Pénuries d’eau potable

L’accès à une eau potable sécuritaire pour toutes et tous est une préoccupation majeure de santé publique et un droit reconnu par l’Organisation des Nations Unies (2021). Bien que le Québec soit une province riche en eau douce, certaines communautés demeurent à risque face aux problématiques d’approvisionnement en eau potable en raison de facteurs naturels et issus de l’activité humaine. Les changements climatiques peuvent les accentuer.

Les problématiques d’approvisionnement en eau potable désignent les défis et les obstacles qui compromettent la capacité à fournir de l’eau en quantité suffisante et de qualité acceptable pour la consommation humaine. La baisse de la quantité d’eau peut aussi détériorer sa qualité, notamment par une contamination chimique ou microbiologique, entraînant des situations de pénurie d’eau, ou de conflits d’usage. Un conflit d’usage survient lorsque plusieurs acteurs et actrices ou secteurs entrent en concurrence pour une même ressource en eau limitée, que ce soit pour la consommation humaine ou d’autres usages. Il peut découler d’activités agricoles, industrielles ou résidentielles et peut concerner autant la quantité d’eau disponible que sa qualité.

Tendances et projections 

Les changements climatiques devraient accroître la fréquence et l’intensité des aléas climatiques (p. ex. sécheresse, précipitations) compromettant la disponibilité et la qualité de l’eau potable et constituant un potentiel enjeu de santé. Selon Ouranos, à moyen et à long terme, les sécheresses hydrologiques et les périodes d’étiage devraient augmenter dans le sud du Québec. Les changements climatiques devraient également entraîner une hausse des températures, favorisant l’évapotranspiration des cours d’eau et des sols. Toutefois, la variabilité climatique du Québec, liée à sa position géographique, fera en sorte que ces tendances seront entrecoupées d’années plus humides.

Selon l’Atlas hydroclimatique du Québec méridional, les étiages seront plus sévères et plus longs en été et en automne, mais moins sévères en hiver en raison des changements climatiques.

Débits moyens des cours d’eau sur sept jours pour l’été-automne d’ici 2080

Source : Guide de l’Atlas hydroclimatique du Québec méridional, 2022 

L’Atlas hydroclimatique

Cet outil cartographique en ligne présente les effets des changements climatiques sur les débits des rivières du sud du Québec. L’Atlas hydroclimatique illustre l’évolution des crues et des étiages pour 2020, 2050 et 2080.

Défis croissants

Au Québec, plusieurs épisodes de manque d’eau ont déjà été observés en lien avec :

  • des problématiques d’approvisionnement en eau souterraine pour les puits individuels et les petits réseaux de distribution;
  • une pression accrue sur les sources d’approvisionnement en eau potable pour certaines municipalités liée à la croissance démographique;
  • des compétitions entre les usages de l’eau découlant des activités agricoles, industrielles et résidentielles;
  • des dégradations des réseaux de distribution associées à un manque d’entretien et à un sous-financement pour les réparations et pour l’amélioration des infrastructures vieillissantes. 

Ces situations posent de nouveaux défis aux directions de santé publique du Québec qui évaluent leurs impacts potentiels sur la santé des populations. Consultez les solutions pour soutenir la gestion de ces enjeux

Risques de contamination de l’eau potable 

Les problématiques d’approvisionnement en eau potable peuvent entraîner une contamination de l’eau par divers agents chimiques et microbiologiques. 

La contamination microbiologique se manifeste dans des contextes de manque d’eau, ou lors du recours à des sources d’eaux alternatives non traitées, notamment les puits d’eau non traitée, les citernes ou la collecte d’eau de pluie.

Les puits individuels sont particulièrement vulnérables, notamment lorsqu’ils sont peu profonds, mal construits ou situés près de sources de contamination.

Par ailleurs, la diminution de la disponibilité de l’eau et l’augmentation de la température de l’eau peuvent aussi favoriser la prolifération de cyanobactéries toxiques et de divers pathogènes (bactéries, virus, protozoaires), augmentant le risque d’infections d’origine hydrique.

