Agresseurs sexuels

 
 

La délinquance sexuelle, soit le fait de commettre des délits d’ordre sexuel, est un problème complexe. Ses causes sont multifactorielles et les motivations qui poussent à agresser sexuellement sont diverses. Certaines caractéristiques qui sont davantage partagées par des sous ensembles d’agresseurs sexuels ont toutefois pu être dégagées.

Qui sont les personnes qui commettent une agression sexuelle ? Comment expliquer que des personnes agressent sexuellement ?

  • Il n'existe pas de portrait unique de personnes qui agressent sexuellement. La grande diversité des comportements d’agression sexuelle, et les différentes motivations qui y sont sous-jacentes, ne permet pas de décrire un profil type de l’agresseur sexuel.
  • Malgré l’hétérogénéité des profils d’auteurs d’agression sexuelle, un intérêt sexuel déviant (ou paraphilie) et des distorsions cognitives sont deux conditions explicatives essentielles de l’agression sexuelle1.
  • Différents types d’agresseurs sexuels sont identifiés, selon la nature des agressions sexuelles qu’ils commettent, leur lien avec leur victime, leur âge et celui de leur victime4. Il s’agit des agresseurs sexuels envers des enfants, incluant les agresseurs intrafamiliaux et extrafamiliaux; les agresseurs sexuels envers des adultes, habituellement de femmes; et les mineurs auteurs d’agression sexuelle. Toutefois, ces catégories ne sont pas mutuellement exclusives; une même personne peut par exemple agresser sexuellement des adolescentes et des femmes adultes4,5.

Agresseur, prédateur ou délinquant sexuel ?

Le terme agresseur sexuel réfère à toute personne qui commet une agression sexuelle, qu’elle soit commise ou non sur un mineur, alors que le délinquant sexuel réfère à un individu ayant été reconnu coupable d'avoir commis une infraction criminelle de nature sexuelle.

Quant au terme prédateur sexuel, il est habituellement utilisé de manière péjorative ou pour créer une forte impression pour parler d’un individu qui a commis plusieurs agressions sexuelles6. Ce terme renvoie à l’analogie du prédateur qui poursuit et chasse sa proie pour illustrer une personne qui serait constamment à l’affut de cibles potentielles sur lesquelles commettre des agressions sexuelles, ce qui représente le comportement d’une minorité d’agresseurs sexuels6. Ainsi, il arrive que des experts réfèrent aux comportements de prédation chez des agresseurs sexuels en série pour parler des méthodes de repérage d’une victime inconnue potentielle et de leurs méthodes d’attaque7. On parle aussi maintenant de cyberprédateurs pour référer aux personnes qui communiquent avec un mineur dans le but de commettre une infraction sexuelle (i.e. leurre d’enfant).

Un mauvais usage du terme prédateur sexuel peut faussement laisser croire à la population que la plupart des agressions sexuelles sont commises par des inconnus qui recherchent et choisissent aléatoirement leur victime, alors que dans les faits, c’est le cas d’une très faible proportion d’agresseurs sexuels.

Informations sur la méthodologie des études concernant les agresseurs sexuels+

Les études ayant porté sur les caractéristiques des agresseurs sexuels ont surtout étudié des agresseurs masculins judiciarisés, soit des hommes ayant été condamnés pour des infractions sexuelles ou faisant partie de groupes de traitement mandatés par la loi. Les caractéristiques rapportées dans ces études ne sont donc pas représentatives de l’ensemble des agresseurs sexuels. Par ailleurs, comme ces études sont basées sur des questionnaires auto-administrés, il est possible que les réponses obtenues soient biaisées2,3. Enfin, puisque les femmes commettant des agressions sexuelles sont peu présentes dans la population carcérale, peu d’études ont porté sur cette clientèle.

Agresseurs sexuels d’enfants

Agresseur sexuel d’enfants ou pédophile ?

Le terme agresseur sexuel d’enfants réfère à toute personne qui commet une agression sexuelle sur un mineur. Un agresseur sexuel peut rencontrer ou non les critères diagnostiques de la pédophilie. Le terme pédophile correspond au diagnostic de pédophilie pouvant être posé par un professionnel habileté à le faire chez un individu de 16 ans et plus ayant une attirance sexuelle, exclusive ou non, envers des enfants pré-pubères (habituellement moins de 13 ans) et rencontrant un ensemble de critères8. Les critères diagnostiques de la pédophilie ont été critiqués à plusieurs reprises, notamment celui sur la nécessité d’avoir eu des comportements sexuels avec des enfants pour pouvoir poser un diagnostic9.

Dans la population, le terme pédophile est souvent utilisé à tort pour parler de toute personne qui commet une agression sexuelle envers un enfant2, alors que dans les faits, une minorité des auteurs d’agression sexuelle envers des mineurs rencontrent les critères d’un diagnostic de pédophilie10.

