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Les espaces privés de l'Institut
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CANCER ET ENVIRONNEMENT
Le GÉOE est un groupe de travail du Comité de santé environnementale du Québec (CSE). Il était sous la direction de Marcel Bélanger
(DRSP Lanaudière et CSE), 1000, boul. Sainte-Anne, aile 5-C, Joliette, QC, J6E 6J2, tél. 514-759-9900, téléc. 514-759-5149. Le groupe
était formé de Dorice Boudreault (DRSP Montérégie), Jules Brodeur (Université de Montréal), Gaétan Carrier (DRSP Montérégie), Mark
S. Goldberg (DRSP Montréal-centre), Gilles W. Grenier (DRSP Mauricie/Bois-Francs), Léon Larouche (DRSP Saguenay/Lac-Saint-Jean),
Patrick Levallois (CSP Québec), Benoît Lévesque (CSP Québec), Blandine Piquet-Gauthier (DRSP Laurentides) et Marc Rhainds (CSP
Québec).
Diverses études estiment à 2%, 5% ou 20% les cas de cancers causés directement par des expositions environnementales2,3.
Il n'est pas impossible par contre que des facteurs environnementaux agissent de quelque façon, par des mécanismes
immunitaires par exemple, sur le développement de 80% ou 90% des cancers4. La question est de savoir quelles
interventions seraient réalisables et performantes afin de réduire significativement l'incidence du cancer.
Dans le cadre de la mise en oeuvre de la politique québécoise de la santé et du bien-être, le Comité de santé
environnementale du Québec (CSE) a reçu du ministère de la Santé et des Services sociaux en 1995 le mandat de dégager,
parmi les cancérigènes environnementaux connus, ceux pour lesquels une intervention préventive serait efficace et envisageable dans le cadre organisationnel et budgétaire actuel du réseau de la santé. Des professionnels du réseau de la santé
publique reconnus pour leur expertise sur certains produits cancérigènes ont résumé les connaissances scientifiques actuelles et
préparé une opinion sur la nature et le coût-bénéfice des interventions possibles. Le choix des priorités et les
recommandations du rapport ont fait l'objet de discussions au sein du groupe d'étude et du CSE.
Le rayonnement ultraviolet, le radon, les rayonnements ionisants, les champs électromagnétiques, les hydrocarbures
aromatiques polycycliques (HAP), l'amiante, l'arsenic, les pesticides, les composés organiques volatils, les trihalométhanes
(THM), les biphényls polychlorés (BPC), les dioxines et furannes, ainsi que les nitrates ont été retenus pour l'étude.
Les recommandations formulées par le groupe de travail sont proposées au meilleur des connaissances actuelles et ne peuvent
se réclamer de certitudes absolues. Elles représentent cependant des opinions consensuelles d'experts et veulent aider les
décideurs à établir des interventions préventives valables. Les contaminants et les interventions recommandés sont ici
rapportés dans un ordre croissant de priorité. Le rapport du groupe de travail a été édité par le CSE*.
Bien que faisant l'objet de préoccupations du milieu scientifique, il n'y a pas encore de certitude quant à la cancérogénicité des
nitrates et des BPC pour l'homme. On ne peut affirmer en conséquence qu'une intervention de santé publique réduirait
l'incidence des cancers. La recherche devra donc parfaire les connaissances avant de suggérer des interventions.
Les connaissances toxicologiques actuelles combinées à celles sur l'exposition environnementale aux dioxines et furannes, à
l'arsenic et aux THM ne suscitent pas pour l'instant d'inquiétudes particulières pour la population québécoise . Au meilleur des
connaissances actuelles, l'exposition semble généralement sous les niveaux susceptibles de créer des effets cancérigènes
significatifs. La marge d'incertitude de ces mêmes connaissances pourrait toutefois recouper des situations exceptionnelles
d'exposition. Il n'est pas certain, par exemple, que les normes ou recommandations concernant les émissions de dioxines et
furannes protègent adéquatement la santé publique. De plus, dans certains cas, il n'est pas exclu que la contamination des eaux
de consommation à l'arsenic ou aux THM puisse représenter un risque réel pour la communauté qui en fait usage. Le travail
d'évaluation environnementale indispensable pour identifier et caractériser ces situations devrait être exigé sinon réalisé par la
santé publique. Ces étapes préliminaires ne peuvent toutefois être considérées, pour l'instant, comme des interventions aptes à
réduire significativement l'incidence de cancers dans la population.
