Dans un contexte de changements climatiques, certaines communautés et systèmes de production et de distribution d’eau potable du Québec pourraient être davantage à risque face aux problématiques d’approvisionnement en eau potable. Cette situation souligne l’importance d’adopter une approche de gestion de l’eau potable résiliente, capable de s’adapter aux aléas climatiques ainsi qu’aux pressions environnementales et liées aux activités humaines.
À cet égard, diverses pistes de solutions, adaptées à différents contextes géographiques et socioéconomiques, peuvent être mises en œuvre à l’échelle individuelle ou communautaire.
Les pistes énumérées dans cette page découlent d’une synthèse des connaissances récente et visent à soutenir la réflexion sur les stratégies d’adaptation possibles. Elles ne constituent pas des recommandations de l’INSPQ. La faisabilité et l’implantation de ces mesures dans le contexte québécois n’ont pas été évaluées. Une analyse contextuelle est nécessaire pour définir les solutions les plus adaptées.
Pour réduire les risques sur la santé associés à une diminution de la quantité et de la qualité de l’eau, quatre grandes catégories de pistes de solutions émergent. Les catégories ne sont pas mutuellement exclusives. Certaines mesures peuvent atténuer ces problématiques à court terme, comme restreindre les usages non essentiels en période de sécheresse. D’autres visent à apporter des solutions plus durables, comme renforcer la rétention dans les milieux humides.
Réduire la demande en eau potable
À l’échelle individuelle, plusieurs stratégies peuvent contribuer à réduire la demande en eau potable, par exemple :
- Raccourcir la durée des douches.
- Attendre une charge complète de vêtements avant de faire la lessive.
- Utiliser des appareils économes en eau.
- Limiter les usages non essentiels comme l’arrosage du gazon ou le remplissage de piscine.
Dans les résidences alimentées par un puits individuel, répartir la consommation d’eau sur la journée peut aussi aider à préserver la ressource.
À l’échelle des municipalités, celles-ci peuvent réduire le gaspillage et renforcer la résilience en fixant temporairement des priorités d’usage et en instaurant des restrictions temporaires pendant les périodes de manque d’eau. La réparation des fuites et l’entretien des infrastructures peuvent contribuer de manière importante à minimiser les pertes d’eau dans les systèmes. Les techniques de conservation, la réutilisation et le stockage sécuritaire de l’eau complètent ces efforts tout en améliorant l’offre. L’adoption de plans de réponse au manque d’eau, combinant interventions d’urgence et stratégies à long terme, permet de mieux appuyer la gestion de la demande. L’analyse des habitudes de consommation, combinée à la participation à des campagnes de sensibilisation, peut favoriser l’adoption de gestes concrets pour réduire la consommation et éviter le gaspillage.
Dans les secteurs agricoles et industriels, des méthodes de distribution d’eau efficaces visant à limiter les pertes, telles que les techniques d’irrigation goutte à goutte, permettent de réduire la consommation d’eau.
Améliorer l’offre en eau potable
Pour les utilisateurs et utilisatrices de puits individuels, plusieurs mesures de prévention et d’adaptation peuvent renforcer la résilience face au manque d’eau, notamment en période de sécheresse. Ces mesures visent à augmenter l’offre en eau potable.
Par exemple :
- Ajuster le système de pompage selon le contexte.
- Augmenter la capacité de stockage.
Ces interventions doivent respecter les réglementations en vigueur et être planifiées avec prudence, car certaines peuvent augmenter les risques de contamination.
La modernisation des infrastructures et l’amélioration de l’efficacité des systèmes de production et de distribution d’eau potable permettront de s’adapter aux changements climatiques. À l’échelle municipale, cartographier les vulnérabilités, diversifier les sources d’eau et renforcer la rétention dans les milieux humides permettent d’améliorer la résilience et la gestion durable de l’eau.
Enfin, l’utilisation sécuritaire de sources d’eau alternatives telles que l’eau de pluie, les eaux grises, ou l’usage d’eau de puits d’appoint peut compléter l’approvisionnement, mais nécessite un encadrement au regard des types d’usage de ces eaux pour limiter les risques sanitaires et assurer la fiabilité des infrastructures. Par exemple, au Canada, Santé Canada a publié un document qui fournit des recommandations pour la réutilisation domestique de l’eau grise et propose des éléments pour établir un cadre de gestion sécuritaire de ces pratiques.