 
 

Les agresseurs sexuels présentant les critères diagnostics de la pédophilie sont plus susceptibles d’avoir commis des agressions sexuelles : sur de jeunes victimes; envers des victimes de sexe masculin; à l’extérieur de la famille et d’avoir fait plusieurs victimes, en comparaison à des agresseurs sexuels d’enfants non pédophiles5.

Caractéristiques des agresseurs sexuels d’enfants

  • Les agresseurs sexuels d’enfants constituent un groupe hétérogène d’individus. Il est reconnu que les personnes qui agressent sexuellement des mineurs peuvent être des hommes ou des femmes; hétérosexuels, homosexuels ou bisexuels; en couple ou célibataire; de tout groupe ethnique; ou de statuts socio-économique variés2.
  • Si les motivations varient d’un individu à l’autre, certaines caractéristiques individuelles sont plus souvent rencontrées chez les agresseurs sexuels d’enfants :
Caractéristiques individuelles des agresseurs sexuels d’enfants1,4,5,2,11
Faibles habiletés sociales Malaise face aux relations avec des adultes
Sentiment d’impuissance Relations insatisfaisantes avec des adultes
Faible estime personnelle, dévalorisation Vulnérabilité face à leur masculinité
Sentiment d’humiliation Sentiment de solitude
Problèmes d’attachement Problèmes sexuels

 

Mise en garde

Les caractéristiques individuelles identifiées pour décrire les agresseurs sexuels sont des attributs qui sont plus susceptibles d’être présents auprès de personnes ayant commis des agressions sexuelles, mais leur présence chez une personne ne font pas d’elle un agresseur sexuel et ne signifie pas qu’elle commettra des agressions sexuelles.

  • Genre des agresseurs sexuels d'enfants+

    • La majorité des victimes mineures ont été agressées sexuellement par des agresseurs de sexe masculin, soit dans 85 % des cas et plus selon les études. Cette proportion est plus grande quand la victime est une fille11. Pour plus d'informations, consultez les statistiques sur les agressions sexuelles commises sur des enfants.
       
    • Même si la majorité des agresseurs sexuels d’enfants sont des hommes, un nombre considérable de personnes qui commettent des agressions sexuelles sur des enfants seraient de sexe féminin. Les hommes ayant été victimes d’agression sexuelle dans l’enfance rapportent avoir été agressés par une femme dans près de 40 % des cas12. Pour plus d’informations, voir la fiche thématique sur les agressions sexuelles commises par des femmes.
  • Âge des agresseurs sexuels d’enfants+

    • Une partie importante des agressions sexuelles d’enfants seraient commises par des mineurs. Des recherches ont estimé à partir de différents échantillons de victimes que 40% à 51% des agressions sexuelles d’enfants étaient perpétrées par des personnes de moins de 20 ans et que 13% à 18% des victimes d’agression sexuelle auraient été agressées par d’autres enfants de moins de 13 ans13. Pour plus d'informations, consultez les statistiques sur les agressions sexuelles commises sur des enfants.
  • Lien de l’agresseur avec sa victime+

    • L’agresseur sexuel d’enfants est très fréquemment connu de sa victime, soit dans 75 % à 90 % des cas rapportés11. Pour plus d'informations, consultez les statistiques sur les agressions sexuelles commises sur des enfants.
       
    • Près du quart des victimes interrogées dans le cadre d’une enquête populationnelle québécoise rapportaient avoir été agressées par un membre de leur famille immédiate, soit un parent ou un membre de la fratrie14.
       
    • Plusieurs données montrent que les beaux-pères, comparativement aux pères biologiques, sont plus susceptibles de commettre une agression sexuelle auprès d’un enfant de leur famille13.
       
    • Dans plusieurs études, les agressions sexuelles étaient plus souvent commises par un membre de la fratrie que par une figure paternelle11,13.
  • La santé mentale des agresseurs sexuels d'enfants+

    • Parmi les agresseurs sexuels d’enfants ayant reçu un diagnostic de pédophilie, une proportion considérable présentait ou avait présenté au cours de sa vie un problème de santé mentale (trouble de l’humeur dans 60 % à 80 % des cas; un trouble d’anxiété entre 50 % à 60 % des cas et un trouble de la personnalité dans 70 % à 80 % des cas)2.
       