Les composés organiques volatils (COV), les pesticides, le radon et les HAP créent plus d'inquiétudes puisque la population
québécoise est exposée dans certaines situations à des concentrations où les impacts cancérigènes sont plausibles.
Les COV sont une catégorie extrêmement vaste de composés comprenant entre autres des composés cancérigènes tels le
benzène et certains congénères aromatiques halogénés associés aux leucémies. Les expositions significatives au benzène sont
courantes dans l'air intérieur, à cause de leur présence dans les matériaux de construction notamment. Les hydrocarbures
utilisés par le transport sont une source dominante de contamination de l'air urbain extérieur. Les évaluations de risque
concluent à des excès de cancer théoriques significatifs, quoique faibles aux niveaux d'exposition généralement retrouvés dans
l'air intérieur et dans l'atmosphère des villes du Québec.
La moitié des 35 pesticides étudiés à cet égard ont des propriétés cancérigènes pour les systèmes hématopoïétique,
lymphatique et les tissus mous, mais aussi pour le côlon, la prostate, l'ovaire, le cerveau et le sein. Bien qu'il y ait des
associations suggestives pour les expositions professionnelles, il n'y a pas de telles évidences épidémiologiques pour la
population générale. Les utilisateurs commerciaux et agricoles de pesticides représentent un groupe surexposé déjà bien
identifié. Les eaux de surface et souterraines de certaines régions de culture intensive en sont contaminées. Une meilleure
connaissance des niveaux d'exposition par la dérive aérienne et par l'eau de consommation demeure nécessaire.
Le radon est une cause prouvée de cancer du poumon chez les travailleurs. Les études épidémiologiques n'ont toutefois pas
encore demontré que l'exposition de la population au radon s'infiltrant dans l'air intérieur par les fondations des maisons
engendre des excès de cancer. Par contre, des régions à risque au Québec, où surviennent des dépassements de la norme
canadienne, sont identifiées. Des techniques efficaces de réduction de l'infiltration sont disponibles et diminueraient ainsi
l'exposition et les risques de cancer.
Les HAP induisent le cancer à leur endroit de pénétration
dans l'organisme, c'est-à-dire aux voies respiratoires supérieures
et au système digestif. Au Québec, certaines sources fixes
d'émission génèrent des concentrations atmosphériques
de HAP cancérigènes susceptibles de faire augmenter significativement
l'incidence de cancer du poumon chez les populations avoisinantes. Les
excès de cancer constatés chez la population urbaine en
comparaison aux populations rurales sont, du moins partiellement, attribués
aux HAP dégagés par les véhicules diesel. Ces émissions
sont techniquement contrôlables. Même si l'exposition de la
population québécoise aux HAP est inévitable, elle
reste probablement faible. Par contre la cigarette, l'alimentation (essentiellement
par la friture) et le chauffage par combustion avec des équipements
inadéquats sont des sources importantes d'exposition volontaires
et contrôlables. Un programme d'évaluation de l'exposition
environnementale des régions à risque et des domiciles chauffés
au bois, de même que la diffusion des résultats aux acteurs
sociaux clés est réalisable par le réseau de la santé
publique.
La présence d'un risque significatif estimé théoriquement et l'absence de preuves épidémiologiques d'excès de cancer dans la
population générale (même la plus exposée) sont les caractéristiques communes à ce groupe de contaminants. Bien que des
interventions préventives puissent réduire les expositions les plus importantes, il est impossible d'affirmer que l'incidence des
cancers dans la population en serait significativement réduite. Les interventions préventives au sens propre du terme échappent
largement au rayon d'action du réseau de la santé. Mais dans tous ces cas, la santé publique doit intervenir pour améliorer les
connaissances fondamentales et produire des évaluations plus exhaustives des expositions populationnelles et des risques qui y
sont reliés. La diffusion de ces informations est l'intervention de santé publique la plus performante pour sensibiliser les
responsables sociaux à la nécessité de réduire les expositions susceptibles de causer des cancers. Nous devons promouvoir et
poursuivre ces activités en collaboration avec les partenaires externes qui possèdent les compétences utiles pour la réduction à
la source des contaminants.
