|
|
Le Réseau québécois de développement social (RQDS) est constitué des répondantes et
répondants des régions en développement social. À titre d'exemple, ils sont associés
soit à des Conférences régionales des élus, des Agences de santé, des comités régionaux,
des tables de concertation et/ou des organismes autonomes. Cette diversité dans la
composition du RQDS illustre bien celle des régions en terme de dynamique régionale.
Le RQDS a pour mandat de soutenir ses membres et de faire la promotion du développement
social. Ces deux mandats s'expriment à travers différentes activités comme :
-
soutenir les organisations locales et régionales qui, sur le terrain, mènent des
actions de développement social;
-
mener des actions visant à promouvoir le développement social aux plans local,
régional et national;
-
développer des alliances et des collaborations avec divers organismes.
Nature de la plate-forme
Loin d'être un cadre de référence formel, la présente plate-forme rassemble les
éléments d'une vision qui a été largement partagée, sur la base des actions menées sur
le terrain depuis plusieurs années, à l'occasion d'une session de travail qui s'est
tenue le 27 octobre 2004 à Saguenay. Treize des dix-sept régions administratives du
Québec y étaient représentées.
La question de la définition du développement social
Au moment de lancer la démarche du Forum sur le développement social en 1997,
le Conseil de la santé et du bien-être soumettait au débat une définition préliminaire.
Dans leurs travaux, plusieurs organisations régionales ont repris cette définition,
alors que d'autres ont cherché à la modifier afin de l'adapter aux réalités de leurs
milieux.
Bien qu'importante, cette question de la définition du concept de développement social
n'est pas, à proprement parler, une prémisse au présent document. Cette définition
découlera plutôt des considérations partagées par les répondants et répondantes. Nous
avions retenu l'utilisation du même terme de façon constante.
Le cheminement de notre réflexion
L'idée centrale de la présente plate-forme repose sur la « mise en commun »
des visions portées par les répondants et répondantes. Aussi abordera-t-on, ci-après,
les éléments suivants :
- Les valeurs associées au développement social
- Les principes
- Des conditions essentielles pour le développement social
- Une vision du développement social
- Les valeurs associées au développement social

Les membres du Réseau québécois de développement social s'entendent sur un certain
nombre de valeurs généralement présentes dans les actions en développement social,
des valeurs susceptibles d'être partagées par les organisations qui interviennent
en développement social.

Ces valeurs sont :

- La justice sociale
- L'égalité entre les personnes
- L'équité
- L'entraide et la solidarité (incluant la notion de citoyenneté-responsabilité)
- Le respect des droits et des libertés des personnes
- La participation citoyenne et le plein exercice démocratique
- Un parti pris pour l'occupation du territoire et le respect de l'environnement
Ces valeurs ne sont pas exclusives. De plus, selon les situations, les engagements des
collectivités et des personnes, d'autres énoncés de valeurs peuvent être considérés.

- Les principes

Les membres du Réseau québécois de développement social s'entendent aussi sur le fait
que certains principes, découlant naturellement des valeurs énoncées plus haut, guident
l'élaboration des actions en développement social.

En lien avec les personnes, les actions de développement social doivent :

- Viser l'épanouissement des personnes.
La finalité même du développement social est de permettre aux citoyens de se développer
pleinement et de pouvoir participer activement à la vie sociale.

- Viser l'équité et la justice sociale.
Le développement social implique le respect des droits fondamentaux des personnes. En ce
sens, les différentes politiques sociales doivent s'inscrire dans une perspective de respect
des droits et non dans une perspective caritative ou « assistancielle ».

Ces politiques doivent non seulement protéger les personnes contre les conséquences de la
maladie, de la pauvreté, de l'analphabétisme et des diverses formes d'exclusion sociale
(handicaps, etc.), elles doivent aussi chercher à agir sur les causes de ces problèmes.
De même, ces politiques, dans une perspective préventive, doivent chercher à assurer chaque
citoyen qu'il sera traité justement et qu'il recevra l'aide appropriée pour se faire une
place au sein de la société.

Par ailleurs, toujours dans une perspective de respect des droits des personnes, si les
actions de développement social peuvent chercher à venir en aide aux personnes se retrouvant
dans des situations difficiles, elles doivent aussi s'assurer de préserver le niveau de vie
que les autres citoyens et citoyennes ont atteint par leur travail et leur participation sociale.

