En 2010, un projet pilote de dépistage du radon dans les écoles initié par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) a permis de jeter les bases méthodologiques qui allaient servir à l'opération d'envergure provinciale. Ayant bénéficié de la précieuse collaboration du ministère de l'Éducation du Loisir et du Sport (MELS), des commissions scolaires, de Santé Canada, de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) et des Directions régionales de santé publique impliquées, ce projet pilote a permis d'effectuer 585 mesures de radon dans 65 écoles primaires publiques situées dans des régions du Québec susceptibles de présenter un risque plus élevé d'émanation de radon. En tout, cinq commissions scolaires ont participé au projet, soit :
La Commission scolaire Pierre-Neveu (22 écoles), dans les Laurentides
La Commission scolaire Des Chic-Chocs (17 écoles), en Gaspésie
La Commission scolaire Eastern Shores (2 écoles anglophones), aussi en Gaspésie
La Commission scolaire Des Hauts-Bois-de-l'Outaouais (18 écoles) dans l'Outaouais
La Commission scolaire Western Québec (6 écoles anglophones), aussi dans l'Outaouais
Les résultats obtenus ont révélé que 54 des 65 écoles investiguées, soit 83 %, ont présenté des mesures de radon inférieures à la ligne directrice de Santé Canafa de 200 Bq/m3. D'autre part, 11 des 65 écoles investiguées, soit 17 %, ont présenté une ou des mesures de radon supérieures à cette même directive. Des mesures visant à corriger la situation ont été entreprises dans toutes les écoles où des concentrations de radon ont dépassé la ligne directrice, en temps opportun.
Opération de dépistage du radon dans les écoles de la province de Québec
En continuité avec le projet pilote, le ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport (MELS) lançait le 18 août 2011 une opération de dépistage du radon dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Le MELS a invité les gestionnaires de son réseau à procéder à la mesure du radon dans environ 3 600 bâtiments dans les commissions scolaires et 278 établissements d’enseignement privés d’ici le 1er juillet 2014. Dans le cadre de cette opération, l’équipe de recherche de l’INSPQ entend mettre à profit son expertise en la matière en offrant un support technique aux gestionnaires des commissions scolaires.
Les objectifs de l'opération de dépistage du radon consistent à :
Connaître, dans l'ensemble des écoles de la province de Québec, les concentrations en radon auxquelles les occupants sont exposés
Diminuer, dans les cas où des mesures correctives seront nécessaires, l'exposition cumulative au radon des occupants de ces établissements
Raffiner les connaissances pour préciser plus efficacement les zones propices à émettre du radon
Informer, sensibiliser et mobiliser les gestionnaires d'édifices publics, les municipalités et les familles sur la problématique du radon
D'origine naturelle, le radon est un gaz radioactif inodore et incolore. Il provient de la désintégration de l'uranium, un métal lourd présent partout dans la croûte terrestre. Le radon peut s'infiltrer dans les maisons et autres bâtiments par les fissures de la fondation et les entrées de service en contact avec le sol et peut s'accumuler dans l'air intérieur. Sa concentration dans les bâtiments varie en fonction de plusieurs facteurs (caractéristiques géologiques, température, saison, période de la journée, type de bâtiment, etc.) si bien que le seul moyen de connaître la concentration de radon dans un bâtiment donné est d'en effectuer la mesure. L'unité de mesure du radon est le becquerel par mètre cube (Bq/m3).
Le fait d'être exposé au radon peut présenter un risque pour la santé. Ce risque augmente selon la concentration de radon et la durée de l'exposition qui se fait par la respiration. Le seul effet démontré sur la santé lié à l'inhalation de radon est l'augmentation du risque de développer un cancer du poumon. En général, il faut une exposition prolongée, sur plusieurs décennies, pour contracter ce cancer. De plus, le risque augmente encore plus lorsqu'on fume, en raison de la synergie entre le radon et le tabagisme. Au Québec, l'exposition au radon est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme. On estime que 10 % des décès par cancer du poumon sont associés à l'exposition au radon combinée au tabagisme.
