPQ et la Direction de santé publique de l’Outaouais dans un parc d’habitations à loyer modique de Gatineau a révélé que la mise en œuvre des travaux de rénovation visant à accroître l’isolation et l’étanchéité de l’enveloppe de ces bâtiments pourraient contribuer à la surchauffe des milieux intérieurs non climatisés et sous-ventilés en période estivale. 

Effets sur la santé 

Outre le ressenti d’inconforts, l’exposition à la chaleur peut occasionner un ensemble d’effets néfastes sur la santé des populations. Avant même l’apparition de tels effets, plusieurs mécanismes physiologiques de réponse à l’accumulation de chaleur corporelle se déclenchent comme l’élévation de la température du corps, une diminution de la tension artérielle, une augmentation du volume d’air respiré et de la perte en eau par sudation. Cette réaction résulte d’une activation normale du processus de thermorégulation en réponse à la chaleur. Elle s’avère généralement sans conséquence pour les individus en bonne santé, mais elle pourrait engendrer des conséquences physiologiques potentiellement délétères chez certaines personnes souffrant de problèmes de santé, comme celles atteintes de maladies cardiaques. L’élévation de la fréquence cardiaque est ainsi considérée comme un signal précurseur de la manifestation d’effets de santé indésirables associés à l’exposition à la chaleur; effets qui sont d’ailleurs susceptibles de s’intensifier avec l’élévation de la température et la durée d’exposition à la chaleur. 

Les réponses physiologiques à la chaleur dépendent toutefois de facteurs environnementaux (climat régional, humidité relative, déplacement de l’air, durée et intensité de l’exposition) et individuels (âge, condition physique, comorbidités, prise de médicaments, niveau d’hydratation et capacité d’adaptation physiologique). Pour en savoir plus, consultez notre publication : Les changements climatiques : Abrégé à l'intention des professionnels de la santé.

Ces prémices ne signifient cependant pas qu’il est opportun d’éviter toute exposition à la chaleur. En effet, il est possible que l’exposition répétée à la chaleur puisse favoriser une certaine adaptation de la population en santé sans pour autant entraîner d’effets potentiellement délétères. 

L’adaptation physiologique à la chaleur (ou acclimatation) réfère à l’augmentation graduelle de la capacité d’adaptation physiologique et de la tolérance du corps à la température ambiante suivant une exposition répétée à la chaleur. L’acclimatation se manifeste par le maintien d’une température corporelle plus basse, d’une fréquence cardiaque plus lente et d’une transpiration plus abondante et subite.

Populations vulnérables 

Certains groupes de personnes, en raison de caractéristiques individuelles spécifiques, seraient davantage susceptibles de souffrir des effets associés à l’exposition de la chaleur. Ceux-ci regroupent notamment :

  • Personnes aînées, en particulier celles en perte d’autonomie, vivant seules ou isolées socialement.
  • Bébés et enfants âgés de moins de cinq ans.
  • Femmes enceintes et leur enfant à naître. 
  • Personnes vivant avec des maladies chroniques (incluant les problèmes de santé mentale).
  • Personnes en mauvaise condition physique.
  • Personnes consommant de façon excessive de l’alcool ou des drogues.

Populations à risque d’être exposées à la chaleur

Sans être nécessairement vulnérables à la chaleur intérieure, certains groupes peuvent être plus susceptibles de subir certains impacts négatifs associés à ce type d’exposition :

Confort thermique et comportements 

En milieu résidentiel, les personnes peuvent ressentir des inconforts lorsqu’elles sont exposées à des températures intérieures élevées. Celles-ci pourraient mitiger leur inconfort en adoptant certains comportements protecteurs, par exemple en portant des vêtements plus légers, en s’hydratant adéquatement ou encore en utilisant un ventilateur sur pied ou une unité de climatisation.

Le confort thermique se définit comme la satisfaction exprimée à l’égard de l’ambiance thermique du milieu environnant. Il dépend de plusieurs facteurs individuels (p. ex. niveau d’activité physique, habillement) et environnementaux (p. ex. température et vitesse de l’air, rayonnement solaire, humidité). Des conditions thermiques inconfortables ne présentent pas nécessairement un risque pour la santé, puisque l’organisme peut s’adapter dans une certaine mesure aux fluctuations de l’ambiance thermique du milieu environnant.

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