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Les espaces privés de l'Institut
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Volume 12 - Numéro 1 - Janvier-février 2001
Conditions de logement et santé publique dans la région
métropolitaine
Actualités CONDITIONS
DE LOGEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE DANS LA RÉGION MÉTROPOLITAINE* Norman King et Jo Anne Simard (1)
(1) Direction de la santé publique de
Montréal-Centre, 1301, rue Sherbrooke Est, Montréal (Québec) Introduction
Depuis une vingtaine
d'années, à Montréal comme dans l'ensemble de l'Amérique du Nord et en
Europe, de nombreuses recherches scientifiques font état d'une hausse des cas
d'asthme1,2,3. Dans la région de Montréal, le nombre d'enfants
asthmatiques âgés entre 3 et 7 ans a augmenté de 72 % au cours des quinze dernières
années3,4. Les États-Unis sont tout aussi concernés par cette vague de
problèmes respiratoires puisque selon l'Association pulmonaire américaine,
l'asthme infantile est responsable de 10 % des journées d'écoles perdues par
an, ce qui en fait la première cause d'absentéisme scolaire pour une maladie
chronique5.
Attentive à
l'ampleur de ce problème de santé dans la population et en réponse à des demandes
sans cesse croissantes, la Direction de la santé publique de Montréal-Centre développe,
depuis quelques années, une approche de santé publique visant une action concertée pour
agir sur la qualité de l'air, tant extérieur qu'intérieur, principal
déterminant des problèmes d'asthme.
Une programmation ciblant
la qualité de l'air extérieur est déjà en cours. À celle-ci se greffe maintenant
des interventions touchant la qualité de l'air intérieur incluant l'ensemble
des conditions de salubrité des logements, plusieurs chercheurs identifiant les
conditions des logements insalubres comme un des facteurs importants du développement de
l'asthme et des problèmes respiratoires.
Cet article fait une
synthèse des connaissances actuelles sur les impacts santé associés aux conditions de
logements, en particulier sur le développement de l'asthme et les autres problèmes
respiratoires. Certains autres problèmes de santé moins spécifiques, mais associés à
des mauvaises conditions de logement, sont également décrits.
Mise en contexte
L'impact des
conditions de logement sur la santé n'est pas une préoccupation récente. Déjà,
au début du XXe siècle à New-York, un mouvement s'était formé en vue
d'améliorer les conditions de logement à l'origine de divers problèmes de
santé. En 1939, le Comité sur le logement et l'hygiène de l'Association
américaine de santé publique publiait la deuxième édition d'un document
préconisant 30 principes de base pour un logement sain6. Encore
aujourd'hui, des chercheurs considèrent la qualité du logement comme une des
conditions préalables à la santé. Selon l'Organisation mondiale de la santé, les
conditions de vie comme le logement et le travail ont davantage d'impacts sur la
santé que les services de santé7.
Ampleur du
problème des logements insalubres
Il n'existe que peu
de données sur l'ampleur du problème des logements insalubres dans la région
montréalaise. En 1998, le nombre total de plaintes pour insalubrité des logements
enregistrées par 11 municipalités de l'Île, était de 1 352. Ces plaintes
concernaient principalement la présence de vermine, les problèmes de chauffage et
d'infiltration d'eau, d'humidité et de contamination par les moisissures.
Une étude effectuée en
1991 par l'INRS-Urbanisation a conclu qu'environ 15 %
(50 000/325 000) des logements à Montréal seraient mal entretenus ou dans un
piètre état. Selon les auteurs, l'entretien est pitoyable dans 5 600 logements.
Les immeubles de quatre logements ou plus, surtout ceux n'ayant pas d'ascenseur,
sont principalement ciblés8.
Principaux problèmes de santé
et facteurs de risques associés aux conditions des logements
L'asthme
En janvier 2000, Laberge
et al. présentaient des chiffres sur les variations géographiques et annuelles de
l'asthme au Québec. Leur étude établit qu'il y a eu 102 551 visites à
l'urgence pour asthme en 1996. Elle indique également que les visites à
l'urgence et les hospitalisations dues à l'asthme augmentent dans les
territoires de CLSC socio-économiquement défavorisés4.