Les champs électromagnétiques (CEM) constituent une classe à part. En effet, malgré les données qui s'accumulent, il n'y a
aucune certitude à l'égard de leur cancérogénicité. Les recherches sur les travailleurs tendent à démontrer des excès de
leucémie et de cancer du cerveau, mais les résultats sont trop souvent incohérents. On croit que l'explication pourrait résider
dans les mécanismes d'action qui sont encore inconnus. Par contre, les CEM sont présents partout dans notre monde
industrialisé et personne ne peut y échapper. Si des effets cancérigènes, même faibles, sont réels, les probabilités d'expression
du risque sont élevées. Pour cette raison, il convient d'être extrêmement prudents dans nos prises de position et il apparait
justifié de réduire les expositions les plus massives. La proximité de lignes à haute tension ou l'utilisation prolongée de
couvertures électriques, par exemple, constituent des situations d'exposition des plus inquiétantes. Malgré que nous ne
puissions affirmer que des règlements concernant ces situations diminueraient l'incidence du cancer, nous y voyons une
application pertinente d'un concept d'évitement prudent. Tant que la recherche n'aura pas fourni les réponses aux questions
fondamentales sur la cancérogénicité des CEM, il est certain qu'il serait prématuré d'imposer des contraintes sévères de
réduction à la source de l'exposition.
Les rayonnements ionisants à fortes doses ont largement démontré leur pouvoir cancérigène sur le système sanguin et la
thyroïde. On estime que les radiations environnementales naturelles seraient responsables de 1% des cancers. S'il n'est pas
possible de distinguer les cancers causés par les rayonnements ionisants des autres, rien ne permet de mettre en doute les
données scientifiques qui ont servies aux projections de risque. Il est établi que l'incidence du cancer est proportionnel à la
dose totale cumulée à vie. Toute exposition additionnelle au bruit de fond augmente donc l'incidence proportionnellement.
Par ailleurs, les rayonnements ionisants iatrogéniques (ex. rayons X) se rajoutent à ceux du bruit de fond et sont perçus
comme le type d'exposition ionisante anthropique le plus significatif au Québec. Si on ne peut en mesurer directement les
effets, on a la certitude toutefois que la réduction de l'exposition permettra de diminuer l'incidence de cancer. De plus,
l'intervention préventive efficace est sous contrôle du réseau de la santé. Ce champ d'intervention cumule donc toutes les
caractéristiques nécessaires à un programme classique de santé publique.
L'intervention devrait d'abord comporter une première étape d'amélioration des connaissances de l'exposition. Ceci pourrait
être fait par l'analyse des données de facturation des radiologistes à la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ).
L'intervention préventive ciblera les professionnels québécois qui prescrivent ou administrent ces examens : les médecins, les
dentistes et les chiropraticiens. Le MSSS et le réseau de la santé disposent de multiples moyens de diffuser l'information ou
d'établir des règles d'indication diagnostique plus restrictives des examens générant les plus fortes irradiations, en concertation
avec les corporations professionnelles et le monde universitaire. Nous croyons que ce champ d'intervention préventive serait
performant, rentable pour la société, facile à réaliser et simple à évaluer par le réseau de la santé. Les données de la RAMQ
permettraient d'estimer l'évolution des pratiques professionnelles.
L'amiante et les rayonnements ultraviolets (RUV) ont en commun un potentiel cancérigène bien établi et prouvé
épidémiologiquement chez des groupes de population non professionnellement exposés. Contrairement aux autres cas
considérés précédemment, ces cancers sont au moins en grande partie spécifiques à l'agresseur. Enfin, les interventions
pertinentes se retrouvent dans le rayon d'action de la santé publique.
On ne doute plus que l'amiante soit un initiateur du mésothéliome, qui est une forme rare mais spécifique de cancer de la
plèvre et du péritoine. Il agit aussi en synergie avec d'autres cancérigènes, la fumée de tabac en particulier, pour le
développement de tout type de cancer du poumon. Quelques situations de surexposition environnementale non professionnelle
ont été documentées. Des surexpositions environnementales dans l'air extérieur sont documentées dans les villes de l'amiante
de l'Estrie et de Chaudière-Appalaches. Un excès de cas de mésothéliome dans la population générale est associé au fait de
demeurer près de mines ou d'industries de transformation de l'amiante, ou d'habiter avec l'un de ses travailleurs. Il est indiqué
de suivre l'évolution de ces contaminations et éventuellement de promouvoir la réduction des émissions. Le couplage des
données épidémiologiques du mésothéliome aux données environnementales spécifiques de ces milieux permettrait une
évaluation à long terme de la performance de l'intervention, le cas échéant.