Améliorer l’accès aux données sur l’eau et optimiser la surveillance
L’accès à des données fiables et à jour, combiné à la cartographie des territoires vulnérables aux problématiques d’approvisionnement en eau, permet de planifier des actions efficaces et de mobiliser les actrices et acteurs concernés.
Pour les puits individuels, plusieurs initiatives peuvent encourager les propriétaires à vérifier la qualité de leur eau. L’envoi de trousses d’échantillonnage et les campagnes de sensibilisation permettent de faciliter le suivi de l’eau, d’acquérir des données et de promouvoir des gestes pour protéger la santé.
Développer des indicateurs de manque d’eau et des systèmes d’alerte précoce, en combinaison avec une communication proactive des risques, aide les citoyens et citoyennes à mieux se préparer à la survenue et aux impacts probables des pénuries d’eau.
À l’échelle municipale et nationale, la surveillance des maladies d’origine hydrique peut être optimisée. De nouvelles méthodes de surveillance telles que les méthodes syndromiques et des modèles prédictifs de maladies d’origine hydrique permettent de tenir compte des variables climatiques. Enfin, poursuivre la recherche sur les pénuries d’eau est essentiel pour mieux comprendre ses impacts réels dans différents contextes et selon différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre afin de tenir compte des changements climatiques, y compris au Québec.
Améliorer les modèles de gouvernance et de financement
Une gestion durable de l’eau passe par une gouvernance efficace et un financement adéquat des infrastructures hydriques. Une planification intégrée de l’aménagement du territoire permet de mieux anticiper et de gérer les problématiques d’approvisionnement en eau potable.
Inclure les communautés locales dans la planification pourrait favoriser le développement de solutions mieux adaptées aux réalités régionales et plus largement acceptées socialement. Intégrer les savoirs et les perspectives autochtones contribue également à une approche plus inclusive.
Enfin, compte tenu des coûts élevés d’entretien et de modernisation, les modèles de financement à long terme des infrastructures hydriques peuvent être repensés et la coordination entre les paliers gouvernementaux peut être renforcée.
Collaboration des acteurs et actrices
La gestion durable de l’eau repose sur la collaboration de multiples actrices et acteurs, chacun jouant un rôle complémentaire pour renforcer la résilience des systèmes d’approvisionnement.
- Les citoyens et citoyennes, les commerces et les industries peuvent contribuer en adoptant des comportements responsables. Ces gestes, simples mais répétés à grande échelle, soutiennent les efforts collectifs de conservation.
- Les municipalités sont au cœur de l’action locale. Elles planifient l’aménagement du territoire, entretiennent les réseaux de distribution d’eau potable, appliquent les restrictions d’usage en période de manque d’eau, informent et sensibilisent la population.
- Les ministères et les organismes gouvernementaux (comme le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parc ou le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation) établissent les cadres réglementaires, définissent les priorités d’investissement et assurent la coordination entre les paliers de gouvernance.
- Les experts et expertes scientifiques ainsi que les institutions de recherche contribuent à améliorer la compréhension des vulnérabilités hydriques et des impacts sur la santé, ainsi qu’à concevoir des outils d’aide à la décision.
Pour en savoir plus
Consultez notre publication pour accéder aux références dans ce texte :
Références complémentaires :
Pour réduire la demande en eau :
- Économiser l’eau potable à la maison, trucs et astuces (Gouvernement du Québec, s. d.)
- Outils de sensibilisation et de mobilisation à l’économie d’eau potable (Gouvernement du Québec, s. d.)
- EstimEau : un outil d’aide à la décision pour la gestion de l’eau à la ferme (IRDA, s. d.)
- Stratégie québécoise d’économie d’eau potable (SQEEP) – votre eau, c’est notre eau à tous (MAMH, 2024)
Pour améliorer l’offre en eau :
- Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (MELCCFP, 2025)
- Guide de réalisation des analyses de la vulnérabilité des sources destinées à l’alimentation en eau potable au Québec (MELCCFP, 2025)
Pour l’accès aux données sur l’eau :
- Projets d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines (PACES) (MELCCFP, 2025)
- Réseau de suivi des eaux souterraines du Québec (MELCCFP, s. d.)
Pour le suivi de la qualité de l’eau potable :