Des études américaines appuient
cette tendance et démontrent également que les enfants des quartiers défavorisés sont
plus à risque pour le développement de l'asthme. Les chercheurs identifient les
conditions des logements insalubres comme un des facteurs qui expliqueraient ce
phénomène9-11. En effet, les maisons vieillissent et peuvent manquer
d'entretien, surtout dans les quartiers défavorisés.
D'autres
facteurs peuvent également expliquer la croissance de l'exposition aux contaminants
présents dans l'air depuis les années 1970. Mentionnons à titre d'exemple
l'isolation accrue des maisons en raison de l'augmentation des coûts de
chauffage et de climatisation ainsi que l'arrivée des ordinateurs personnels et des
jeux vidéos qui ont augmenté le temps de loisirs passé à l'intérieur.
L'Académie nationale des
sciences aux États-Unis a été mandatée par l'Agence américaine de protection de
l'environnement (EPA) afin de faire le point sur les facteurs de risque à
l'intérieur des logements pouvant être responsables du développement ou de
l'exacerbation de l'asthme. Ceux-ci sont résumés dans le tableau 1.
Tableau 1 : Facteurs de risque
pour le développement ou l'exacerbation de l'asthme en milieu résidentiel
Preuves suffisantes Preuves suffisantes Note: Les moisissures sont également associées aux symptômes respiratoires
non-spécifiques Source: Institute of Medicine, 2000
(1) Dans sa définition de la relation causale l'Institute of
Medicine a retenu les critères suivants : la force de l'association, la consistance des
résultats, la temporalité, l'existence d'une courbe dose-réponse, la plausibilité
biologique et la cohérence par rapport aux connaissances.
Prévention des problèmes respiratoires
En milieu résidentiel, le taux
d'humidité ainsi que la présence d'infiltration ou de dégâts
d'eau sont les facteurs qu'il importe de contrôler. En effet, les acariens et
les moisissures requièrent un environnement humide pour survivre et proliférer. La
correction rapide de tout dégât et de toute infiltration d'eau et le maintien du
niveau d'humidité relative à 60 % ou moins nuira à leur prolifération.
De plus, un changement d'air
adéquat peut aider à maintenir un niveau d'humidité relative acceptable tout en
diminuant la concentration des allergènes et des contaminants chimiques dans l'air.
Diverses mesures spécifiques pour prévenir l'asthme et les autres problèmes
respiratoires en milieu résidentiel sont également applicables (voir tableau 2).
Tableau 2 : Mesures préconisées
pour prévenir les problèmes respiratoires en milieu résidentiel
*ACNOR: Association
canadienne de normalisation
Problèmes de
santé liés aux moisissures
Les problèmes de santé
occasionnés par la prolifération des moisissures dans les habitations sont une source de
préoccupation de plus en plus importante pour la population. En effet, près de la
moitié des appels téléphoniques reçus à la DSP de Montréal-Centre concernant
l'air intérieur sont liés à l'humidité et aux moisissures présentes dans le
bâtiment. L'exposition aux moisissures et aux mycotoxines (métabolites toxiques
produits par certaines espèces de moisissures) se fait principalement par
inhalation. En plus d'être associées à l'exacerbation de l'asthme, les
moisissures et leurs mycotoxines seraient liées à d'autres symptômes et problèmes
de santé, telle l'irritation des yeux, des voies respiratoires et de la peau 14-17.
L'immunosuppression, qui rend les gens plus vulnérables aux infections, a également
été rapportée chez les personnes exposées aux moisissures. Enfin, certaines études
rapportent des effets systémiques, tels des étourdissements, des nausées et des maux de
tête12-16. L'Institut national de santé publique du Québec prépare
actuellement un avis scientifique sur les risques à la santé associés à la présence
de moisissures en milieu intérieur qui devrait paraître au cours de l'année 2001.
Problèmes de santé
potentiels causés par les agents chimiques
Il existe d'autres contaminants
potentiels dans l'environnement intérieur des résidences. Par exemple, les
polluants dégagés par la combustion au bois (particules fines, aldéhydes, composés
organiques volatils, etc.) peuvent causer de l'irritation aux yeux et aux voies
respiratoires, des maux de tête et une augmentation de la fréquence des crises
d'asthme17.