- Miser sur la capacité des personnes d'agir sur les situations qui les concernent et
fournir aux individus et aux groupes de citoyens le soutien nécessaire pour qu'ils puissent
mener leurs actions.
On doit chercher à favoriser l'exercice de la citoyenneté et la participation sociale, ce qui
implique de fournir aux citoyens des lieux pour qu'ils puissent effectivement participer.
En lien avec les communautés, les actions de développement social doivent :

- Respecter les dynamiques présentes dans les communautés et reconnaître ce qui se fait
déjà dans les communautés.
Les actions de développement social doivent pouvoir prendre en compte et s'adapter aux
valeurs et aux caractéristiques culturelles des communautés. Elles doivent aussi se situer
en réponse à un besoin exprimé par le milieu et considéré comme important par les citoyens et
les organisations. Ces actions doivent pouvoir trouver une place dans les communautés et trouver
les moyens pour s'arrimer harmonieusement à ce qui se fait déjà. Par ailleurs, les initiatives
de développement social doivent aussi chercher à favoriser, sur le terrain, la mise en oeuvre
d'actions intersectorielles, elles-mêmes susceptibles de générer des solidarités utiles pour
les milieux.

- Soutenir les solidarités locales.
On doit soutenir les organisations issues d'initiatives des citoyens et citoyennes, les
organismes communautaires présents dans les communautés, de même que les initiatives visant
le développement local sous toutes ses formes. On doit également chercher à ce que les
diverses formes de soutien aient un caractère récurrent.

- Chercher à miser sur les forces présentes dans les milieux pour agir sur les problèmes
vécus dans ces milieux.
On doit donc chercher à faire en sorte que les actions devant être menées sur un territoire
donné, soient conçues localement avec la participation des citoyens et citoyennes et des
organismes présents dans les milieux. Dans la mise en oeuvre des actions, on doit s'assurer
que les citoyens et citoyennes et les organisations locales puissent disposer d'une certaine
forme de contrôle (ou de participation) sur les processus mis en place, ainsi que participer
aux mécanismes d'évaluation.

- Veiller à respecter les équilibres présents dans les milieux, tant aux niveaux
économique et démographique qu'au plan environnemental.
On doit s'assurer que les communautés puissent se développer à partir des valeurs partagées
par les citoyens et citoyennes. En ce sens, toute volonté de développement doit s'inscrire
dans une perspective de développement durable.
En lien avec le développement économique, le développement de la société québécoise repose
sur plusieurs dimensions complémentaires et interdépendantes. Le développement social et le
développement économique sont deux de ces dimensions importantes, des dimensions dont l'arrimage
est fondamental pour le développement harmonieux de notre société. Autant les actions en
développement social peuvent générer des retombées intéressantes au plan économique, autant
les initiatives de développement économique, si elles prennent en compte les enjeux de
développement social, peuvent entraîner des retombées bénéfiques pour la qualité de vie des
citoyens et des citoyennes.

Les actions de développement social doivent :

- Viser à ce que le développement économique prenne en compte les besoins et les droits
des personnes.
Le développement du Québec ne saurait se faire par le seul développement économique, car
un développement économique insensible face à ses impacts sociaux ne fait que générer ou
perpétuer diverses formes d'exclusions ou, encore, fragiliser des personnes ou des groupes
déjà vulnérables. En ce sens, le développement social implique que les politiques et
règlementations afférentes aux droits des travailleurs et travailleuses soient respectées,
qu'elles ne génèrent pas de pauvreté et qu'elles favorisent le développement des personnes.

- Viser à ce que les acteurs du développement économique prennent en compte les impacts
de leurs activités sur les travailleurs et travailleuses, sur les personnes et sur les
communautés.
On doit donc chercher à développer la « conscience sociale » des entreprises
et des entrepreneurs, à promouvoir la notion de responsabilité sociale de l'entreprise
(responsabilités à l'égard des travailleurs et travailleuses, de la population, de même
qu'à l'égard des milieux de vie, du quartier, et de l'environnement).

- Viser à ce que les perspectives de développement économique prennent en compte les
dimensions culturelles québécoises, de même que les spécificités culturelles des différents
milieux.
Dans le contexte actuel de mondialisation, il importe de préserver les éléments culturels
qui façonnent l'identité québécoise. Il en est de même pour chacune des régions du Québec.

- Viser à ce que la société québécoise favorise et soutienne les diverses formes de
développement économique.
Cela implique qu'on soutienne adéquatement le développement économique des communautés, de
même que les initiatives d'économie sociale qui, généralement, comportent des préoccupations
évidentes de développement social.
En lien avec les politiques nationales, une perspective de développement social commande :

- Que les politiques nationales favorisent l'implication de l'ensemble de la
société.
Les politiques nationales doivent faire en sorte que la question du développement social
soit portée par l'ensemble de la collectivité québécoise, c'est-à-dire l'ensemble des acteurs
et actrices économiques, politiques, sociaux et culturels, qu'ils soient des secteurs privés,
publics ou communautaires, et ce, autant aux paliers national et régional qu'au palier local.

- Que les politiques nationales favorisent la décentralisation, l'harmonisation des
politiques avec les besoins des milieux, la synergie entre les paliers d'intervention et
qu'elles rendent possible l'intersectorialité.
Les politiques nationales doivent favoriser l'action s'appuyant sur la concertation des acteurs
plutôt que sur la mise en place de programmes normés, rigides et prescriptifs s'appliquant à
l'ensemble des régions (le « mur à mur »). De plus, les politiques nationales mises
en ouvre doivent comporter suffisamment de souplesse pour que, dans les milieux, des arrimages
puissent être possibles entre les différents secteurs d'intervention. De même, on doit
s'assurer de fournir aux instances régionales et locales les marges de manoeuvre nécessaires
pour favoriser la mise en ouvre d'actions intersectorielles.