Les concentrations élevées dans l'air intérieur de bâtiments publics où l'amiante a été utilisé comme isolant et ignifuge ont été
abondamment documentées. Le Québec devrait, comme certains états américains, donner priorité au contrôle de l'exposition
dans les écoles, les enfants étant une clientèle-cible vulnérable même si leur cancer apparaît à l'âge adulte. Une première étape
d'identification des milieux scolaires contaminés pourrait être réalisée par les ressources de santé au travail du réseau de la
santé publique (l'exposition dans ces milieux est aussi occupationnelle), de même que la promotion et l'évaluation de la
performance des mesures de contrôle. On pourra théoriquement, même si l'incidence en est faible, constater dans quelques
décennies les résultats de notre intervention par l'évolution des statistiques du mésothéliome.
Il est fort bien établi que les rayonnements ultraviolets UVA mais surtout UVB sont des initiateurs et promoteurs de cancers
de la peau. Les sources principales sont l'exposition au rayonnement solaire et artificiel (pour le bronzage surtout). Les
mélanomes représentent 3% à 5% de l'incidence du cancer de la peau mais la presque totalité de sa mortalité. Les cancers
cutanés non mélanocytiques, surtout les épithéliomas, représentent 90% à 95% de l'incidence mais ont un taux de guérison de
96% à 99%. Ces deux types de cancer cutané sont attribuables à 90% aux RUV. Les cancers de la peau, qui représentent le
tiers de l'incidence totale des cancers déclarés, sont en forte croissance au Québec, comme partout où ils sont
épidémiologiquement surveillés. Toutefois cette forme de cancer peut être potentiellement prévenue par l'amélioration des
connaissances du public sur les effets néfastes de l'exposition aux RUV d'origine solaire et artificielle, ainsi que par des
modifications des comportements à cet égard.
Mais d'abord, il faut être en mesure de suivre l'incidence des cancers de la peau, ce qui permettrait aussi d'évaluer la
performance des interventions. Il faut améliorer la déclaration des tumeurs de la peau, largement sous-déclarées parce qu'elles
sont souvent traitées en clinique externe ou privée. On estime que 50% des cas de mélanomes et 85% des cancers cutanés
non mélanocytiques échappent au Fichier des tumeurs. Il faut étudier les déterminants comportementaux du recours au
bronzage, afin d'être en mesure de contrer efficacement la perception de bonne santé et d'esthétisme associée à une peau
bronzée. Les activités de recherche devront faire le point sur l'importance du recours aux bronzages solaire et artificiel au
Québec, sur les risques auxquels la population s'expose par ces voies, sur les techniques de bronzage en vigueur et sur les
contrôles qui y sont appliqués. Un comité de liaison et de concertation du MSSS a d'ailleurs déjà le mandat d'étudier les
impacts et les possibilités d'action à l'égard du bronzage artificiel.
Compte tenu du long délai de latence de ce cancer et que de 50% à 80% de la dose de RUV cumulée à vie est reçue
pendant les 18 premières années, la population jeune doit être ciblée en priorité. L'information sur les effets de l'exposition aux
RUV et sur les risques lors des loisirs et des vacances doit être donnée aux mères de nourrissons et aux enfants d'âge
préscolaire et de niveau primaire. Un projet pilote d'une telle intervention réalisée dans la région de Québec en est à sa phase
d'évaluation. Le programme pourrait éventuellement être appliqué à l'échelle provinciale. Les travailleurs extérieurs s'exposent
inévitablement aux RUV solaires et un programme d'information concernant les dangers et les techniques de contrôle de
l'exposition (vêtements, crèmes solaires, etc.) devra s'adresser aux agriculteurs, aux pêcheurs, aux travailleurs de la
construction ou de la voirie, par exemple. Différentes stratégies et organismes (réseau de la santé, hôpitaux, CLSC, Société
canadienne du cancer, associations de dermatologues, industrie du tourisme, etc.) doivent renforcer le message à plusieurs
étapes de la vie. Enfin, une coordination provinciale des activités de sensibilisation et d'éducation de la population pourrait
canaliser les ressources déjà disponibles vers un objectif commun.