Les pesticides (insecticides,
herbicides, etc.) utilisés de plus en plus souvent en milieu résidentiel, ont été,
dans certains cas, associés à des effets neurotoxiques et pourraient être associés
à un risque plus élevé de cancer. Par exemple, Infante-Rivard et al. ont identifié
un risque accru de leucémie chez les enfants dont les parents avaient utilisé des
pesticides pendant la grossesse ou pendant la période postnatale18. Une
étude publiée l'année dernière démontre une association semblable entre une
exposition aux pesticides à la maison et le développement d'un lymphome
non-Hodgkinien chez les enfants19.
Une surexposition au monoxyde de
carbone (CO) générée par une fournaise à l'huile en mauvais état peut causer des
intoxications parfois sévères et même mortelles. Dans la région montréalaise, entre
1989 et 1994, sept décès ont été causés par une intoxication involontaire au CO20.
L'année 1998 demeure exceptionnelle par un nombre d'intoxications au CO en
milieu résidentiel particulièrement élevé (126 cas déclarés comparativement à dix
cas rapportés en 1997) en raison de l'utilisation d'appareils d'appoint
pour le chauffage ou la cuisson pendant la crise de verglas21.
D'autres agents chimiques comme
les solvants présents dans les produits de nettoyage ou dans les colles et les peintures
peuvent causer des effets irritatifs et possiblement des nausées et des maux de tête.
Mentionnons en terminant que tous produits chimiques (solvants, pesticides, médicaments,
etc.) entreposés de façon non sécuritaire représentent un risque d'intoxication
chez les enfants.
Traumatismes, problèmes cardiovasculaires et de santé
mentale
D'autres problèmes de santé
sont également associés aux conditions des logements, tels des traumatismes, notamment
les chutes22, et des problèmes cardiovasculaires reliés aux températures
extrêmes pendant les périodes de canicule ou par temps très froid23,24. On
note également des prolèmes de santé mentale liés aux conditions de surpeuplement
ou à un environnement bruyant25-27. Par exemple, Ranson suggère que le
surpeuplement porte atteinte à la vie privée, ce qui peut causer une faible estime
de soi, de la dépression, de l'agressivité et des conflits26. Le bruit,
peut aussi nuire à la santé mentale, notamment par son impact sur le sommeil, causant
fatigue, irritabilité, humeur dépressive et baisse de performance26,27.
Principales ressources et
rôles respectifs
Au Québec, toute initiative pour
agir adéquatement sur les problèmes de santé liés aux conditions de logement
nécessite la collaboration de plusieurs partenaires, car aucun d'entre eux ne cumule
l'ensemble des mandats et compétences lui permettant de répondre adéquatement et
pleinement aux demandes28. Les rôles des organismes publics en matière de
salubrité des logements sont résumés dans le tableau 3.
Il est à noter qu'un guide
destiné à l'intervention intersectorielle en matière de qualité de l'air et
de salubrité, préparé sous l'égide du ministère de la Santé et des Services
sociaux, paraîtra au cours de cette année.
Situation dans les autres
pays
D'autres pays sont également
préoccupés par l'effet des conditions des logements insalubres sur la santé.
Plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs développé des interventions fort
intéressantes. La Finlande, par exemple, a mis en place un programme de recherche très
dynamique sur les effets des moisissures et des conditions des logements humides sur la
santé29. Aux États-Unis, il existe une multitude de projets visant
l'amélioration des conditions des logements qui font appel aux infirmières, aux
travailleurs sociaux et aux travailleurs communautaires30. Enfin, la région
wallone, en Belgique, a instauré un système qui exige l'obtention d'un permis
de location pour certaines catégories de propriétaires qui doivent démontrer que leur
logement respecte les critères de salubrité31.
Conclusion
L'amélioration
de la salubrité des logements est un enjeu important de santé publique. Dans le cadre de
son mandat, la DSP de Montréal-Centre s'est fixée des objectifs qui visent à mieux
cerner l'ampleur du problème de l'insalubrité des logements sur son territoire
ainsi que son effet sur la santé publique, à développer une programmation qui permettra
de sensibiliser les différents intervenants concernés et à mobiliser ces derniers
autour du développement d'interventions concertées et efficaces, en fonction de
leurs responsabilités respectives pour protéger et améliorer la santé publique.