La contamination chimique de l’eau potable peut résulter de plusieurs facteurs. Par exemple, la hausse du niveau de la mer et la surexploitation des nappes phréatiques favorisent l’intrusion d’eau salée dans l’eau potable. Les périodes de sécheresse peuvent concentrer les contaminants, comme les métaux les pesticides ou les contaminants d’intérêt émergents.

Enfin, le goût, l’apparence et l’odeur de l’eau (propriétés organoleptiques) peuvent également être altérés. Par exemple, certains contaminants chimiques ou matières organiques naturelles peuvent changer la couleur de l’eau. Toutefois, l’absence de couleur ou d’odeur dans l’eau n’exclut pas une contamination.

Impacts sur la santé 

Les effets potentiels sur la santé d’une pénurie d’eau dépendront de la quantité d'eau disponible, de sa qualité, ainsi que des vulnérabilités individuelles et communautaires.

Les principaux effets présentés ci-dessous sont issus de la littérature internationale et pourraient ne pas être applicables au Québec : 

Maladies infectieuses liées à l’ingestion de l’eau

Les perturbations de l’approvisionnement favorisent la prolifération de bactéries, de virus et de protozoaires (p. ex Giardia spp. et Cryptosporidium spp.), augmentant le risque de gastro-entérites et d’autres infections d’origine hydrique. L’utilisation de sources d’eau alternatives non traitées peut accentuer ces risques.

Maladies chroniques et cancer

Certains contaminants augmentent les risques de développer des maladies chroniques et certains cancers. Ils sont susceptibles d’être plus présents lors de problématiques d’approvisionnement en eau. Par exemple, à long terme, la hausse importante de salinité dans l’eau potable pourrait avoir un impact sur certaines pathologies cardiovasculaires, rénales et sur l’hypertension.

De plus, les effets indirects du manque d’eau, comme la substitution de la consommation d’eau vers des boissons sucrées, pourraient mettre à risque à plus long terme les individus pour certaines conditions, telles que l’obésité et le diabète.

Maladies vectorielles 

Le manque d’eau peut inciter les individus à stocker de l’eau près du domicile de façon non sécuritaire (p. ex. en collectant l’eau de pluie dans des contenants sans protection). Cette pratique favorise la stagnation de l’eau, crée des conditions favorables à la reproduction de certains vecteurs (p. ex. les moustiques) et augmente le risque de transmission de maladies vectorielles comme le virus du Nil occidental. C’est ce qu’on appelle une zoonose.

Impacts sur les pratiques d’hygiène et la transmission de maladies infectieuses

Le manque d’eau réduit la capacité des populations à adopter des mesures d’hygiène comme se laver les mains et le corps ou désinfecter les surfaces. Cela favorise la transmission de maladies infectieuses comme le pieds-mains-bouche ou H. Pylori.

Impacts sur la santé mentale et sociale

Les problèmes d’approvisionnement en eau peuvent provoquer stress, anxiété et détresse psychologique, tout en perturbant les relations sociales et les pratiques culturelles, notamment dans les communautés éloignées et rurales.

Facteurs de risques

Les risques liés aux problèmes d’approvisionnement en eau se manifestent à plusieurs niveaux.

Sur le plan individuel, certaines personnes pourraient être plus susceptibles de présenter des effets sur leur santé, notamment en fonction des facteurs comme l’âge ou les conditions de santé préexistantes.  

D’autres facteurs, tels que la précarité socioéconomique, l’isolement, le manque d’infrastructures ou l’exposition à d’autres crises, pourraient accroître certains risques sur la santé. Dans ce contexte, les personnes en situation de pauvreté, certaines communautés autochtones et les habitants et habitantes de zones rurales ou de maisons mobiles alimentées par des puits individuels pourraient être particulièrement à risque des conséquences d’une pénurie, ce qui peut renforcer les inégalités sociales et sanitaires existantes.

Sur le plan des infrastructures, les puits individuels et les petits réseaux de distribution d’eau semblent plus à risque aux défaillances et à la contamination. 

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