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Les espaces privés de l'Institut
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Volume 11 - Numéro 5 - Septembre-octobre 2000
Table des matières Actualités LES RISQUES À LA SANTÉ PUBLIQUE ASSOCIÉS
AUX ACTIVITÉS DE PRODUCTION ANIMALE
Benoît
Gingras (1),
Jean-Marc Leclerc (2),
Pierre Chevalier (3),
Daniel G. Bolduc (2),
Michel Laferrière (4)
et Suzanne H. Fortin (5)
(1) Direction de la santé publique (DSP), de la
planification et de l'évaluation de Chaudière-Appalaches, 22, Avenue Côté, Montmagny
(Québec) G5V 1Z9; tél.: 418-248-6122; télec.:418-248-3348;courriel:
Benoit_Gingras@ssss.gouv.qc.ca ; (2) Direction des risques biologiques, environnementaux
et occupationnels de l'Institut national de santé publique; (3) Unité de recherche en
santé publique du Centre hospitalier universitaire de Québec; (4) DSP du
Bas-Saint-Laurent; (5) DSP de Lanaudière.
Introduction
Au
cours des dernières décennies, le développement des productions animales, et
particulièrement de la production porcine au Québec, a été remarquable1. Cet accroissement a entraîné une
augmentation notable du volume de déjections animales à gérer tandis que
parallèlement, les superficies d'épandage diminuaient de façon substantielle2.
L'analyse des données disponibles concernant la
qualité des eaux des bassins versants à prédominance agricole montre, au cours des
dernières décennies, des excès notables en azote et en phosphore ainsi
qu'une dégradation de la qualité bactériologique de l'amont vers l'aval3,4,5.
Des études québécoises réalisées en milieu rural démontrent également que les puits
d'alimentation en eau potable sont fréquemment contaminés par des micro-organismes
et des nitrates6,7,8.
Parallèlement à ce phénomène, on
dénote également pour cette période une augmentation importante des odeurs provenant
des sites de production. Globalement, la charge d'odeura provenant uniquement des
bâtiments d'élevage et des structures d'entreposage s'est accrue
d'environ 500 % entre 1961 et 19969, à laquelle il faut
ajouter les odeurs ponctuelles provenant des épandages.
Nous présentons ici une évaluation
de l'impact possible des répercussions environnementales causées par la production
animale sur la santé des populations susceptibles d'y être exposées.
L'approche utilisée pour cette évaluation est de type qualitatif puisqu'il
n'est pas possible, dans l'état actuel des connaissances, de quantifier le
degré d'exposition de la population rurale aux contaminants générés dans
l'environnement par les activités de production animale.
L'exposition potentielle des
populations du milieu rural
Les populations résidant en milieu
rural sont, pour la plupart, regroupées dans de petites municipalités. Les réseaux de
distribution d'eau desservant moins de 5 000 personnes sont plus vulnérables à
la contamination que les réseaux de plus grande taille parce qu'ils dérogent plus
souvent à la fréquence d'échantillonnage réglementaire, que plusieurs
d'entre eux ne désinfectent pas leur eau ou sont dotés de chaînes de traitement
incomplètes ou non appropriées, ou encore qu'ils sont opérés par du personnel ne
possédant pas les qualifications requises10,11.L'importante épidémie d'origine
hydrique survenue au printemps 2000 à Walkerton, en Ontario, illustre d'ailleurs la
vulnérabilité des petits réseaux de distribution d'eau potable12. Par ailleurs, il
n'existe à ce jour aucun contrôle réglementé de la qualité microbiologique ou
physico-chimique de l'eau des puits individuels, qui alimentent une forte proportion
des gens résidant en milieu rural. De plus, l'exposition aux odeurs provenant de
l'entreposage, de la manutention et de l'épandage dans les secteurs à haute densité
d'élevage, représente maintenant un problème pour un grand nombre de citoyens du
milieu rural, incluant des membres de la communauté agricole13,14.
Les problèmes de nature infectieuse
Les animaux d'élevage
sont les hôtes d'une quantité importante de micro-organismes, dont certains ont un
pouvoir pathogène.Nous avons effectué une revue de littérature exhaustive de sept
genres bactériens (Campylobacter sp, Coxiella sp, Escherichia sp,
Leptospira sp, Listeria sp, Salmonella sp et Yersinia sp), de
deux genres de parasites (Cryptosporidium sp et Giardia sp) et d'un
virus (Influenza) sur la base d'une littérature scientifique confirmant une
transmission possible de l'environnement à l'humain. Ces agents infectieux ont
été retenus en considérant principalement les risques pour les personnes résidant dans
des régions à fortes activités agricoles, en excluant les risques habituellement
associés au contact direct avec les animaux ainsi que ceux découlant d'une
contamination alimentaire. Nous n'aborderons ici que les principaux constats
ressortant de notre analyse.