La prévention primaire
Les résultats
d'une étude publiée l'automne dernier par Lau et al.dans le Lancet 32 ont
ébranlé quelque peu le consensus actuel au chapitre des bénéfices possibles de la
prévention primaire mise de l'avant en santé publique. En effet, dans le même
numéro, l'éditorial de Grad conclut que l'étude de Lau et al. permet
d'écarter l'hypothèse que l'asthme est causé par l'exposition aux
allergènes tôt dans la vie33.
Puisque ces
conclusions ont des implications importantes sur nos stratégies de prévention en
santé publique, il convient d'examiner plus en détail les résultats de cette
étude. Il importe d'abord de signaler que la méthodologie comporte plusieurs
aspects positifs. Il s'agit d'une étude de cohorte prospective d'une durée de sept ans.
De plus, le développement de l'asthme chez les enfants a été évalué de plusieurs
façons : diagnostic posé par un médecin, évaluation de la présence de sibilance
(« wheezing ») et tests de fonction respiratoire. L'exposition
environnementale a été évaluée par questionnaire pour les variables confondantes
(présence d'animaux domestiques, exposition à la fumée de tabac environnementale)
et par analyse de poussières prélevées du tapis et du matelas (contenu en allergènes
provenant des chats et des acariens). Ces échantillonnages ont été récoltés
jusqu'au troisième anniversaire des enfants étudiés. Malgré ces points positifs,
l'étude de Lau et al. comporte également des faiblesses méthodologiques.
Mentionnons à titre d'exemple que les enfants étudiés étaient exposés aux
allergènes à des niveaux d'exposition très faibles. Ceci ne permet pas de
confirmer le lien entre des niveaux d'exposition plus élevés et le développement
de l'asthme démontré par d'autres études. De plus, pendant la période de
suivi, la cohorte d'enfants a connu une attrition de plus de 50% pour certaines
mesures d'effets (analyses sanguines et tests de provocation à l'histamine).
Les auteurs n'ont par ailleurs pas tenu compte de la présence de moisissures dans
les maisons, dans le milieu de garde ou dans le milieu scolaire des enfants suivis, et
n'ont effectué aucune mesure des niveaux d'humidité relative. Finalement,
selon l'avis même des auteurs de l'étude, leurs résultats ne peuvent être
extrapolés à l'ensemble de la population en raison d'un biais de sélection
basé sur le statut socio-économique des parents.
Le calcul du risque relatif effectué par Lau
et al. par catégorie d'exposition aux allergènes dans les trois premières années
de vie n'a pas démontré d'excès pour le développement de l'asthme plus
tard. Par contre, leurs résultats confirment ceux de plusieurs autres études qui
démontrent une association entre la sensibilisation aux allergènes provenant des
acariens et des chats et une exposition à ces allergènes dans l'air. Enfin, les
enfants sensibilisés avaient plus de symptômes d'asthme (sibilance, réactivité
bronchique) que les enfants non sensibilisés. Compte tenu de tout ce qui précède, il
nous apparaît clair que les efforts visant à diminuer la morbidité due à l'asthme
doivent, à tout le moins, inclure des activités de prévention visant
l'assainissement de l'air intérieur.
* Ce texte reprend le contenu d'un rapport
synthèse publié par la Direction de la santé publique de Montréal-Centre, disponible
sur le site web suivant: www.santepub-mtl.qc.ca. La recension complète des écrits
peut être commandée à leur centre de documentation au numéro de téléphone suivant:
514-528-2400, poste 3646.