    • Quelques études ont montré qu’un pourcentage considérable d’agresseurs sexuels pédophiles auraient aussi reçu un diagnostic de dépendance ou d’abus de substance au cours de leur vie (50 % à 60 %)5,2.
  • Les distorsions cognitives chez les agresseurs sexuels d’enfants+

    Les distorsions cognitives correspondent à des pensées erronées qui reflètent des conceptions irréalistes ou déformées de la réalité. Elles sont présentes chez plusieurs agresseurs sexuels et sont exprimées sous formes de justifications pour expliquer leurs délits1. Ainsi, elles sont formulées de manière à nier, minimiser, justifier, voire maintenir leurs comportements2. Voici quelques distorsions cognitives fréquentes auprès des agresseurs sexuels d’enfants :

    • Prétendre que : « L’enfant est consentant aux activités sexuelles puisqu’il ne dit pas non et qu’il a éprouvé du plaisir pendant l’agression »;
    • Prétendre que : « Je contribue à l’éducation sexuelle de l’enfant »;
    • Prétendre que : « Tout est fait en douceur, sans violence; il ne s’agit pas d’une agression sexuelle »;
    • Prétendre que : « L’enfant désirait les gestes car il a lui-même initié un rapprochement ».

Typologies d’agresseurs sexuels d’enfants

 
 

Les profils d’agresseurs sexuels sont générés avec des méthodes statistiques et sur la base de caractéristiques d’échantillons restreints d’individus judiciarisés. Ces profils doivent être utilisés avec prudence car ils ne sont pas nécessairement représentatifs de tous les agresseurs sexuels et ne sont pas mutuellement exclusifs.4

  • Malgré la diversité des profils d’agresseurs sexuels d’enfants, différentes typologies ont été proposées dans les 30 dernières années pour classifier les auteurs d’agression sexuelle envers des enfants sur la base de leurs caractéristiques personnelles et/ou de celles des victimes qu’ils choisissent et de leurs motivations à agresser sexuellement.
  • Les typologies les plus populaires sont celles de Groth (1978)15 et plus récemment, celle de Knight et Prentky (1990)16.+

    • La typologie de Groth propose deux types d’auteurs d’agression sexuelle d’enfants : le fixé (fixed) - lorsque l’agresseur présente une attirance persistante et compulsive envers les enfants - et le type régressé (regressed) - qui réfère à l’individu qui sera amené à agresser sexuellement dans des situations précises et sur la base de stresseurs externes4.
       
    • La taxonomie de Knight et Prentky permet d’identifier plusieurs sous-types d’agresseurs sexuels d’enfants déterminés notamment sur la base de leur degré d’attirance envers des enfants, de leurs compétences sociales, de la quantité de contacts non sexuels qu’ils recherchent auprès d’enfants ou le recours à la violence physique lors des agressions4.
  • Au Québec, des experts ont établi, à partir de techniques de profilage criminel, trois profils différents d’agresseurs sexuels d’enfants basés sur un ensemble de caractéristiques de l’individu et des agressions sexuelles qu’il a commises17. Ces profils sont basés sur le profilage criminel d’agresseurs sexuels d’enfants judiciarisés au Québec, qui constitue principalement un outil d’enquête permettant de mieux cibler des suspects ou d’orienter les enquêtes criminelles17. Ces profils sont le « pédophile isolé », le « pédophile rangé » et le « pédophile festif »
  • Le pédophile isolé+

    Représentait le tiers de l’échantillon d’une étude portant sur les agresseurs sexuels d’enfants incarcérés.

    Mode de vie

    • Généralement, n’entretient pas de relation amoureuse et vit seul
    • Ne fréquente pas les bars et ne consomme pas d’alcool ni de drogue
    • Est instruit et occupe un emploi
       
    Caractéristiques des agressions sexuelles commises
    • Crime prémédité, mais n’utilise pas la coercition
    • Tente d’instaurer un climat de confiance avec sa victime pour développer une relation intime avec elle
    • Victime plus souvent de sexe masculin
    • Commet surtout des actes sexuels impliquant la fellation et la masturbation
  • Le pédophile rangé+

    Représentait le quart de l’échantillon d’une étude portant sur les agresseurs sexuels d’enfants incarcérés.

    Mode de vie

    • Habite rarement seul, est en couple dans la moitié des cas
    • Semble mener une vie rangée (fréquente peu les bars, se couche tôt, occupe un emploi, est propriétaire)
    • Peut consommer de l’alcool avant de passer à l’acte, mais ne fait pas usage de drogue
       
    Caractéristiques des agressions sexuelles commises
    • Prémédite son crime, mais ne sélectionne pas sa victime
    • Consomme souvent de la pornographie avant de commettre son délit
    • Est souvent un proche de la victime ou un membre de la famille
    • Commet principalement des agressions impliquant des actes sexuels avec pénétration
  • Le pédophile festif+

    Représentait 43 % de l’échantillon d’une étude portant sur les agresseurs sexuels d’enfants incarcérés.

