Changements climatiques et déterminants de la santé des Autochtones

Les effets des changements climatiques sur la santé et le mieux-être des populations autochtones varient d’une zone géographique à l’autre. Les communautés et les villages autochtones ont tendance à être situés dans des régions où l’environnement se transforme plus rapidement qu’ailleurs, notamment en raison du réchauffement accéléré des régions nordiques. Plus des trois quarts des Autochtones au Canada ont vécu au moins un phénomène météorologique extrême ou une catastrophe naturelle dans leur vie en 2024, selon Statistique Canada. Les menaces climatiques entraînent des conséquences sur leur santé de façon directe et indirecte, à travers leurs effets sur les déterminants sociaux de la santé.

La santé et ses déterminants en contexte autochtone

Perspective holistique

La santé dans une perspective autochtone est généralement comprise selon une vision globale et intégrative. Chaque nation définit la santé d’une façon qui lui est propre. Il existe toutefois des points communs :

  • L’interdépendance des dimensions physiques, mentales, émotionnelles et spirituelles de la santé et du mieux-être.
  • Les relations des personnes avec le territoire et tous les êtres vivants et la nature, l’identité culturelle, la langue et les liens sociaux font partie intégrante de la santé et du mieux-être.

Déterminants de la santé et du mieux-être des Autochtones

Les déterminants sociaux de la santé renvoient aux circonstances dans lesquelles les gens naissent, grandissent, vivent, travaillent, jouent, apprennent et vieillissent, ainsi qu’aux systèmes de soins qui leur sont offerts. Ils sont façonnés par les contextes culturels, politiques, sociaux et économiques et la position sociale des personnes. Chez les Autochtones, des inégalités sociales de santé telles qu’une espérance de vie plus courte et un taux plus élevé de maladies chroniques sont associées au fardeau des effets négatifs et cumulatifs de ces déterminants, par exemple :

  • des taux de chômage et de pauvreté supérieurs à la moyenne canadienne;
  • des niveaux de scolarisation inférieurs à la moyenne canadienne;
  • de l’insécurité alimentaire et des enjeux d’accès à l’eau potable;
  • des barrières d’accès au système de santé et de services sociaux (p. ex. langue et racisme);
  • des logements de mauvaise qualité, non climatisés et surpeuplés (p. ex. taux de logements nécessitant des travaux majeurs supérieurs à la moyenne canadienne).

L’accès au territoire est un déterminant fondamental pour l’identité culturelle, la transmission des savoirs et la pratique d’activités traditionnelles, tout cela influençant positivement la santé. Le territoire comprend la terre, les plans d’eau, les animaux, la flore et tous les éléments qui le composent. Des activités comme la cueillette, la chasse et la pêche donnent accès à des aliments traditionnels, qui nourrissent autant le corps que l’esprit.

En revanche, des politiques coloniales qui ont engendré des traumatismes comme les relocalisations et les sédentarisations forcées, ainsi que le système des pensionnats, sont des exemples de déterminants qui influencent négativement la santé. Il en est de même des expériences de discrimination raciale vécues dans les services publics.

Impacts des changements climatiques sur la santé et le mieux-être

Les populations autochtones observent depuis longtemps les manifestations des changements climatiques et les conséquences de ces derniers sur leur santé et leurs modes de vie. Malgré la présence de vulnérabilités liées à l’héritage des politiques coloniales, les Autochtones font preuve d’une grande capacité d’adaptation et de résilience face à ces changements.

Répercussions directes sur la santé

Plusieurs problèmes de santé physique sont associés aux effets des changements climatiques. Plusieurs exemples peuvent être cités :