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Cas de rage humaine au Québec
Le 6 octobre 2000, à Montréal, un garçon de 9 ans décédait
d'une encéphalite rabique. Pendant la dernière semaine du mois d'août, soit 3
semaines et demi avant l'apparition des symptômes, l'enfant avait séjourné
dans un chalet d'une réserve faunique de l'ouest du Québec. Le premier soir de
ce séjour, pendant que le jeune garçon et son frère dormaient, ses parents avaient
trouvé une chauve-souris dans la cuisine qu'ils avaient jetée hors du chalet. Le
même soir, le frère du garçon avait trouvé dans la salle de bain une chauve-souris qui
semblait éprouver de la difficulté à voler. Il avait alors alerté son père qui avait
saisi cette dernière à main nue et l'avait retirée du chalet. La famille avait
également entendu des bruits qu'elle croyait provenir d'une colonie de
chauves-souris logée dans le toit ou dans le grenier du chalet. Environ trois jours plus
tard, le jeune garçon montrait à sa mère une lésion sur la partie supérieure de son
bras gauche d'environ deux centimètres de diamètre avec une légère lacération en
son centre. L'origine de la plaie étant à ce moment inconnue, aucune mesure
n'avait été prise. Il est probable qu'il s'agissait d'une morsure ou
d'une égratignure de chauve-souris. Durant une nuit du mois de septembre, le garçon
a été réveillé par une douleur dans la partie supérieure de son bras gauche. Il
était alors fébrile. Au cours des jours qui ont suivi, de nombreux symptômes
compatibles avec l'encéphalite rabique se sont manifestés (tremblements,
hydrophobie, aérophobie, hallucinations visuelle, hypersalivation, etc.). Une sédation a
alors été administrée au jeune garçon et il a été intubé. La caractérisation
moléculaire a permis d'identifier le virus comme étant une variante associée à la
chauve-souris argentée et à la pipistrelle de l'Est, deux espèces insectivores. Le
patient a reçu des soins de soutien et on lui a administré les immunoglobulines et le
vaccin contre la rage. Son état neurologique s'est progressivement détérioré,
puis le décès est survenu le 6 octobre. Les parents et le frère de la victime ont reçu
une prophylaxie post-exposition contre la rage. En raison des risques d'exposition
percutanée ou de muqueuse à la salive du patient, la prophylaxie a aussi été
administrée à 44 travailleurs de la santé et à 12 camarades de l'enfant, chez
lesquels on n'a pu exclure un contact de la salive avec une muqueuse ou une plaie.
[JML]
Source : Rapport de cas, Santé Canada, 15 décembre 2000
Contamination des poissons en Estrie
Le ministère de l'Environnement a rendu public il y a quelques
mois les résultats de l'étude des causes de la contamination des poissons des lacs
Lovering et Massawippi, en Estrie. Des différentes analyses effectuées sur la chair de
plus de 200 spécimens de six espèces de poissons capturés dans ces lacs, il ressort que
le mercure présente des valeurs supérieures aux directives établies par Santé Canada.
Les teneurs en mercure excèdent la directive dans les touladis du lac Massawippi ainsi
que dans les achigans à petite bouche et les brochets maillés du lac Lovering. Des
teneurs anormalement élevées, mais inférieures aux directives de Santé Canada, ont
aussi été mesurées pour les biphényles polychlorés (BPC) et les dioxines et furannes
dans la chair des touladis capturés dans les deux lacs. L'analyse des résultats
révèle que la contamination par les BPC au lac Massawippi proviendrait d'un ancien
site de récupération contaminé et d'un lieu d'enfouissement sanitaire, via
certains cours d'eau. Concernant le lac Lovering, une partie de la contamination par
les BPC et les dioxines et furannes proviendrait des rejets antérieurs à 1998 des eaux
de lixiviation traitées d'un lieu d'enfouissement sanitaire. La présence de
ces contaminants dans les sédiments laisse croire que la source de contamination est
toujours active. Les investigations réalisées n'ont toutefois pas permis
d'identifier les sources de contamination au mercure. Les recherches devront donc se
poursuivre à cet égard. Sur la base des résultats obtenus, le ministère de
l'Environnement entend poursuivre au cours de la prochaine année ses études afin de
préciser et d'évaluer l'origine exacte des sources de contamination de ces
lacs afin d'élaborer un plan d'action visant à contrer à leur source les
substances toxiques problématiques. En 1999, dans le cadre du Programme de surveillance
des substances toxiques dans la chair des poissons d'intérêt sportif du Québec,
des prélèvements avaient révélé la présence de mercure, de BPC et de dioxines et
furannes dans la chair de touladis des lacs Lovering et Massawippi. La Direction de la
santé publique de l'Estrie avait alors émis un avis recommandant à la population
en général de ne pas prendre plus de deux repas par mois de poissons piscivores
provenant de l'ensemble des lacs de l'Estrie. Il était également recommandé
pour les femmes enceintes ou qui allaitent et les enfants de moins de six ans de ne pas
consommer de ces poissons. Ces recommandations sont toujours en vigueur. [JML
Source : Communiqué de presse, ministère de
l'Environnement, 12 décembre 2000
Dynamitage et intoxications au CO
Des cas d'intoxication au monoxyde de carbone (CO) en milieu
résidentiel ont été rapportés suite à des dynamitages en 1991 à Aylmer, en 1995 à
Beauport et en 1998 à Rivière-du-Loup. Or, voici que deux incidents similaires sont
survenus sur la même rue dans la municipalité de Rock Forest en mars et juillet 2000.