Chez les bactéries, Campylobacter
sp pourrait représenter un risque potentiel pour la santé des populations rurales.
En effet, sa prévalence élevée chez plusieurs animaux de ferme15,16, sa capacité de survie
environnementale et sa faible dose minimale infectante laissent supposer un risque de
contracter l'infection par ingestion d'eau, de même que par contact avec
l'eau du milieu naturel (ex. baignade)17.
Bien que l'infection à Escherichia
coli 0157:H7, responsable d'entérites sévères chez les humains18, soit surtout associée
à la consommation d'aliments contaminés, des cas récents dus à l'ingestion
d'eau potable ont mis en évidence la possibilité d'une transmission
d'origine environnementale. Les bovins et ovins seraient porteurs de la bactérie qui
peut survivre assez longtemps dans les déjections et qui résiste bien à des
conditions environnementales défavorables19. Une épidémie de 921
cas (dont 2 décès) d'origine hydrique associée à la contamination d'une
source d'approvisionnement par les eaux de ruissellement provenant d'un enclos
à bétail, est survenue en 1999 lors d'une foire agricole aux États-Unis20. En mai 2000, une autre
épidémie majeure ayant affecté plus de 2000 personnes et causé le décès de 6
d'entre elles est survenue en Ontario12.
La rickettsie Coxiella
burnetii, responsable de la fièvre Q, pourrait représenter un risque potentiel pour
la santé publique dans les secteurs où l'élevage ovin est important21. La dose minimale
infectante est très faible et la contamination se fait par inhalation, principalement
lors de la mise bas de petits ruminants22. La grande résistance
environnementale de C. burnetii et sa transmission par voie aérienne favorisent la
contamination de personnes éloignées du foyer infectieux d'autant plus que les
poussières peuvent transporter le micro-organisme23. Par ailleurs,
plusieurs cas d'infection seraient asymptomatiques ou passeraient inaperçus.
En ce qui concerne les parasites, Cryptosporidium
parvum pourrait également représenter un risque potentiel pour la santé des
populations rurales. En effet, le parasite est fortement présent chez les bovins et
particulièrement le veau (prévalence variant entre 83 % et 93 % au Québec),
mais également dans les déjections de porc24,25. La grande résistance
et la survie environnementale des oocystes de C. parvum sont à l'origine de
sa dissémination et de sa capacité à causer des infections loin de son point
d'origine. Il est par ailleurs à noter que plusieurs usines de traitement d'eau
éprouvent actuellement de la difficulté à réduire le nombre d'oocystes dans
l'eau puisée26.
Malgré les appréhensions de nature
infectieuse ci-haut présentées, il demeure difficile d'en évaluer l'incidence
réelle compte tenu notamment de l'absence de données d'exposition.
L'analyse des donnés provenant des éclosions de maladies hydriques déclarées
entre 1989 et 1997 aux directions régionales de santé publique laissent supposer que
certaines d'entre elles pourraient être associées aux activités de production
animale11,27,28. Le type
d'information disponible ne permet toutefois pas de vérifier une relation directe de
cause à effet.
Par ailleurs, dans le cadre des
activités liées à la production animale intensive, d'importantes quantités
d'antibiotiques sont administrées aux animaux dans le but de prévenir les
infections et d'accélérer leur croissance. En Amérique du Nord, près de la
moitié de toutes les utilisations d'antibiotiques se fait en agriculture29. Cette utilisation
abusive d'antibiotiques contribue à augmenter la résistance parmi les populations
bactériennes30, lesquelles sont ensuite
susceptibles d'être transmises aux humains31. Il est ainsi à craindre
que ce phénomène ait pour conséquence d'accroître la difficulté à combattre les
germes responsables de diverses maladies chez l'humain à l'aide des
médicaments actuellement disponibles.
