Bulletin d'information en santé environnementale
Une publication du réseau de la santé publique du Québec - Volume 1 - No 2 - Mars-avril 1990
Pollution de l'air par
l'ozone
Tapis dans les écoles et enfants asthmatiques
Consommation de poissons de pêche sportive
Environnement urbain
Précipitations acides
Qualité de l'air dans les garderies
Publications
POLLUTION DE L'AIR PAR L'OZONE ET SANTÉ : UNE MISE À JOUR
Pierre Lajoie, FRCP Département de santé communautaire, Centre Hospitalier de
l'Unuversité Laval et Richard Leduc, Ph.D. Ministère
de l'Environnement du Québec
Au cours des dernières décennies, des progrès importants
ont été réalisés en ce qui a trait à la pollution atmosphérique en milieu urbain.
Ainsi, on a observé une réduction des concentrations de polluants conventionnels tels
que les particules en suspension, le dioxyde de soufre et le plomb. Toutefois, de nouveaux
problèmes sont apparus dont ceux reliés à l'ozone. Des données toxicologiques
récentes indiquent que ses effets sur la santé sont plus sévères que ce que l'on
croyait jusqu'à maintenant.
ÉTAT DE LA SITUATION
En atmosphère non polluée, on peut fréquemment
rencontrer des concentrations d'ozone qui peuvent atteindre de 30 à 60 ppb selon la
saison. En milieu urbain et péri-urbain, les concentrations sont généralement plus
élevées lorsque les conditions sont propices. Les concentrations d'ozone sont souvent
plus faibles dans les centre-ville et près des grandes artères qu'en banlieue. A titre
d'exemple, durant la période 1975 à 1984, le maximum horaire mesuré à la station Peel
de Montréal était de 120 ppb alors qu'il était de 300 ppb à Dorval.
Dans une ville comme Montréal, le niveau d'ozone atteint
son maximum au début de l'après-midi. Puisque la formation d'ozone est reliée au
rayonnement solaire, les concentrations sont généralement plus élevées en été.
Des mesures en milieu rural, sous le vent des régions
métropolitaines, ont permis de constater que les concentrations d'ozone ont souvent
dépassé la norme horaire de 80 ppb. Ce ne sont donc pas uniquement les populations
urbaines qui risquent d'être exposées à ce contaminant atmosphérique.
En 1988, l'on a observé sur le territoire de la
Communauté urbaine de Montréal une augmentation moyenne de la concentration en ozone de
23% par rapport à 1987. Des épisodes importants ont été notés en juin de cette année
alors que la moyenne quotidienne s'est située, durant quatre jours, à plus de 60 ppb et
que la norme horaire a été fréquemment dépassée, surtout dans la partie ouest de
l'île avec un maximum horaire de plus de 150 ppb. Des niveaux élevés d'ozone ont aussi
été observés en juin dans le sud de l'Ontario et à Québec. Pour la période allant de
1978 à 1987, l'ozone est le seul polluant atmosphérique à ne pas connaître une
diminution significative sur l'ensemble des stations du réseau de surveillance canadien.
EFFETS AIGUS SUR LA SANTÉ
L'ozone est un oxydant puissant. Il réagit rapidement avec
divers composés organiques, tels les acides gras, les acides aminés et les protéines
que l'on retrouve normalement au niveau des tissus. L'arbre respiratoire est le site
privilégié de telles réactions. Ces réactions provoquent deux catégories d'effets:
des effets mécaniques sur la fonction respiratoire et des effets structuraux.
Une exposition aiguë à l'ozone, aussi brève que cinq
minutes, peut provoquer une diminution des volumes expiratoires chez des sujets normaux.
L'ampleur de cet effet dépend de la susceptibilité individuelle et des trois paramètres
suivants: la concentration d'ozone, le volume d'air respiré et la durée d'exposition.
Les individus qui font de l'activité physique à l'extérieur sont donc plus à risque.
C'est le cas des adultes et des enfants qui font de l'exercice et du sport. La diminution
de la fonction respiratoire est proportionnelle à l'intensité de l'exercice physique et
apparaît à des concentrations voisines des normes actuelles de 120 ppb (USA) et de 80
ppb (Canada). En ce qui concerne la diminution des volumes expiratoires, les asthmatiques
ne seraient pas plus sensibles à l'ozone que les adultes en bonne santé. L'on a
démontré aussi une augmentation de la réactivité bronchique à l'histamine et à la
métacholine à une exposition de 120 ppb pendant 6 heures. Il y a aussi une diminution
objective de la performance physique chez les athlètes à une concentration de 200 ppb.
Chez les adultes, des symptômes respiratoires peuvent apparaître à 120 ppb: toux,
dyspnée et douleur thoracique. Ces symptômes sont absents chez les enfants.