    Mode de vie

    • Est rarement investi dans une relation amoureuse
    • Aime vivre la nuit, fréquente souvent les bars
    • Recherche une satisfaction immédiate
    • Consomme régulièrement de la drogue et de l’alcool
    • Est rarement propriétaire et est souvent sans emploi
       
    Caractéristiques des agressions sexuelles commises
    • Prémédite peu son crime
    • Utilise souvent une approche coercitive
    • Est plus souvent intoxiqué au moment de commettre son délit
    • Commet principalement des agressions impliquant des actes sexuels avec pénétration

Passage à l’acte des agresseurs sexuels d’enfants

Des études ont permis de comprendre les stratégies mises en place par les agresseurs sexuels d’enfants pour commettre leurs délits et passer à l’acte.

 
 

Les agresseurs sexuels d’enfants ont rarement recours à la coercition physique pour commettre leur délit. Plusieurs d’entre eux recherchent une relation affective avec l’enfant, ce qui influencera les stratégies utilisées pour parvenir à commettre une agression sexuelle4,2

  • Une forte majorité (entre 70% et 80%) des délits sexuels envers des enfants seraient prémédités, allant à l’encontre de la thèse des pulsions et du manque de contrôle des agresseurs sexuels d’enfants2.
  • Les agresseurs sexuels d’enfants qui sévissent à l’extérieur de la famille tentent habituellement de se placer dans des situations d’autorité dans lesquelles ils seront en contact avec des enfants sans la supervision d’adultes, comme en gardant des enfants, en faisant du travail bénévole auprès d’enfants ou en entraînant une équipe sportive. Ils tentent ensuite de gagner la confiance des enfants et de leurs parents2.
  • En raison de leurs faibles habiletés sociales, plusieurs agresseurs sexuels d’enfants sont à l’aise dans une relation avec un enfant qui est passif, dépendant psychologiquement et facile à manipuler4. Ces caractéristiques sont recherchées par certains agresseurs et leur présence chez un enfant peut augmenter sa vulnérabilité face à l’agression sexuelle2,11.
  • La plupart des agresseurs sexuels d’enfants créent un contexte pour faire tomber les résistances d’un enfant et ainsi leur permettre d’agresser sexuellement leur victime. Cette préparation leur permet de manipuler une victime potentielle afin qu’elle se soumette aux activités sexuelles initiées par l’agresseur. Ces moyens sont le plus souvent non coercitifs1,4,2,17.
    • Établissement d’une dépendance émotionnelle/manipulation émotive
    • Séduction
    • Persuasion et manipulation
    • Jeux
    • Désensibilisation graduelle
    • Cadeaux, privilèges
    • Menaces
    • Coercition physique ou verbale

Agresseurs sexuels envers des adultes

Caractéristiques des agresseurs sexuels de femmes adultes

  • Les agresseurs sexuels de femmes adultes ne représentent pas un groupe homogène4. La diversité de leurs profils s’expliquerait par les différentes motivations qui sont sous-jacentes aux agressions sexuelles et par les différents modus operandi que l’on peut retrouver auprès de ces agresseurs18.
  • Toutefois, différentes caractéristiques personnelles sont plus susceptibles d’être présentes chez des agresseurs sexuels de femmes :+

    Caractéristiques individuelles des agresseurs sexuels de femmes adultes4
    Enfance
    Abus physique dans l’enfance Difficultés familiales dans l’enfance
    Âge adulte
    Adhésion aux mythes liés au viol Acceptation de la violence (cautionnement)
    Forte identification aux stéréotypes masculins Vision négative des femmes
    Faible estime personnelle Difficulté de gestion de l’agressivité et de la colère
    Abus de substances Perturbations de l’humeur (tristesse, colère, peur, anxiété)
 
 

Les délits de nature sexuelle ne représenteraient qu’une partie des activités criminelles des agresseurs sexuels de femmes et ceux-ci s’expliqueraient surtout par une déviance générale1.

Les experts ont identifié deux facteurs importants qui favorisent le fait de commettre des agressions sexuelles envers des femmes adultes, soit les intérêts sexuels déviants et les distorsions cognitives1.

  • Les intérêts sexuels déviants+

    Les agresseurs sexuels de femmes adultes seraient plus susceptibles d’avoir un intérêt sexuel pour des rapports sexuels non consentants comportant de la violence physique ou des gestes d’humiliation1.

  • Les distorsions cognitives+

    Les distorsions cognitives sont des pensées erronées auxquelles les agresseurs sexuels adhèrent et qui reflètent des conceptions irréalistes ou déformées de la réalité afin de justifier les délits qu’ils commettent.