Le gouvernement du Québec s'est fixé l'objectif de réduire le nombre de cancers du poumon attribuables à l'exposition au radon dans son Programme national de santé publique 2003-2012 C'est en accord avec les objectifs soutenus par ce programme que le ministère de l'Éducation du Loisir et du Sport (MELS), avec le support du ministère de la Santé et des Services Sociaux et l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), a initié la présente opération de dépistage du radon. Cette opération s'inscrit dans une série de travaux visant à mesurer le radon dans les bâtiments publics et privés de la province. Jusqu'à tout récemment, les autorités canadiennes préconisaient une ligne directrice concernant la limite acceptable de radon dans les milieux intérieurs beaucoup plus permissive que celles de tous les autres pays industrialisés (i.e. 800 Bq/m3). Considérant cette situation ainsi que les nouvelles connaissances scientifiques disponibles à ce sujet, Santé Canada a revu sa directive à la baisse. Le ministère fédéral recommande maintenant que des mesures correctrices soient apportées aux bâtiments dans lesquels une concentration annuelle excédant 200 Bq/m3 est mesurée dans une pièce occupée normalement. L'adoption de cette nouvelle directive fait en sorte qu'il y a maintenant beaucoup plus de bâtiments qui présentent des concentrations annuelles moyennes plus élevées que la nouvelle ligne directrice. Voilà pourquoi il est maintenant recommandé de procéder à une mesure du radon. D'ailleurs, plusieurs projets de mesure du radon dans des édifices publics, dont les écoles, sont en cours ou ont été complétés dans quelques provinces au Canada. De plus, un nombre croissant de propriétaires se procurent maintenant des appareils pour mesurer le radon dans leur maison.
Selon l'avis scientifique émis par l'INSPQ en 2005, il est recommandé de procéder au dépistage du radon dans les édifices publics. Les écoles primaires et secondaires ont été identifiées comme des bâtiments à viser en priorité afin de diminuer de façon précoce et efficace l'exposition cumulative au radon, en apportant des mesures correctrices (s'il y a lieu). Compte tenu que les bâtiments publics tels les écoles sont fréquemment situés au cœur des municipalités, ce type d'intervention permet de sensibiliser les populations voisines à la problématique du radon.
Dans l'éventualité où les mesures de radon effectuées dans un local ou l'ensemble des locaux d'une école dépassent la ligne directrice de 200 Bq/m3, il sera recommandé de suivre les délais prescrits par Santé Canada :
La première étape devrait consister à colmater les fissures de la fondation (lorsque celles-ci sont accessibles) et sceller toutes les ouvertures et autres entrées de service de la fondation en contact avec le sol. En second lieu, il est également possible de procéder à l'installation d'un tuyau en polychlorure de vinyle (PVC) à travers la dalle de béton du sous-sol, qui aspirera le radon sous la dalle pour le rejeter à l'extérieur (dépressurisation sous la dalle). Il s'agit de la méthode reconnue comme la plus efficace. Finalement, il pourrait être envisagé d'ajouter un système de ventilation d'appoint dans le vide sanitaire ou à un endroit stratégique de l'immeuble pour évacuer l'air riche en radon. Il est à noter que le fait de combiner ces mesures augmente les chances d'obtenir de bons résultats. Il est également recommandé de prendre une nouvelle mesure du radon à la suite des travaux correctifs afin de vérifier si les teneurs en radon ont bien été abaissées sous la ligne directrice fédérale.
Les dommages aux tissus pulmonaires engendrés par le radon demeurent non spécifiques. Il est impossible d'identifier après coup la cause ayant enclenché le processus de cancérogénèse.
Les conséquences pour la santé humaine engendrées par la présence de radon dans les domiciles au Québec ont été évaluées par l'INSPQ au moyen d'une analyse de risque. Selon cette analyse, l'exposition résidentielle au radon, combinée au tabagisme, serait la cause d'environ 10 % de la mortalité par cancer du poumon, soit plus de 430 décès annuellement.