  • Dans les régions nordiques, le risque d’accident en véhicule motorisé occasionnant des blessures ou des décès est accentué en raison de la glace plus mince et de la couverture de neige moins dense (p. ex. en motoneige ou véhicules tout terrain). 
  • Les maladies respiratoires peuvent être aggravées par les sécheresses et la fumée des feux de forêt qui détériorent la qualité de l’air autant extérieur qu’intérieur.
  • Les vagues de chaleur et l’humidité augmentent l’inconfort dans des logements souvent déjà inadaptés ou surpeuplés, pouvant occasionner différents problèmes de santé physique (p. ex. déshydratation et aggravation de certaines maladies chroniques).
  • Des conséquences des changements climatiques, comme la dégradation du pergélisol dans les régions arctiques et les inondations, peuvent compromettre les systèmes d’épuration de l’eau et la disponibilité de l’eau potable dans les communautés autochtones. Cela peut nuire aux pratiques d’hygiène (p. ex. lavage des mains) ou entraîner la consommation d’eau impropre, et ainsi accroître le risque de contracter certaines maladies infectieuses (p. ex. gastro-entérite).
  • La fréquence des maladies transmises entre les animaux et les humains (zoonoses) peut augmenter. La consommation de gibier peut accentuer le risque de contracter des maladies transmises par la viande infectée (p. ex. brucellose du caribou). De même, dans le sud de la province principalement, les probabilités d’exposition à des insectes porteurs de maladies (p. ex. tiques et maladie de Lymemoustiques et virus du Nil) sont augmentées par le réchauffement des températures.

Il existe également des répercussions sur la santé mentale, émotionnelle et spirituelle :

  • Les évacuations causées par les conditions environnementales changeantes entravent la connexion des Autochtones à leur territoire. Aussi, les pertes matérielles occasionnées par des sinistres sont associées à des difficultés de santé mentale et émotionnelle comme les pensées suicidaires, la dépression, l’anxiété et le stress post-traumatique. 
  • Les communautés et les personnes devant être relogées définitivement (p. ex. en raison de risques persistants d’inondation ou d’érosion) peuvent redouter ces déplacements qui sont aussi liés à la perte de lieux significatifs, des réseaux de soutien social et d’accès à la culture. Ces deuils peuvent raviver des traumatismes liés aux relocalisations forcées.

Effets en cascade sur les déterminants de la santé

Les menaces climatiques et les vulnérabilités sociales peuvent s’interinfluencer. Cela peut entraîner un cumul de risques pour la santé, où un événement climatique déclenche une cascade de répercussions sur les déterminants de la santé, les écosystèmes et le mieux-être des populations, phénomène connu sous l’appellation d’effet en cascade. Voici deux exemples :

  1. Le nord du Québec et du reste du Canada subit un réchauffement particulièrement rapide, affectant notamment le pergélisol, l’épaisseur des étendues de glace et le niveau de la mer. Pour les communautés locales, cela peut :
    • entraver la capacité des membres à transmettre et faire vivre les savoirs ancestraux et les compétences liées au territoire;
    • affecter l’accès à la nourriture du territoire en quantité et en qualité adéquate, car la flore et la faune se transforment, les périodes de récolte des végétaux sont modifiées et les animaux prennent de nouvelles routes migratoires;
    • accroître l’insécurité alimentaire, puisque certaines communautés comptent sur ces végétaux et ces animaux pour leur alimentation;
    • augmenter la nécessité d’achat d’aliments du commerce, qui tendent à être plus coûteux et moins nutritifs que les aliments venant du territoire;
    • limiter le partage des aliments traditionnels, une pratique qui permet de renforcer les liens sociaux. 
  2. Des aléas climatiques comme les inondations, les feux de forêt, les glissements de terrain, la fonte du pergélisol ou l’érosion et la submersion côtière peuvent entraîner des répercussions particulièrement marquées dans les communautés éloignées ou isolées, en causant de nombreuses perturbations. Par exemple :
    • Dans ces communautés, des ruptures dans l’accès aux soins de santé et dans l’approvisionnement en médicaments et en matériel médical sont courantes. Les événements météorologiques peuvent donc aggraver les effets de ces ruptures. 
    • Des dégâts aux infrastructures de communication, de soins et de transports (p. ex. les tours cellulaires, les établissements de santé et les routes) peuvent poser une menace à la sécurité des patients et des patientes et l’accès à l’aide d’urgence. 
    • L’isolement des populations peut être amplifié si les ponts et les routes se dégradent ou sont impraticables.
    • Des évacuations à court, à moyen ou à long terme des communautés peuvent découler des menaces climatiques. Cela peut diminuer l’accès au territoire et affecter négativement le lien à la culture, à l’identité et à la spiritualité. 

Ces phénomènes en cascade ont pour conséquences d’amplifier les risques que vivent déjà certaines populations autochtones.

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