Dans le premier cas, des dynamitages ont été effectués à huit mètres de la résidence
affectée dans les heures qui ont précédé. Des concentrations en carboxyhémoglobines
de 19 et 22 % ainsi que des signes et symptômes caractéristiques chez deux des
quatre membres de la famille ont entraîné un traitement en chambre hyperbare. Des
concentrations de CO de 700 et de 1 038 ppm ont été mesurées respectivement au
deuxième étage et au niveau du drain du sous-sol de la maison. Dans le deuxième cas,
l'avertisseur de CO a alerté les résidents. Les concentrations de CO mesurées dans
les minutes qui ont suivi l'alerte étaient de 196 ppm au sous-sol de la résidence
et, respectivement de 74 et de 58 ppm au rez-de-chaussée et à l'étage supérieur.
Aucun des membres de la famille n'était symptomatique. Le dynamitage avait eu lieu
la journée même à 30 mètres de là, de l'autre côté de la rue. Le lendemain,
une concentration de 800 ppm a été mesurée dans la boîte à drain de la maison, et ce,
malgré le fait que cette dernière ait été ventilée. À la suite de ces deux derniers
incidents, compte tenu des conséquences potentiellement graves d'une intoxication au
CO et du grand nombre de dynamitages (plus de 1000) effectués chaque année au Québec en
milieu résidentiel, l'Institut national de santé publique du Québec a réalisé un
avis scientifique sur le sujet. En plus de documenter la problématique, cet avis visait
à sensibiliser les organismes privés et publics concernés par la problématique. Par
ailleurs, un ensemble d'activités est actuellement en cours pour répondre à cette
problématique : réalisation de feuillets de sensibilisation s'adressant aux
résidents tout comme aux intervenants impliqués; recherches visant le développement
d'outils de prédiction de la diffusion des gaz ainsi que la révision de façon
rétrospective des cas d'intoxication au CO enregistrés au Centre Anti-poison du
Québec depuis 1994, dont l'étiologie est inconnue, afin de vérifier un lien
possible avec un dynamitage en milieu résidentiel ; formation de comités
interministériels visant d'une part, à compléter une série de mesures
préventives à mettre en place et d'autre part, à analyser tous les incidents
survenus et revoir, si nécessaire, les méthodes de forage, de sautages et
d'excavation au regard du contexte géologique.
Source : Louise Galarneau, DSP de l'Estrie
Biodiversité et santé humaine
Le dernier d'une série de sept articles publiés par le
Journal de l'association médicale canadienne consacrée aux relations entre la
santé humaine et l'environnement apporte une réflexion originale sur le sujet.