Au niveau structural, l'exposition à l'ozone provoque une
réaction inflammatoire locale qui touche les bronches, les bronchioles et les alvéoles
pulmonaires. Cette réaction s'accompagne d'une diminution du nombre de cils vibratils,
d'une diminution de la clearance mucociliaire et d'une diminution de l'activité des
macrophages. Ces effets sur l'arbre respiratoire expliqueraient la plus grande
susceptibilité à l'infection que l'on croit reliée à l'exposition à l'ozone.
EFFETS SUBAIGUS ET CHRONIQUES
Lorsque l'exposition à l'ozone dure plusieurs jours,
l'arbre respiratoire s'adapte. Après une exacerbation des symptômes et des anomalies de
la fonction respiratoire le deuxième jour, il y a une diminution graduelle des effets
jusqu'au 5e jour où la réponse de l'organisme revient à la normale. Par ailleurs, une
exposition répétitive à des concentrations élevées d'ozone provoque un dommage
définitif à l'épithélium bronchique. Selon certaines études réalisées chez le
singe, une exposition intermittente serait plus nocive qu'une exposition continue. En
laboratoire, l'on a aussi démontré l'existence d'une adaptation saisonnière de l'homme
à l'exposition à l'ozone. Quant à l'exposition chronique, elle provoque un
vieillissement prématuré du poumon caractérisé par une diminution relative de la
fonction respiratoire et une altération irréversible des tissus pulmonaires.
CONCLUSION
Dans une perspective de santé publique, un certain nombre
de conclusions doivent être tirées de l'analyse de la situation et des connaissances en
rapport avec le problème de l'ozone. Tout d'abord, il y a lieu de renforcer la
surveillance environnementale de ce polluant pour identifier de façon précise et rapide
les épisodes de dépassement de norme surtout durant l'été. En effet, selon les
données actuelles, la marge de sécurité semble faible. De plus certaines populations à
risque doivent être ciblées davantage par les organismes de santé publique. En plus des
personnes déjà atteintes de maladies respiratoires chroniques ou d'asthme, une attention
particulière doit être portée aux personnes en bonne santé et particulièrement
actives à l'extérieur comme les sportifs que ce soit des adultes ou des enfants. La
surveillance devrait aussi s'étendre aux territoires habités moins urbanisés parce que
comme nous l'avons vu, c'est souvent en périphérie des grandes villes que l'on est
susceptible de rencontrer les plus fortes concentrations d'ozone.
RÉFÉRENCES
1. Lippman, M., Health effects of ozone - A critical review, JAPCA, 39(5): 672, 1989.
2. McKee, D., McClellan, R.O., Utell, M.J., Vostal, J., Health effects of ozone - Critical review discussion papers, JAPCA, 39(9): 1185, 1989.
3. Tilton, B.E., Health effects of tropospheric ozone, Environ. Sci.Technol., 23(3): 257, 1989.
4. US-DHEW Health for the Nation - National Health
Objectives for the Year 2000, Washington, 1989 (draft).
ACTUALITÉS
TAPIS DANS LES ÉCOLES ET ENFANTS
ASTHMATIQUES
Selon Santé Québec, 3.07% des enfants entre 0 et 14 ans
souffrent d'asthme. Les acariens contenus dans la poussière de maison sont fréquemment
impliqués comme antigène responsable. Pour le contrôle des acariens, certaines mesures
sont recommandées comme enlever les tapis à la maison. Suite à des pressions de parents
d'enfants asthmatiques, deux CLSC de la région des Laurentides se sont adressés au DSC
de l'Hôtel-Dieu St-Jérôme afin d'avoir une opinion de santé publique sur la question
des tapis dans les salles de classe d'enfants asthmatiques.
La revue de littérature nous a appris qu'il existe un
seuil critique d'allergie de 100 acariens par gramme de poussière. Le seuil critique pour
leur croissance est de sept grammes d'eau par kilogramme d'air, ce qui correspond à 45%
d'humidité relative à environ 20°C. En dessous de cette valeur, il y a peu de
croissance des acariens. Il n'y a pas d'informations disponibles dans la littérature
scientifique québécoise sur le niveau des acariens dans les écoles. Les trois experts
des États-Unis et du Danemark contactés ont confirmé que des mesures ponctuelles dans
les écoles montrent des concentrations peu élevées malgré la présence de tapis. La
problématique des tapis à l'école semble donc différente de la situation à domicile.
Nous croyons donc que pour l'instant , il n'y a pas lieu de recommander le retrait des tapis des écoles. Nous souhaitons cependant que des mesures soient effectuées dans un certain nombre d'écoles, dès que l'expertise sera disponible au Québec. Pour plus d'informations ou pour des commentaires, contactez Reiner Banken, DSC de l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme (514) 436-5669.