Selon notre analyse, l'intervention de santé publique dans le champ de l'oncogénèse environnementale devrait viser une
réduction maximale à la source de l'exposition à tous les cancérigènes pour lesquels on peut raisonnablement présumer un
impact. Même si d'emblée les activités doivent viser à la prévention primaire, seulement quelques cancérigènes se prêtent à
l'élaboration de programmes classiques de santé publique. Dans les autres cas, on peut sans se tromper agir prioritairement
pour les cas documentés d'exposition extrême, tout en améliorant en parallèle les connaissances sur l'exposition de l'ensemble
de la population. La sensibilisation des responsables sociaux, des responsables des sources d'émission de contaminants
environnementaux cancérigènes, et en fin de compte, l'éducation des populations à risque constituent les champs d'action
privilégiés du réseau de la santé5,6,7.
* Des copies de L'oncogenèse environnementale au Québec sont disponibles au prix de 19.95$ l'exemplaire, plus 3.55 $ pour taxes et frais de poste, soit 23.50 $ au total. Des rabais sont offerts pour commandes de 5 exemplaires et plus. Il est
disponible auprès de Renée-Claude Landry, Centre de santé publique de Québec, 2400 rue d'Estimauville, Beauport, QC,
G1E 7G9.
LE BRUIT COMMUNAUTAIRE
(1) Centre de santé publique de Québec, 2400 rue d'Estimauville, Beauport, QC, tél : (418) 666-7000, téléc : (418) 666-2776, dgauvin@cspq.qc.ca.
On définit le bruit communautaire comme étant l'ensemble des sons indésirables créés par les activités d'une communauté et
qui sont perçus par les citoyens en dehors de leur milieu de travail. Cette définition implique évidemment un lien étroit avec
l'urbanisation. Les principales sources de bruit pour la collectivité sont les trafics routier, aérien et ferroviaire ainsi que les
activités industrielles.
La perte d'audition est l'effet le plus connu du bruit sur la santé. Il s'agit d'un problème majeur en milieu de travail. Il est
généralement accepté que le risque est négligeable à des niveaux d'exposition de moins de 75 dB(A) Leq (8 heures)1,2.
Aussi, il est peu probable que l'exposition communautaire soit suffisante pour altérer l'audition, puisqu'elle atteint peu
fréquemment de tels niveaux.
Les études sont plutôt négatives quant aux effets du bruit sur l'occurrence de symptômes psychiatriques et d'admissions
hospitalières pour maladies mentales2. Par ailleurs, même si l'on suspecte un faible lien entre l'exposition chronique au bruit et
l'élévation de la tension artérielle, les recherches sont équivoques relativement à l'influence du bruit sur l'appareil
cardio-vasculaire2. La pollution sonore peut néanmoins gêner la communication, altérer le sommeil ou constituer une nuisance,
et en cela porter atteinte à la qualité de vie des citoyens.
On considère qu'il y a altération de la communication lorsque des bruits simultanés surviennent et que le premier rend le
second inaudible. Ainsi, un bruit de fond de moins de 45 dB(A) Leq est adéquat pour préserver la qualité de la
compréhension de la conversation à l'intérieur des habitations.1
Le bruit influence le sommeil. Les enfants et les jeunes adultes sont, semble-t-il, moins affectés que les personnes d'âge moyen
et les aînés. La probabilité d'être éveillé par des pointes sonores à 40 dB(A) et 70 dB(A) est respectivement de 5% et 30%1.
De plus, une personne qui dort bien à 35 dB(A) peut présenter de la difficulté à s'endormir et avoir un sommeil altéré à 50
dB(A), ou même à 40 dB(A)1. Toutefois, les effets physiologiques et psychologiques des modifications du sommeil liés au
bruit sont encore peu connus.
Le bruit peut également être cause de nuisance (gêne). Celle-ci est définie comme étant toutes causes d'inconfort provoquées
par un bruit. Aux États-unis, le recensement du Bureau's annual housing surveys a démontré de façon répétée que la cause
première d'insatisfaction pour la population est le bruit du voisinage3. Ce problème est malheureusement difficile à cerner en
raison des multiples facteurs qui entrent en jeu lorsqu'il est temps de le quantifier. En effet, la nuisance est influencée par des
facteurs individuels (personnalité), culturels (signification sociale du bruit), et méthodologiques (standardisation du
questionnaire, variables considérées, etc.).