Les risques d'origine chimique
Les nitrates
En milieu agricole, les puits
d'alimentation en eau souterraine ayant fait l'objet d'échantillonnage
montrent fréquemment des concentrations en nitrates supérieures à 3 mg/l de N-NO3, niveau reflétant une
influence anthropique32. La proportion des puits
ayant démontré des concentrations dépassant la norme actuelle de 10 mg/l N-NO3 se situe, selon les
études québécoises effectuées, autour de 2 %6,7,8. Des liens entre la
consommation d'eau contaminée par les nitrates et une maladie appelée la
méthémoglobinémie, ou syndrome du bébé bleu, ont été rapportés33. Au Canada, aucun cas
récent de méthémoglobinémie n'a été signalé. Cependant, l'ampleur de
cette atteinte est mal connue, puisque les cas légers ou modérés sont difficiles à
diagnostiquer. Par ailleurs, certains composés N-nitrosés, qui se forment dans
l'estomac suite à l'ingestion de nitrates, sont de puissants cancérigènes
chez l'animal34. Plusieurs études
épidémiologiques ont été réalisées afin de vérifier la relation possible entre la
consommation de nitrates et certains types de cancer, principalement celui de
l'estomac35.D'autre part, des risques d'avortement spontané
et de malformation congénitale ont aussi été rapportés36,37. Ces données demeurent
préoccupantes bien que la démonstration soit insuffisante pour établir une relation
claire entre l'exposition aux nitrates et de tels effets sur la santé.
Les sous-produits de la
chloration
Compte tenu des phénomènes
d'érosion des sols et de ruissellement de surface, les activités d'épandage
représentent une des sources entraînant un apport considérable de matières en
suspension dans les eaux de surface. Lorsqu'une eau chargée de matière organique
est puisée et traitée pour la consommation, la matière en excès peut réagir avec le
chlore et former des sous-produits susceptibles de représenter un risque à la santé
(ex. trihalométhanes et acides haloacétiques). Plusieurs études épidémiologiques ont
été effectuées pour vérifier le potentiel cancérigène des sous-produits de la
chloration. À la lumière de ces données, un groupe d'experts réuni par Santé
Canada a conclu qu'il demeure possible que les sous-produits de la chloration
représentent un risque notable de cancer, en particulier de la vessie38. Quelques études
épidémiologiques ont également porté sur la relation entre l'exposition aux
sous-produits de la chloration et des complications de la grossesse. Des associations
entre l'exposition aux trihalométhanes et l'avortement spontané, le faible
poids à la naissance et les malformations congénitales ont été observées39,40. On ne peut toutefois
conclure actuellement à une relation causale claire entre l'exposition à ces
sous-produits et des effets nocifs sur la reproduction humaine38.
Les cyanobactéries
La présence en excès de
phosphore dans les eaux de surface favorise la croissance d'algues microscopiques
dont certaines peuvent produire des toxines. Des problèmes de santé reliés au contact
avec une eau contaminée par ces toxines (irritations cutanées et oculaires, maux de
gorge, réponses allergiques) ont été rapportés41. Certains auteurs ont
relevé des atteintes hépatiques et des symptômes de gastro-entérite chez des personnes
ayant consommé de l'eau contaminée par ces toxines42. Enfin, Santé Canada a
classé la principale toxine rencontrée (la microcystine-LR) dans le groupe de substances
possiblement cancérigènes43. Des études récentes
ont permis d'identifier des cyanobactéries toxiques dans des plans et cours
d'eau du sud de la provinceb .
La contamination de l'air
La question des odeurs
d'origine agricole a été fréquemment soulevée ces dernières années,
principalement par les populations concernées par des projets de construction de
porcheries de grande dimension.Les odeurs
provenant d'activités agricoles représentent, dans plusieurs cas, beaucoup plus
qu'un simple inconvénient et peuvent avoir un impact non négligeable sur la santé
et le bien-être de la population exposée44. Il a été démontré,
entre autres, que des odeurs désagréables pouvaient déclencher des réactions réflexes
nocives pour l'organisme, modifier les fonctions olfactives et entraîner diverses
réactions physiologiques et psychologiques45. Les auteurs d'une
étude portant spécifiquement sur les effets des odeurs environnementales provenant
d'installations porcines ont observé que les personnes soumises aux odeurs qui se
dégagent de ces installations souffraient davantage d'anxiété et de dépression,
ressentaient plus de colère et de fatigue et présentaient des troubles de l'humeur
de façon plus manifeste que l'ensemble de la population46. Il est aussi possible,
selon certaines études, que de tels effets sur l'humeur puissent jouer un rôle
défavorable sur le système immunitaire, ce qui pourrait prédisposer les personnes
atteintes à d'autres problèmes de santé47. Des chercheurs ont
aussi mis en évidence une réduction très significative de la qualité de vie (privation
d'ouvrir les fenêtres et de sortir à l'extérieur même par beau temps) chez les
résidants du voisinage d'une porcherie de grande envergure comparativement à d'autres
populations rurales. Mentionnons enfin que des études récentes ont révélé que des
populations résidant dans le voisinage de porcherie de grande dimension présentaient des
taux anormalement élevés de problèmes respiratoires48,49.