(Source: Reiner Banken, DSC St-Jérôme)
CONSOMMATION DE POISSONS DE
PÊCHE SPORTIVE
Cette enquête a été initiée par le Bureau Régional en
Santé environnementale de Montréal en 1987. Elle avait pour but d'évaluer le risque
associé à la consommation de poissons de pêche sportive contaminés par des substances
toxiques. Le rapport décrit l'état des connaissances sur les concentrations de
contaminants chimiques dans les poissons, les pratiques de pêche sportive, et les
habitudes de préparation du poisson lors de la consommation. Malgré que les données
recueillies comportent certaines lacunes, l'analyse préliminaire du risque a permis de
constater que les groupes de consommateurs les plus à risque sont principalement les
femmes enceintes et les consommateurs importants de poissons, particulièrement ceux
consommant des poissons piscivores. Les auteurs suggèrent donc des interventions pour
combler les lacunes dans les connaissances nécessaires à une analyse de risque plus
approfondie. Ils proposent également des mesures pour rejoindre les groupes à risque. Ce
rapport est disponible en anglais seulement, au coût de 10$, auprès du Bureau régional
en santé environnementale du RDSCMM, 5565, rue Sherbrooke Est, suite 470, Montréal, H1N
1A2, (514) 252-3950.
L'organisme "Zero Population Growth" (ZPG) a
réalisé une étude pour évaluer comment les villes américaines s'adaptent aux
conséquences environnementales, économiques, et sociales de la croissance urbaine. Cette
étude a porté sur onze facteurs dans 192 villes américaines. Ces facteurs sont: le
mouvement de la population, l'entassement, l'éducation, les crimes violents, les
conditions économiques globales, la situation économique des individus, les déchets
dangereux, la qualité de l'eau, la qualité de l'air, et les eaux usées. Les
statistiques sur les facteurs ont été recueillies auprès de diverses sources. Pour
chacun de ces facteurs, les villes ont été cotées sur une échelle allant de 1 à 5. La
moyenne des cotes obtenues donne une cote globale. Les agglomérations
"modèles" sont les meilleures (cote1); les pires, dites "stressées"
reçoivent la cote 5. Le ZPG a publié un résumé des résultats de son étude dans un
rapport intitulé "Urban Stress Test: Highlights and findings". On peut obtenir
plus de détails en s'adressant à Zero Population Growth, 1400 Sixteenth St. N.W.,
Washington. DC 20036. (Source: Rapport sur l'état de l'environnement, no 5, janvier 1990)
L'étude américaine sur les précipitations acides réalisée par plusieurs ministères et agences sous la coordination de l'EPA, étude en cours depuis 10 ans, conclut finalement à la nécessité de réaliser des améliorations des émissions polluantes. Le rapport final ne sera public que dans 6 mois, mais un résumé a été présenté dernièrement dans une conférence scientifique. L'étude détermine notamment que des augmentations du niveau de base de l'exposition de la population à certains métaux sont à prévoir, particulièrement chez les groupes avec des habitudes alimentaires spéciales. On s'inquiète plus de l'effet de l'acidification des eaux sur les soudures au plomb des systèmes d'alimentation en eau des résidences et édifices publics.
(Source: Air and Water Pollution Report, 19 février 1990)
QUALITÉ DE L'AIR DANS LES
GARDERIES
L'objectif de l'étude réalisée en mars et avril 1989 par
Julio C. Soto (DSC Saint-Luc) et Jean-Claude Dionne (IRSST) visait à identifier et
caractériser les polluants de l'air intérieur et extérieur et certains paramètres
environnementaux, comme le CO2, les bactéries et les moisissures dans six garderies
montréalaises.
Les concentrations intérieures suivantes ont été
obtenues: CO2 entre 400 et 2800 ppm, humidité relative entre 20 et 68%, température
sèche entre 19,0 et 27,5°C, bactéries entre 200 et 1400 CFU/m3 (le genre Staphylococcus
est prédominant), moisissures entre 45 et 2800 CFU/m3 (le genre Penicilium prédomine
nettement, l'Aspergillus fumigatus a été identifié dans 2 garderies), poussières
totales entre 25 à 350 µg/m3, bruit de <80-89 dB(A). L'analyse comparative a montré
que la concentration moyenne de CO2, le taux d'humidité relative, l'incidence de
diarrhée et le ratio enfant /éducateur sont directement associés à la densité
d'occupation (p<0,05, test T). Les taux de rhume sont similaires dans les deux strates
de garderies.