Alors qu'en santé environnementale, l'information scientifique est davantage
axée sur une vision de l'environnement comme menace pour la santé où les espèces
vivantes soumises aux agresseurs environnementaux jouent parfois le rôle de sentinelle,
l'auteur expose les conséquences destructrices et permanentes pour la santé humaine
de la perte de la biodiversité au sein de l'écosystème (Chivian, E., 2001. Species
loss and ecosystem disruption - the implications for human health, CMAJ; 164(1) :
66-69). L'auteur présente trois grands domaines où l'environnement contribue
fortement à l'acquisition de connaissances touchant la compréhension des maladies
et la recherche de thérapies. Le premier est celui de l'utilisation médicinale des
plantes, animaux et micro-organismes qui permettent de développer de nombreux
médicaments pour lutter contre le cancer ou pour vaincre les infections. L'exemple
de l'utilisation du taxol (agent anticancéreux isolé à partir de l'écorce de
l'if du Pacifique) et de ses dérivés, dans les nouvelles thérapies contre le
cancer des ovaires et du sein est présenté. L'auteur ajoute que la disparition
constante d'espèces privera les humains d'un grand nombre de bénéfices
potentiels pour leur santé. Le deuxième domaine s'intéresse à l'utilisation
des particularités biologiques des différentes espèces animales dans la compréhension
de la physiologie humaine et les mécanismes de la maladie. On apprend par exemple que
l'étude de l'ours noir permet de mieux comprendre les phénomènes de maintien
de la densité osseuse lors de son hibernation, connaissances qui pourraient nous aider
dans la prévention et le traitement de l'ostéoporose. L'auteur termine en
montrant comment les dérèglements de l'écosystème naturel peuvent permettre
l'émergence ou la propagation de maladies infectieuses (ex. la déforestation et son
impact sur la malaria ou la leishmaniose). Cet article est disponible sur le site Internet
de la revue : www.cma.ca/cmaj-f/.[CL]
Eau embouteillée
La consommation d'eau embouteillée fait partie des habitudes de
vie de plusieurs d'entre nous. Plusieurs consommateurs choisissent l'eau
embouteillée parce qu'ils en préfèrent le goût. Pour d'autres, l'eau
embouteillée est considérée plus saine d'un point de vue santé car elle
contiendrait moins de contaminants. Dans une étude réalisée au Manitoba, 40 marques
d'eaux embouteillées (marques canadiennes, américaines et européennes, dont 11
d'entres elles étaient gazéifiées) ont été analysées pour connaître entre
autres leur contenu en matières dissoutes totales, chlorure, sulfate nitrate, cadmium,
plomb et cuivre (Pip, E. (2000) Survey of Bottled Drinking Water Available in Manitoba,
Canada. Environ Health Perspect 108(9):863-866). Cette étude nous montre dans un premier
temps que les résultats des analyses ne sont pas toujours conformes avec ce qui est
inscrit sur l'étiquette. Dans un deuxième temps, nous pouvons constater que
certains paramètres mesurés se retrouvent à des concentrations supérieures aux normes
et recommandations pour l'eau potable. C'est le cas du plomb pour lequel trois
marques d'eau embouteillée présentaient des concentrations supérieures à la
recommandation canadienne et la norme québécoise de 10 mg/L. La consommation d'eau
embouteillée, comparativement à celle du robinet, n'apportera pas non plus une
diminution de l'exposition au cadmium, puisque les concentrations mesurées dans les eaux
embouteillées sont du même ordre de grandeur et parfois supérieures. Bien que
n'étant pas très détaillée, cette étude nous montre l'importance
d'améliorer nos connaissance dans ce domaine. [DP]
Changements climatiques et santé humaine
À l'aube du XXIe siècle, les questions de santé
environnementale sont encore en mutation. Historiquement, la santé environnementale
s'est intéressée aux relations entre l'état de santé et les conditions
sanitaires de base. L'industrialisation a fait surgir de nouvelles problématiques
telles que l'exposition à des contaminants chimiques présents dans l'air,
l'eau, le sol et la nourriture. Ces changements se sont reflétés dans une
distribution différentielle de la mortalité et la morbidité selon les différentes
régions du globe : maladies infectieuses dans les pays en voie de développement et
maladies non transmissibles dans les pays industrialisés. Les changements climatiques
auxquels nous assistons actuellement nous forcent cependant à revoir ce schéma
dichotomique et font surgir de nouvelles préoccupations en santé publique qui touchent
l'ensemble des pays. Deux documents produits par l'Organisation mondiale de la
santé (Kovats, R. S., B. Menne, A. J. McMichael, C. Corvalan, et R. Bertollini, 2000.
Climate Change and Human Health : Impact and adaptation; Kovats, R.S., B. Menne, A.J.