Sur la base de ces considérations, plusieurs organismes ont émis des limites de référence. En général, et quoique cela soit
contesté2, la mesure utilisée est une valeur moyenne Leq (niveau sonore équivalent) par unité de temps (ex. : 24 heures), en
décibel A (dB(A)). Ainsi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) propose de limiter le bruit à l'intérieur d'une résidence à
moins de 45 dB(A) pour permettre la communication. Elle stipule également que la préservation du sommeil la nuit exige une
limitation du bruit à moins de 35 dB(A) dans la chambre à coucher et à moins de 45 dB(A) à l'extérieur. Finalement, pour
éviter la nuisance, un bruit extérieur de moins de 55 dB(A) est suggéré1.
Plus récemment, un groupe de travail a été mandaté par l'OMS pour réviser la littérature récente et produire une monographie
actualisée sur le bruit communautaire. Ce groupe scientifique a produit un document de travail en 19932. Évidemment, ce
rapport est susceptible de subir des modifications avant sa publication. Les limites de référence suggérées pour les domiciles
sont de 30 dB(A) Leq la nuit dans la chambre à coucher avec des pointes maximales à 45 dB(A). Pour protéger d'une
nuisance sérieuse et modérée, on propose respectivement 55 dB(A) Leq et 50 dB(A) Leq à l'extérieur le jour. La nuit à
l'extérieur, les auteurs suggèrent 45 dB(A) Leq. Fait intéressant, le même document suggère des limites pour des
environnements spécifiques (écoles, hôpitaux, salles de concert, etc.).
Pour fixer une limite de référence applicable au bruit extérieur, l'Environmental Protection Agency (EPA) américaine a créé un
indice qui intègre les niveaux de bruit sur une période de 24 heures en pondérant par un ajout de 10 dB(A) pour la nuit. En
utilisant cet indice, l'EPA estime à 55 dB(A) l'intensité maximale acceptable.
Plus près de nous, le Comité consultatif fédéral-provincial de l'hygiène du milieu et du travail, dans un document destiné à
fournir des balises en matière de réglementation sur le bruit extérieur, suggère des limites extérieuresde 50 dB(A) la nuit et 55
dB(A) le jour. À l'intérieur, le niveau recommandé pour la nuit est de 40 dB(A) dans la chambre à coucher, et pour le jour de
45 dB(A) dans la salle de séjour4.
Finalement, la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL) estime qu'un niveau de bruit de moins de 45 dB(A)
est acceptable pour la construction résidentielle, et que des niveaux de 45 à 55 dB(A) sont normalement acceptables en
supposant la conformité aux normes de construction. De 55 à 75 dB(A), les conditions sonores sont habituellement jugées
inacceptables et impliquent des mesures d'insonorisation supplémentaires, alors qu'un bruit supérieur à 75 dB(A) est classé
comme inacceptable5.
Au Québec, mis-à-part le Règlement sur les usines de béton bitumineux (Q-2, r.25), et celui sur les carrières et sablières
(Q-2, r.2), il n'existe pas, à notre connaissance, d'autres normes concernant le bruit émises par le ministère de l'Environnement
et de la Faune (MEF). Ce ministère a proposé en 1979 un projet de règlement relatif au bruit communautaire, lequel n'a
jamais été adopté. Les directives proposées demeurent donc non officielles. En fonction du type de zones résidentielles, les
critères proposés sont de 45 à 55 d(BA) le jour et de 40 à 50 d(BA) la nuit. Plusieurs municipalités se sont dotées de
réglementation en cette matière.
Karl Kryter, auteur d'un manuel bien connu dans le domaine6, signalait il y a une dizaine d'années que la pollution par le bruit
est un problème tout autant politique que scientifique. Cette affirmation s'est parfaitement illustrée dans les faits par la
fermeture de l'EPA's Office of Noise Abatement par l'administration Reagan en 19825, de même que par le constat que 45%
des populations des pays industrialisés sont exposés à des niveaux de bruit supérieurs à ceux suggérés par l'OMS dans son
document de 19802. Les solutions au problème du bruit communautaire passent donc par des choix politiques et des
compromis entre les aspects économiques et sanitaires.
C'est à partir d'une volonté d'action bien établie que les différents champs d'activités impliqués (ingénierie, urbanisme, santé
publique, etc.) pourront mettre en place des programmes de contrôle, de régulation et de recherche pour s'attaquer
sérieusement à une forme de pollution tout aussi insidieuse que répandue.