Afin d'améliorer la qualité de l'air dans les garderies,
le DSC a formulé une série de recommandations visant les pratiques de ventilation et
d'entretien ménager. Une étude analytique sur un échantillon élargi et représentatif
de la province de Québec est actuellement en préparation. Toute personne qui désire
obtenir une copie doit en faire la demande au DSC Saint-Luc, 1001 rue Saint-Denis,
Montréal, Qc., H2X 3H9, (514) 281-4047).
Quelques articles et volumes intéressants concernant
les effets sanitaires des radiations inonisantes ont été publiés récemment:
Gardner, M.J., et al., Results of case-control study of
leukaemia and lymphoma among young people near Sellafield nuclear plant in West Cumbria, British
Medical Journal, 1990; 300: 423-9. L'augmentation des cas de leucémies infantiles aux
abords de centrales nucléaires notée dans trois études récentes en Grande-Bretagne a
suscité cette recherche sur les mécanismes possibles autres que la faible contamination
environnementale. Le risque relatif de leucémies et de lymphomes non-Hodgkin est de 6,42
(int. conf. 95%: 1,57-26,4) pour les enfants dont les pères ont reçu des doses de
radiations ionisantes pré-conception de 100 mSv ou plus. L'étude contredit cependant les
données japonaises des expositions de 1945, et des études similaires sont en cours
ailleurs; des résultats similaires (avec des malformations en plus) ont été rapportés
chez la souris en 1982.
National Research Council. Report on the Biological
Effects of Ionizing Radiation (BEIR V) . Washington. 1990. [disponible auprès de
National Academy Press (202) 334-3313]. Révise à la hausse le risque de cancer relié
aux radiations g et
X, de même que le risque de retard mental pour l'exposition in utero.
Roscoe, RJ, et al. Lung Cancer Mortality among Nonsmoking
Uranium Miners Exposed to Radon Daughters. Journal of the American Medical Association
. August 4, 1989, vol 262, no.5, 629-33. Cette étude a été réalisée chez 516 mineurs
d'uranium du Colorado exposés aux produits de filiation du radon, et n'ayant jamais fumé
de tabac de leur vie. L'estimation du risque relatif (par SMR) de décès par cancer du
poumon est de 12,7 (int. conf. 95%: 8,0-20,1), pour des expositions médiane de 296 WLM et
moyenne de 720 WLM, lorsque comparé à des cohortes de non-fumeurs.
D'autres articles et rapports ont retenu notre
attention:
BAPE, Rapport d'enquête et d'audiences publiques:
Construction du tronçon de l'autoroute 50 entre Lachute et Mirabel. Québec. 1990. 83
p. Formule, entre autres, des recommandations spéciales visant la protection de nappes
aquifères d'importance dans la région, en plus de déplorer le peu de respect des
procédures d'examen environnemental en vigueur par le ministère des Transports du
Québec. Un rapport controversé à l'heure actuelle.
BAPE, Rapport d'enquête et d'audiences publiques:
Intercepteurs et émissaires des eaux usées à Chicoutimi. Québec, 1989.235 p. Ce
rapport présente un intérêt particulier pour les intervenants en santé
environnementale puisqu'il évalue les impacts (et l'efficacité prévisible) d'une
installation de traitement des eaux usées; cet exercice risque de se reproduire dans
plusieurs régions. On y trouvera une intéressante analyse des limites des technologies
en traitement des eaux usées, et une perspective santé, notamment sur l'utilisation des
plans d'eaux et la disposition des égouts provenant d'un centre hospitalier. Ce rapport
propose des modifications importantes au projet initial suite à cette analyse.
Housner, G.W. An International Decade of Natural Disaster
Reduction: 1990-2000. Natural Hazards. vol. 2.1989. p. 45-75. Aussi disponible
auprès des Nations-Unies, a/s Philippe Boulle, UNDRO, Nations-Unies, Room S-2935,
New-York, NY 10017.
Taylor, S.L., J.E.Stratton, et J.A.Nordlee. Histamine
Poisoning (Scombroid Fish Poisoning): an Allergy-Like Intoxication. Clinical Toxicology
. 27 (4&5), 225-40 (1989). Présente une revue sur les intoxications à l'histamine
reliée à la consommation de poissons avariés des familles Scombridae et Scomberesocidae
(p.ex. thon, macquereau, bonito), et à des poissons avariés d'autres familles (comme le
mahi-mahi, les sardines et le bluefish), intoxications qui peuvent souvent passer pour des
allergies alimentaires (type Ig-E). La vogue récente pour les restaurants japonais, et la
disponibilité plus grande de ces poissons dans les marchés et poissonneries pourraient
amener une augmentation de ces intoxications souvent mal connues au Québec.
Winder, C., Reproductive and Chromosomal Effects of
Occupational Exposure to Lead in the Male. Reproductive Toxicology Review. Reproductive
Toxicology. Vol. 3, 221-33, 1989.