    Voici quelques exemples de distorsions cognitives auprès d’agresseurs sexuels adultes qui concernent les femmes et l’agression sexuelle :

    • Prétendre que : « Les femmes apprécient les activités sexuelles forcées »
    • Prétendre que : « La victime a initié les contacts »
    • Prétendre que : « Les femmes me contrôlent, me rejettent et m’humilient »
    • Prétendre que : « Un crime est une juste compensation pour les injustices subies dans le passé »

Motivations des agresseurs sexuels de femmes adultes

Les motivations à agresser sexuellement des femmes adultes varient d’un individu à l’autre, ce qui a influencé différentes typologies d’agresseurs sexuels de femmes4. Les hommes qui commettent des agressions sexuelles à l’endroit de femmes adultes sont majoritairement motivés par un désir de pouvoir et de contrôle plutôt que par une motivation de nature sexuelle, et ce, plus particulièrement dans les cas d’agression sexuelle en contexte conjugal et d’agression sexuelle commise par une connaissance4.

 

Typologies d’agresseurs sexuels de femmes adultes

 
 

Les typologies d’agresseurs sexuels peuvent être un outil utile pour l’investigation policière, l’évaluation clinique ou le traitement des agresseurs sexuels, mais elles doivent être considérées avec prudence. Ces profils ne sont pas mutuellement exclusifs et les agresseurs sexuels ne se limitent que rarement à un seul type d’agression sexuelle4.

  • Depuis plus de 30 ans, plusieurs auteurs ont proposé des typologies d’agresseurs sexuels de femmes adultes sur la base de leurs caractéristiques individuelles, de leurs motivations à commettre des agressions sexuelles, de leur modus operandi, des facteurs déclencheurs ou de leurs autres comportements antisociaux (ex.: Groth, 1979 ; Knight et Prenty, 1990 ; Barbaree, 1994)4.
  • Le tableau suivant se veut un résumé des principales typologies proposées par différents auteurs sur la base de plusieurs caractéristiques individuelles des agresseurs, de leurs motivations à agresser sexuellement et de ce qui caractérise leur passage à l’acte4,18.
    Synthèse des typologies d’agresseurs sexuels de femmes
      Compensatoire Sadique Colérique
    (ou Pouvoir/contrôle)
    Opportuniste
    Style de vie général

    Faibles habiletés sociales

    Montre peu de comportement d’agression

    Faible estime de soi

    Isolement social

    Opposition à l’autorité

    Automutilation

    Est souvent atteint de psychopathie

    Crises de colère

    Abus de substances

    Aucun problème majeur

    Style de vie marquée par une quête d’aventure

    Faible contrôle de ses impulsions

    Vie amoureuse et sexuelle

    Peut avoir des difficultés de séduction

    Doute de sa désirabilité

    Manque d’habiletés pour établir une relation avec une partenaire du même âge

    Sexualité déviante ou non

    Place centrale de la sexualité (ex.: masturbation compulsive)

    Sexualité non déviante

    Sexualité diversifiée et intense (pornographie, bars érotiques, prostituées, etc.)

    Sexualité non déviante

    Sexualité insatisfaisante (nature et fréquence)

    Contexte de vie dans les mois précédant le délit

    Sentiment d’être inadéquat

    Conflits avec les femmes

    Sentiment de solitude

    Faible estime de soi

    Conflits avec l’autorité

    Conflits avec les femmes

    Motivations

    Comportement d’agression pour rétablir ses craintes sur sa masculinité

    L’agresseur obtient une gratification sexuelle à travers la douleur et la peur de la victime

    L’agresseur désire du pouvoir et une domination de sa victime

    Motivation qui peut être l’humiliation de la victime

    Agresseur souvent motivé par la colère et la rage

    Motivé par une gratification sexuelle immédiate

    Caractéristiques des agressions sexuelles commises et modus operandi

    L’agresseur utilise seulement la force nécessaire pour atteindre une gratification sexuelle

    Peut fuir si la victime crie ou se défend

    Délit hautement planifié

    Habituellement une victime inconnue

    Peu ou pas de remords de l’agresseur

    Délit avec haut niveau de violence et pouvant mener au meurtre sexuel

    Expression sexuelle de l’agressivité

    Agression sexuelle qui peut être préméditée sur une cible spécifique ou de manière impulsive envers des personnes qui ont suscité leur colère

    L’agression sexuelle peut être commise dans le cadre d’un autre délit

    Inspiré de Robertiello et Terry (2007) et de Proulx, St-Yves, Guay et Ouimet (1999)

Les études sur les agresseurs sexuels de femmes adultes+

Les caractéristiques des agresseurs sexuels d’adultes ont principalement été étudiées auprès d’hommes incarcérés qui ont commis des viols envers des femmes à l’extérieur de leur famille, ce qui ne représente pas l’ensemble des agressions sexuelles commises envers des adultes. En effet, les statistiques sur les agressions sexuelles commises envers des adultes montrent que des agressions sexuelles sont aussi commises envers des hommes et que plusieurs sont perpétrées par des conjoints ou ex-conjoints ou partenaires intimes ou encore des connaissances et que la plupart des agressions sexuelles ont lieu dans des endroits privés.