Les effets d'ordre
social
La population du Québec se
montre sensible aux projets d'implantation ou d'expansion d'élevages
agricoles. Un sondage réalisé en 1997c rapportait que
75,6 % de la population interrogée percevait l'élevage ainsi que l'usage
d'engrais comme une cause très importante ou assez importante de la pollution des
cours d'eau. Par ailleurs, une étude réalisée par une firme de recherche et de
sondages a révélé que 17 % de gens habitant à un kilomètre ou moins d'une
terre agricole en production se disent incommodés par l'odeur liée à
l'épandage de fumier13. Le quart des personnes
interrogées était d'avis que ce type d'odeurs avait un impact sur la santé
physique des gens vivant à proximité.
Dans plusieurs régions du
Québec, le développement de la production porcine a même entraîné des répercussions
sociales majeures, en provoquant une dynamique conflictuelle entre promoteurs et
opposants. Ce sont les craintes de contamination du milieu, l'appréhension des
odeurs et la perspective d'une dévaluation des propriétés qui sont principalement
à la source de ces mouvements d'opposition. Des études ont démontré que ce type
de conflit social a en soi des retombées néfastes souvent plus importantes que les
nuisances appréhendées50.
Conclusion
Les activités de production
animale constituent une source maintenant reconnue de contamination de
l'environnement. Malgré le peu de cas rapportés, le risque pour la santé publique
est bien présent et pourrait même s'accroître au cours des prochaines années compte
tenu des objectifs de croissance soutenue de la production, de la concentration importante
des élevages sur certains territoires et de la tendance à la gestion des déjections
animales sous forme liquide.
Les gains économiques attribuables
aux activités de production animale ne doivent pas être obtenus sans égard aux risques
à la santé publique et l'absence de certitudes scientifiques ne doit pas être un
frein à la prévention. La poursuite du développement agricole au Québec doit
désormais intégrer, en plus de la protection de l'environnement, celle de la santé
publique.
Le présent article résume les
grandes lignes d'un rapport scientifique produit par un groupe de travail mandaté par le
ministère de la Santé et des Services sociauxd. Dans ce rapport, les
auteurs formulent plusieurs recommandations dont les principales sont: L'arrêt de l'expansion des
productions animales dans les zones en surplus de fumier tant que des solutions techniques
ne seront pas opérationnelles ;
Le renforcement des mesures de
contrôle sur le terrain et la révision des sanctions et de leur mécanismes
d'application ;
La surveillance plus étroite de la
qualité des eaux souterraines et des eaux de surface servant d'approvisionnement en
eau potable dans les secteurs d'élevage ;
La mise en place, en milieu
agricole, de mesures actives de surveillance des effets des productions animales sur la
santé publique;
L'organisation d'un débat
public sur l'industrie de la production animale au Québec.
_______
a La charge d'odeur est
mesurée en unité d'odeur, elle-même définie comme le nombre de dilutions d'un volume
d'air nécessaire pour que l'odeur soit détectée par 50% des membres d'un jury à qui
elle est soumise. RÉFÉRENCES STATISTIQUES CANADA-Catalogue no.
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Surveillance de la population
avoisinant une usine de traitement du bois Clinique interuniversitaire de
Santé au travail et de Santé environnementale Le chauffage au bois : une source
de pollution atmosphérique Étude sur le smog à Toronto Arsenic au Bangladesh :
désastre écologique Arsenic et lésions cutanées Cancer, environnement et hérédité Méthylmercure et développement de l'enfant LIVRES ET RAPPORTS
Bilan des éclosions de maladies
d'origine hydrique Évaluation de la contamination aux
moisissures dans des classes mobiles Changements environnementaux
planétaires 16-17 novembre 2000 ; 9e Congrès annuel de l'Association québécoise pour
l'évaluation d'impacts, sous le thème : Évaluation environnementale et
compétitivité : l'évaluation environnementale est-elle devenue un
labyrinthe ? ; Hôtel Holiday Inn Select, Montréal,Canada ;Information:
Françoise Mondor, mondorf@aqei.qc.ca ou http://www.cam.org/~aqei
27 septembre au 13 décembre 2000(tous les mercredis de 12h à 13h). Rencontres
scientifiques du département de santé environnementale et santé au travail,
Université de Montréal ; Pavillon Marguerite d'Youville, 2375, Chemin de la
Côte Sainte-Catherine, salle 4113; Information : 514-343-6134 ouhttp://www.mdtrav. umontreal.ca/evenement.htm
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