La direction régionale de santé publique de Mauricie-Bois-Francs vient de demander au ministre de l'Environnement et de la
Faune de tenir des audiences publiques sur trois projets de développement porcin qui totalisent quelques milliers de porcs. La
direction décèle plusieurs problèmes par rapport aux normes actuelles, jugées insuffisantes depuis des années par le MEF
lui-même, et s'interroge sur les conséquences sur la qualité de l'eau de consommation, les conditions d'épandage et la
conformité avec les politiques de gestion chez soi des déchets dont la MRC fait la promotion. Comme il s'agit de plusieurs
projets du même promoteur qui, au total, dépassent le seuil de 600 unités animales, la DRSP considère qu'il s'agit en fait d'un
seul et même projet justifiant l'audience publique. Pour plus d'informations ou pour obtenir copie du rapport de santé
publique, André Labelle, tél. 819-693-3636, téléc. 819-373-1627.
Les nouvelles concernant l'ozone stratosphérique empirent d'année en année, ce qui inquiète scientifiques et gouvernements.
Une récente réunion de suivi du Protocole de Montréal sur les substances appauvrissant la couche d'ozone a permis de
conclure une entente supplémentaire sur le méthylbromure, qui demeure l'un des produits chimiques les plus utilisés en
agriculture pour la fumigation insecticide. L'entente prévoit l'arrêt complet de production du produit en 2010, avec une
réduction de 25% d'ici 2001. Bien sûr, certaines associations industrielles ont protesté.
Le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ) vient reconnaître officiellement un réseau de recherche en santé
environnementale. M. Claude Viau de l'Université de Montréal a été nommé coordonnateur du réseau. Cinq thématiques ont
été reconnues : Exposition (responsable Patrick Levallois, Centre de santé publique de Québec), Cancer (Michel
Charbonneau, INRS-Santé), Reproduction (Philippe de Wals, Université de Sherbrooke), Santé de l'enfant (Claire
Infante-Rivard, Université McGill) et Neurotoxicologie (Tom Kosatsky, direction de santé publique Montréal-Centre). Le
réseau servira à créer des liens entre les chercheurs québécois de diverses disciplines et aidera à la réalisation des objectifs de
santé et de bien-être du MSSS. Pour information, Claude Viau, Dépt. de médecine du travail et d'hygiène du milieu,
Université de Montréal, C.P. 6128, succ. Centre-ville, Montréal, QC, H3C 3J7, tél. 514-343-6134, téléc. 514-343-2200,
viauc@ere. umontreal.ca.
Les directions régionales de santé publique du Québec viennent de lancer une campagne de sensibilisation à la qualité de l'air
dans les arénas et de ses effets sur la santé. L'Association des arénas du Québec et la Régie de sécurité dans les sports sont
associés à la campagne. Depuis quelques années, des cas d'intoxication au monoxyde de carbone (CO) et au dioxyde d'azote
(NO2) sont rapportés au Québec. Des initiatives préventives ont d'ailleurs été menées à cet effet dans certaines régions. La
situation récente nécessitait toutefois une intervention provinciale.
Au cours des saisons 1993-1994 et 1994-1995, respectivement 4 et 5 intoxications ont été déclarées au Québec. En octobre
1994, par exemple, plus de 200 joueurs de hockey amateur ont été exposés à des concentrations élevées de NO2 dans un
aréna de Montréal; au moins 50 ont alors éprouvé des symptômes. En général, la surfaceuse utilisée pour l'entretien de la
glace est identifiée comme la principale source des gaz. Les patineurs peuvent ressentir divers symptômes (maux de tête,
nausées, étourdissements, essoufflement, irritation des yeux et de la gorge, toux légère, confusion mentale et même perte de
conscience) lorsque les contaminants présents dans l'air dépassent les concentrations de 20 ppm de CO ou 0,5 ppm de NO2.
La campagne veut rendre la population capable d'identifier les symptômes d'intoxication. Une affiche et des dépliants sont
disposés dans les arénas. Une deuxième étape sensibilisera les entraîneurs et les gestionnaires d'arénas. De plus, un nouveau
guide pratique sera diffusé à l'automne 1996. Sous l'initiative du CSE, la campagne est soutenue financièrement par le Conseil
des directeurs de santé publique, le MSSS et la Régie du bâtiment. Pour information, communiquer avec votre direction
régionale de santé publique ou Blandine Piquet-Gauthier, Direction régionale de santé publique des Laurentides, tél.
514-436-5669.