Pour en connaître davantage sur les caractéristiques des hommes qui commettent de la violence sexuelle dans un contexte conjugal, consultez la section sur les conjoints ayant des comportements violents de la Trousse média sur la violence conjugale.

Mineurs auteurs d’agressions sexuelles

  • Les mineurs sont responsables d’un nombre important d’agressions sexuelles. Autant au Québec qu’au Canada, les données sur les infractions sexuelles compilées par les services de police révèlent que les jeunes de moins de 18 ans correspondent au groupe d’âge le plus représenté parmi les auteurs d’infractions sexuelles19,20,21.

    Graphique Répartition des auteurs présumés d'infractions sexuelles selon leur groupe d'âge au Québec en 2009
  • Plusieurs agresseurs sexuels adultes ont affirmé avoir commis leur premier délit à l’adolescence (entre 50 % et 80 % selon les études), montrant l’importance d’intervenir précocement pour prévenir d’autres agressions sexuelles1.

Les agressions sexuelles commises par des enfants

Des enfants de moins de 12 ans peuvent être responsables d’agressions sexuelles, habituellement envers des enfants plus jeunes. Au Québec en 2009, 2 % des auteurs présumés d’infraction sexuelle rapportée aux services de police étaient âgés de moins de 12 ans. Ce taux sous-évaluerait l’ampleur des agressions sexuelles commises par des enfants puisque ces situations sont peu rapportées aux autorités car les auteurs de moins de 12 ans ne peuvent faire l’objet d’une inculpation19. La proportion d’agressions sexuelles commises par des enfants provenant d’études populationnelles oscillerait plutôt entre 10 % et 18 %22.

Il existe toutefois un consensus à l’effet que les enfants ne doivent pas être étiquetés comme des agresseurs sexuels, mais doivent plutôt être considérés comme des enfants présentant des comportements sexuels problématiques dirigés vers autrui, et ce, en raison de leur âge et leur niveau de développement22,23. Il n’en demeure pas moins que les enfants envers qui ces comportements sexuels ont été commis peuvent être considérés comme des victimes d’agression sexuelle et sont susceptibles de développer des séquelles.

Dans les dernières décennies, des programmes de traitement ont été développés pour les enfants présentant des comportements sexuels problématiques et plusieurs de ces interventions se sont avérées efficaces1,23.

Pour plus d’informations sur les enfants présentant des comportements sexuels problématiques, vous pouvez notamment consulter le site web du Centre d’expertise Marie-Vincent.

Caractéristiques des adolescents auteurs d’agression sexuelle

  • La population des adolescents auteurs d’agression sexuelle connus des autorités est hétérogène et ce, tant en ce qui concerne les caractéristiques des gestes sexuels commis, des victimes choisies, que les caractéristiques des agresseurs eux-mêmes24,25.
  • Des adolescents peuvent être les auteurs d’agression sexuelle commise envers des personnes de tous âges, de sexe masculin ou féminin, connues ou inconnues1,4.
  • Les adolescents agresseurs sexuels partageraient davantage de similitudes que de différences avec les adolescents délinquants non-sexuels24.
  • Les troubles de conduite, les difficultés d’apprentissage, le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité – TDAH, les troubles de l’humeur et les troubles anxieux caractérisaient davantage les adolescents ayant agressé sexuellement dans la fratrie26.
Caractéristiques individuelles des adolescents auteurs d’agression sexuelle1,4,11,27
Discontinuité précoce des soins avec le père Agression sexuelle (environ 30 % des cas) et abus physique dans l’enfance
Troubles d’apprentissage et retards scolaires Consommation d’alcool et de drogues au moment du passage à l’acte
Isolement social (surtout chez les agresseurs d’enfants) Mésadaptation sociale et asocialité
Symptômes dépressifs Consommation régulière de pornographie
Dysfonctionnement familial Troubles de comportement
Déficits des habiletés sociales  

Trouble de comportement ou acte criminel?

Pour un mineur, le fait de commettre une agression sexuelle peut renvoyer à deux lois dont les objectifs diffèrent, soit la Loi de la protection de la jeunesse (LPJ) ou la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA)1. La LPJ vise à assurer la sécurité et le développement d’enfants présentant notamment un trouble de comportement sérieux. Ainsi, les mineurs commettant des agressions sexuelles envers des enfants ou impliquant des agressions sexuelles moins sévères sont plus susceptibles d’être pris en charge sous l’article 38(f) - trouble de comportement sérieux - qui réfère à : « une façon de se comporter de manière à porter atteinte à son intégrité physique ou psychologique ou à celle d’autrui ».