- Des politiques nationales qui garantissent un filet de protection sociale adéquat et
qui favorisent la cohésion sociale.
Si le développement social plaide en faveur de l'implication de tous les acteurs et actrices
de la société, il ne saurait souscrire à quelque forme de désengagement de l'État des
responsabilités qui sont les siennes. Au contraire, la perspective de développement social
suppose que les politiques de l'État québécois doivent jouer adéquatement leurs rôles en
matière de régulation de l'économie, de maintien de la cohésion sociale et d'organisation
des protections sociales et des services collectifs, dans le respect des droits et des libertés
des personnes.
- Des conditions essentielles pour le développement social

Décentralisation et harmonisation des interventions

Pour que cela se réalise, il apparaît nécessaire de repenser les rapports entre les différents paliers d'intervention dans une perspective de synergie et de complémentarité reposant sur une logique de subsidiarité.

- Parce qu'il est le plus proche de la personne et le plus apte à favoriser la participation
sociale et la solidarité, le niveau local est celui où doivent s'enraciner l'action et
l'intervention autour de projets concrets, des projets issus du milieu et qui impliquent la
participation des citoyens et citoyennes.
- Le niveau régional doit favoriser la prise en charge par le local des enjeux de développement
social des communautés. À cette fin, le régional doit être celui qui supporte l'action locale
tout en faisant les arrimages, les adaptations et les arbitrages avec les politiques nationales.
- On s'attend du palier national à ce qu'il soit celui qui, sur la base d'une vision globale
du devenir de la collectivité, misant sur la participation des citoyens et des citoyennes dans
les processus de développement, fixe les grandes orientations, définisse les objectifs et les
normes et alloue les enveloppes budgétaires régionales, en tenant compte des besoins et des
spécificités des régions.
L'action intersectorielle

L'action intersectorielle génère des actions qui contribuent à l'amélioration de la santé des
populations. Elle s'appuie sur une diversité d'acteurs et d'actrices sociaux. Il s'agit d'une
approche qui permet à chaque acteur et actrice de sortir de son champ traditionnel pour concourir
à la réalisation d'objectifs communs. L'intersectorialité vise, par l'action concertée, à apporter
une valeur ajoutée aux actions sectorielles, sans dédoubler ces dernières, notamment par la
collaboration autour de cibles et d'actions convenues entre partenaires. Elle doit nécessairement
reconnaître et respecter la mission et les expertises de chacun.

- Une vision du développement social

Le développement social, à la fois finalité et processus

Il n'est guère simple de définir le développement social. Très souvent on comprend le
développement social comme une finalité (permettre à chaque individu de développer pleinement
ses potentiels, de pouvoir participer activement à la vie sociale). Or, si la finalité est bien
au coeur même du concept, il demeure que le développement social est également un processus.
En effet, puisqu'il repose essentiellement sur le renforcement du potentiel des personnes et
des communautés, sur l'apprentissage de la concertation, de la solidarité et de
l'intersectorialité, de même que sur l'innovation dans les processus par lesquels des
organisations de diverses natures et de différents paliers d'intervention en arrivent à s'entendre
sur des actions à mener de façon concertée, le développement social est également un processus.

Au terme du présent exercice, les membres du RQDS s'entendent sur cette vision du développement
social :

On voit le développement social comme un ensemble de moyens pris par la société pour permettre
aux personnes de s'épanouir pleinement, de pouvoir participer à la vie sociale et de pouvoir
disposer des droits sociaux inscrits dans les chartes québécoise et canadienne des droits et
libertés de la personne.

Dans cette perspective, les moyens à privilégier dans une approche de développement social
doivent viser à rejoindre tout autant les personnes (le renforcement du potentiel des personnes
et l'exercice de la citoyenneté), les collectivités locales (le développement local, le
renforcement des solidarités locales et des lieux de démocratie), que l'ensemble des acteurs
sociaux à travers des pratiques favorisant la concertation (dans les constats, dans les décisions
et dans l'action), la recherche continue de l'équité, la solidarité sociale, l'intersectorialité,
une ouverture pour l'innovation, de même que des préoccupations pour un développement durable.
Par le Réseau québécois du développement social
Membres du Comité de coordination du Réseau 2008-2009 :
Christiane Lussier, Coordonnatrice : clussier@distributel.net
Ghislain Anglehart, Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Secrétaire
Jude Brousseau, Côte-Nord, Président
Alain Coutu, Lanaudière, Trésorier
Micheline Dubé, Montréal, Vice-présidente
Claire Mailhot, Montérégie-Est, Administratrice
Marie-Denise Prud’homme, Mauricie, Administratrice
|