McMichael, R. Bertollini et C. Soskolne, 2000, Climate change and stratospheric ozone
depletion) font une synthèse approfondie de l'impact des changements climatiques
globaux sur l'état de santé des populations. De façon plus particulière, le
second document aborde les effets sur la santé de la diminution de la microcouche
d'ozone en Europe. Présentant d'abord les impacts appréhendés des changements
climatiques (augmentation de la fréquence et de la sévérité des phénomènes
climatiques extrêmes, modification de la qualité et la disponibilité de l'eau
douce, diminution de la sécurité des aliments, augmentation du stress thermique et de la
pollution de l'air en milieu urbain, etc.), les auteurs présentent les effets
potentiels sur la santé humaine au cours de la prochaine décennie ainsi que les efforts
à déployer dans le but de réduire ces effets pernicieux sur la santé des populations
et faire face à ces changements. Vous pouvez vous procurer ces documents à
l'Association canadienne de santé publique, 1565 Avenue Carling, suite 400, Ottawa,
Ont. K1Z 8R1 tél. (613) 725-3769 ou hrc/cds@cpha.ca [George E. Frisque, Université de
Liège et CL]
Organochlorés et cancer du sein
Les résultats d'une étude cas-témoins portant sur la relation
entre l'exposition à certains composés organochlorés et le risque du cancer du
sein menée à Québec ne révèlent aucune association entre l'exposition aux
organochlorés à l'âge adulte et le cancer du sein (Demers A., P. Ayotte, J.
Brisson, S. Dodin, J. Robert et É. Dewailly, 2000.Risk and agressiveness of breast cancer
in relation to plasma organochlorines concentrations. Epidemiology, Biomarkers and
Prevention, 9, 161-166). Ces résultats sont basés sur les données obtenues auprès de
315 femmes ayant eu un diagnostic récent de cancer du sein, 219 témoins recrutées en
milieu hospitalier et 307 témoins provenant de la population générale. L'analyse
restreinte aux cas suggère toutefois un accroissement de la probabilité d'un
envahissement ganglionnaire chez les femmes dont l'exposition au p,p'-DDE,
métabolite du DDT, est la plus élevée (rapport de cote: 2,53). De plus,
l'exposition au p,p'-DDE est associée à un risque relatif accru de présenter
à la fois un envahissement ganglionnaire et une tumeur de taille importante. Des
associations similaires sont observées pour l'exposition au b-hexachlorocyclohexane,
à l'oxychlordane et au trans-nonachlore. Les auteurs concluent qu'il est
possible que l'exposition à certains organochlorés accroisse l'agressivité du
cancer du sein. [CL]
RAPPORT
Nouvelle parution du volet santé, Saint-Laurent Vision 2000
Le rapport de l'étude pilote réalisé par Benoît Lévesque et al. :
Évaluation de la charge corporelle de chloroforme induite par la douche et le bain pour
les citoyens des municipalités utilisant le fleuve Saint-Laurent comme source d'eau
potable est disponible auprès de Sylvie Bélanger au 418-666-7000 poste 217 ou
s_belanger@ ssss.gouv.qc.ca.
13-15 mars 2001 ; 1ère Conférence annuelle de
concertation nationale pour la recherche scientifique et stratégique sur la santé et le
changement climatique, Ottawa; a/s Santé Canada, www.hc-sc.gc.ca/cc.
21-22 mars, 18-19 avril 2001; Séminaires portant
sur la prévention et la conduite des simulations et sur la planification des mesures
d'urgence; Campus du Fort Saint-Jean; a/s Institut pour la prévention et la gestion des
crises. Pour information : Marie-Claude Desjardins. Tél. (450)358-6999 ou 1-800-949-2375,
poste 6999.
11-12 juin 2001 ; 18e Colloque technique sur les
déversements de produits chimiques; Edmonton, Alberta; a/s Environnement Canada : (613)
998-9622, www.etcentre.org/conferences/index.html
14-15 juin 2001 ; 5e Colloque annuel Chapitre
Saint-Laurent, SETAC-SRA sous le thème : La santé, l'environnement et le
milieu urbain : de la recherche à l'application ; Montréal, Québec; a/s
Monique Boily (514) 987-3000, poste 7913, www.chapitre-saint-laurent.qc.ca. Bourses de
maîtrise et de doctorat disponibles.
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