En ce qui concerne les mineurs qui ont commis une agression sexuelle plus sévère ou envers des adolescentes ou des adultes, ils sont plus fréquemment pris en charge en vertu de la LSJPA, qui énonce les principes, les règles de procédure et les peines applicables à des adolescents âgés de 12 à 17 ans au moment d’une infraction en vertu des lois fédérales comme le Code criminel canadien. Dans ces cas, il y a donc possibilité de judiciarisation (automatique dans les cas d’agression sexuelle armée ou grave) et l’adolescent doit alors comparaître devant la Chambre de la jeunesse. Pour plus d’informations sur les lois régissant l’agression sexuelle, consultez la section Cadre légal.

Typologies des adolescents auteurs d’agression sexuelle

Quelques typologies ont été proposées pour décrire les différents profils d’adolescents ayant commis une agression sexuelle, mais il est possible de distinguer deux grandes catégories d’adolescents auteurs d’agression sexuelle en fonction de l’âge de leur victime, soit ceux qui agressent des enfants et ceux qui agressent des pairs ou des adultes4.

  • Adolescents qui agressent sexuellement des enfants+

    • Peuvent cibler autant des filles que des garçons (20 % à 30 % de garçons) et souvent des membres de leur fratrie, d’autres enfants de leur famille élargie ou des enfants dont ils ont la responsabilité (gardien ou gardienne).
       
    • Ont recours à des situations d’opportunité, la ruse, la manipulation, les menaces et, plus rarement, la force4.
       
    • Ont souvent une faible estime personnelle, sont plus susceptibles de montrer des déficits dans leurs habiletés sociales et de présenter des symptômes dépressifs4.
  • Adolescents qui agressent des pairs ou des adultes+

    • Commettent des agressions sexuelles sur des adolescents et des adultes, de sexe féminin presque exclusivement1.
       
    • Commettent d’autres délits que les agressions sexuelles, présence d’une délinquance plus généralisée4.
       
    • Sont plus susceptibles d’avoir pour victimes des personnes inconnues, d’avoir recours à la violence et de causer des blessures à leur victime4.

Les adolescents commettant des agressions sexuelles dans la fratrie

  • 10 % à 35 % des agressions sexuelles commises par des adolescents seraient commises dans la famille envers des frères et sœurs ou demi-frères et demi-sœurs1.
  • Les adolescents qui agressent sexuellement dans la fratrie proviendraient de familles dans lesquelles l’environnement familial est davantage perturbé, comparativement à celui des adolescents qui ont commis des agressions sexuelles extrafamiliales ou qui n’ont pas commis d’agression sexuelle.
  • Également, les études s’étant penché sur les caractéristiques individuelles des adolescents agresseurs dans la fratrie ont principalement soulevé la présence de plus de diagnostics psychiatriques, comparativement à des adolescents qui ont agressé sexuellement à l’extérieur de la famille ou à des adolescents n’ayant pas commis d’agression sexuelle26.
 
 