Diabète juvénile et virus
Il existe peu d'hypothèses solides quant aux mécanismes et facteurs en cause dans la génèse du diabète juvénile
insulino-dépendant, qui affecte malheureusement les jeunes enfants. Certains chercheurs ont vérifié la sérologie de 128 enfants
chez qui on avait récemment diagnostiqué le diabète, en comparant avec 120 contrôles admis pour d'autres raisons au même
hôpital de Pittsburgh (Helfand, R.F. et al., Serologic evidence of an association between enteroviruses and the onset of type 1
diabetes mellitus, J Infect Dis, 1995 Nov., 172: 1206-11). Des niveaux significativement élevés d'anticorps à certains
entérovirus ont été notés (coxsackie B1-B6 et A9; Écho 4, 6, 9, 11, 30, 34; entérovirus 71). Il n'existe cependant pas de
mécanisme physiopathologique pouvant expliquer la destruction des cellules ß du pancréas par une infection de ce type. Par
ailleurs, il est à noter que ces infections sont transmissibles de personne à personne, mais aussi par l'eau de consommation.
Fluor et ostéosarcomes
La découverte, en 1990, que le fluor occasionnait des ostéosarcomes chez les rats mâles exposés au fluor à haute dose (avec
un effet dose-réponse) avait causé un certain émoi aux États-Unis. Le Département de la santé avait alors recommandé la
réalisation d'études épidémiologiques sur le sujet, tout en continuant d'appuyer l'utilisation du fluor comme élément de lutte
contre la carie dentaire. L'une de ces études vient d'être publiée (Gelberg K.H. et al., Fluoride Exposure and Childhood
Osteosarcoma : A case-control study, Am J Public Health, dec. 1995, vol. 85, no.12, p. 1678-84), et met en évidence la
possibilité d'un effet... protecteur du fluor contre ce cancer! L'étude portait sur les résidents de l'état de New-York, à
l'exception de la ville, pour la période 1978-1988. pour cette période, quelque 130 cas d'ostéosarcomes ont été retracés
chez les moins de 24 ans, et ils ont été appariés sur la base du sexe et de l'année de naissance.
Réédition du volume Mieux vivre avec son environnement publié en 1990 par le Comité de santé environnementale du
Québec, Ma santé -- Mon environnement est un recueil pratique qui répond à vos questions sur les liens entre l'environnement
et la santé dans tous les domaines de l'activité quotidienne, à la maison, au travail et dans les loisirs. Des sections spécifiques
portent sur les polluants vedettes et les grands problèmes environnementaux, les allergies, les urgences, etc. Une section
spéciale traite du droit de l'environnement. Des tests et des jeux servant à mesurer votre quotient écologique complètent cet
ouvrage de vulgarisation destiné au grand public. Le livre est le fruit de la collaboration d'une cinquantaine d'auteurs. Édité par
Les Publications du Québec, le volume est disponible partout en librairie au coût de 14.95$. Santé Canada continue de produire des feuillets d'information de la série Actualités. Concernant la santé et l'environnement,
notons les documents suivants publiés au cours de la dernière année. Des copies peuvent être obtenues auprès de Santé
Canada, Publications, Ottawa, ON K1A 0K9, téléc. 613-941-5366.
Voici une série de rapports de recherche publiés par le volet santé de Saint-Laurent Vision 2000. Tous ces rapports sont
disponibles gratuitement en s'adressant à Renée-Claude Landry, e-mail rclandry@cspq.qc.ca, Centre de santé publique de
Québec, 2400 rue d'Estimauville, Beauport, QC, G1E 7G9, tél. 418-666-7000, poste 311, téléc. 418-666-2776.
Vous pouvez vous procurer également le rapport suivant en vous adressant à Denise Phaneuf, Centre de toxicologie du
Québec, 2705, boul. Laurier, Sainte-Foy, QC, G1V 4G2, tél. 418-654-2254, téléc. 418-654-2754.
Plusieurs sujets controversés en santé environnementale finissent par faire l'objet de revues exhaustives par les National
Academy of Sciences (NAS) américains. Ainsi des rapports sont prévus au cours de 1996 sur les sujets d'actualité suivants :
les carcinogènes et anticarcinogènes naturels et synthétiques dans la diète, la toxicité chez l'embryon, les toxiques à effets
endocriniens, les effets des incinérateurs sur la santé, et une critique des priorités de recherche de la USEPA. On peut se
procurer les publications de la NAS auprès de la National Academy Press, 2101 Constitution ave. NW, box 285,
Washington, DC 20055; tél. 202-334-2000; téléc. 202-334-2451.
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