Références

  1. Lafortune, D., Proulx, J. et Tourigny, M. (2010). Les adultes et les adolescents auteurs d'agression sexuelle. Dans Le Blanc, M. et Cusson, M. (dir.), Traité de criminologie empirique (4e édition) (pp. 305-336). Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal.
  2. Hall, R.C.W. et Hall, R.C.W. (2009). A profile of pedophilia: Definition, characteristics of offenders, recidivism, treatment outcomes, and forensir issues. Focus: The journal of lifelong learning in psychiatry, 7(4), 522-537.
  3. Murray, J.B. (2000). Psychosocial profile of pedophiles and child molesters. The Journal of Psychology, 134(2), 211-224.
  4. Robertiello, G. et Terry, K.J. (2007). Can we profile sex offender? A review of sex offenders typologies, Aggression and Violent Behavior, 12, 508-518.
  5. Seto, M.C. (2008). Pedophilia and sexual offending against children: Theory, assessment, and intervention. Washington (DC): American Psychological Association.
  6. Filler, D. (2001). Making the case for Megan’s law: A study in legislative rhetoric, Indiana Law Journal, 76 (2), 315-366.
  7. Beauregard, E. et Rossmo, K. (2007). Profilage géographique et analyse des trajectoires de chasse chez les agresseurs sexuels sériels. Dans M. St-Yves et M. Tanguay (dir.), Psychologie de l’enquête criminelle : la recherche de la vérité (pp. 577- 605). Cowansville: Éditions Yvon Blais.
  8. American Psychiatric Association (2000). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (4th ed., text revision). Washington, DC : Author.
  9. Blanchard, R. (2009). The DSM diagnostic criteria for pedophilia. Archives of Sexual Behviour, publié en ligne le 16 septembre 2009.
  10. Marshall, W.L. (1997). Pedophilia : Psychopathology and theory. Dans D.R. Laws et W. O’Donohue (dir.), Sexual deviance : Theory, Assessment and Treatment (pp. 152-174). New York : Guilford.
  11. Tourigny, M. et Baril, K. (2011). Les agressions sexuelles durant l’enfance : Ampleur et facteurs de risque. Dans M. Hébert, M. Cyr, et M. Tourigny (dir.), L’agression sexuelle envers les enfants Tome 1 (pp.7-42). Québec: Presses de l’Université du Québec.
  12. Dube, S. R., Anda, R. F., Whitfield, C. L., Brown, D. W., Felitti, V. J., Dong, M. et Giles, W. H. (2005). Long-term consequences of childhood sexual abuse by gender of victim. American Journal of Preventive Medicine, 28(5), 430-438.
  13. Wolfe, V.V. (2007). Child sexual abuse. Dans E. J. Mash et R. A. Barkley (eds), An Assessment of childhood disorders (4e éd.) (pp. 685-748). New York: Guilford Press.
  14. Tourigny, M., Hébert, M., Joly, J., Cyr, M. et Baril, K. (2008). Prevalence and co-occurrence of violence against children in the Quebec population. Australian & New Zealand Journal of Public Health, 32(4), 331-335.
  15. Groth, A. N. (1978). Guidelines for the assessment and management of the offender. Dans A.W. Burgess, A.N. Groth, L.L. Holmstrom et S.M. Sgroi (dir.), Sexual assault of children and adolescents (pp. 25-42). Lexington, MA: Lexington Books.
  16. Knight, R. A. et Prentky, R. A. (1990). Classifying sexual offenders: The development and correlation of taxonomic models. Dans W. L. Marshall, D. R. Laws et H. E. Barbaree (dir.), Handbook of sexual assault: Issues, theories and treatment of the offender (pp. 23-52). New York: Plenum Press.
  17. Blanchette, C., St-Yves, M. et Proulx, J. (2007). Les agresseurs sexuels: Motivation, modus operandi et habitudes de vie. Dans M. St-Yves et M.Tanguay (Dir.), Psychologie de l’enquête criminelle : la recherche de la vérité (pp. 445- 464). Cowansville: Éditions Yvon Blais.
  18. Proulx, J., St-Yves, M., Guay, J.P. et Ouimet, M. (1999). Les agresseurs sexuels de femmes. Scénarios délictuels et troubles de personnalité. Dans J. Proulx, M. Cusson et M. Ouimet (dir.), Les violences criminelles (pp.157-185). Québec : Les Presses de l’Université Laval.
  19. Ministère de la sécurité publique du Québec. (2012). Infractions sexuelles au Québec : Faits saillants 2010. Québec : Gouvernement du Québec.
  20. Ministère de la sécurité publique du Québec. (2011). Statistiques sur les agressions sexuelles au Québec 2009. Québec : Gouvernement du Québec.
  21. Brennan, S., et Taylor-Butts, A. (2008). Les agressions sexuelles au Canada 2004 et 2007. Ottawa : Statistique Canada.
  22. Gagnon, M.M. et Tourigny, M. (2011). Les comportements sexuels problématiques chez les enfants âgés de 12 ans et moins: Évaluation et traitement. Dans M. Hébert, M. Cyr, et M. Tourigny (dir.), L’agression sexuelle envers les enfants Tome 1 (pp. 333-362). Québec:Presses de l’Université du Québec.
  23. Association for the Treatment of Sexual Abusers - ATSA (2006). Report of the Task Force on Children with Sexual Behaviors Problems.
  24. Grant, J., Indermaur, D., Thornton, J., Stevens, G., Chamarette, C. et Halse, A. (2009). Intrafamilial adolescents sex offenders: psychological factors and treatment issues. Rapport de recherche. Criminal Research Council.
  25. Lagueux, F. et Tourigny, M. (1999). État des connaissances au sujet des adolescents agresseurs sexuels. Québec : Ministère de la Santé et des Services sociaux.
  26. Salazar, L.F., Camp, C.M., DiClemente, R.J. et Wingood, G.M. (2005). Sibling incest offenders. Dans T.P. Gullotta et G.R. Adams (dir.), Handbook of adolescent behavioral problems: Evidence-based approaches to prevention of adolescent behavioral problems (pp. 503-518). New York, NY : Springer.
  27. Grant, J., Indermaur, D., Thornton, J., Stevens, G., Chamarette, C. et Halse, A. (2009). Intrafamilial adolescent sex offenders: psychological factors and treatment issues. Rapport de recherche. Criminology Research Council.